Petit précis d’histoire à l’égard des droites françaises : de l’art d’allier nationalisme et rigueur intellectuelle

Petit précis d’histoire à l’égard des droites françaises : de l’art d’allier nationalisme et rigueur intellectuelle

La question de l’histoire, au cours de la campagne présidentielle 2022, aura été, bien malgré elle, un des thèmes importants des débats précédant le premier tour, notamment dans son rapport à l’identité française. En effet, l’argument de l’histoire de France a été utilisé, notamment par Eric Zemmour, mais plus largement par la totalité des candidats les plus à droite, pour légitimer un certain nombre de mesures, de thèses, visant à restreindre le spectre de ce qui est français, ou plutôt de qui ne l’est pas, dans une succession d’images d’Épinal à l’esprit très IIIe République. Et si la poussière de l’affrontement autour des thèses «du Z» est plutôt retombée, un peu nettoyée par les 7 pourcents récoltés à l’issue du premier tour, on sait que de nombreuses voix pour ce nouvel arrivant (ce nouvel arriviste, pour user d’un terme de littérature du XIXe, on connaît son affection pour les Illusions Perdues de Balzac) ont été ponctionnées par la prédominance du vote utile pour Marine Le Pen, ce qui, tout de suite, fait monter les statistiques. Et si un groupement d’historiens s’est chargé de rédiger un livre spécifiquement contre la vision historique du candidat Reconquête, constituant donc d’une certaine manière un brûlot politique aux allures pamphlétaires, pour montrer les failles dans le propos, nous nous concentrerons ici sur un ouvrage, non pas moins politique, mais plus diffus dans le temps, s’attaquant au Puy du Fou de Philippe de Villiers, éminent soutien de Zemmour et ancien candidat à la présidentielle dans les années 90-2000. L’ouvrage en question, éloquemment titré Le Puy du Faux, vise donc à montrer l’objectif historique du parc vendéen, dont les erreurs et approximations relèvent moins de la faute d’inattention que de la volonté politique.

Avant d’aller plus loin, il paraît nécessaire d’effectuer une petite précision : le présent article est rédigé en réaction à un autre article, paru dans Le Point, qui montrait les quatre historiens et historiennes comme des coupeurs de cheveux en quatre, des empêcheurs de tourner en rond, jaloux de la réussite, en bref, de vilains gauchistes hors sol, qui voudraient nous empêcher de nous divertir et de débrancher notre cerveau, parce qu’il ne serait finalement pas si grave de recevoir une vision de l’histoire fausse (pour ne pas dire falsifiée). Il est assez intéressant d’ailleurs, de voir que la critique purement formelle effectuée par le papier du Point ne semble pas prendre en compte le contenu du livre, qui démontre dès ses premières pages le sens de sa démarche. L’idée n’est pas de casser du sucre sur le dos du parc, et au contraire, on trouve toujours, en filigrane de la critique historique, une admiration sincère vis-à-vis du divertissement purement formel, usant de la technique et des grands moyens mis en œuvre pour rendre l’expérience mémorable. C’est même justement à cause du succès du parc et de sa réussite technique que le livre a été mis en projet (vers 2020, soit avant le phénomène Zemmour, ce qui permet d’éluder les accusations d’opportunisme, et de souligner à quel point la vision de l’histoire défendue par le parc est répandue, ce n’est pas un hasard si tout l’électorat Reconquête s’est déporté sur le RN, on a bien une vision du monde commune), pour voir si le fond tenait autant la route que la forme : on est bien là dans un objectif pédagogique, objectif dont le parc se réclame puisque ayant des ouvertures pour les scolaires.

Ce que Le Puy du Faux montre, c’est que la nature historique du parc n’est qu’un vernis, bien qu’elle se prenne au sérieux (contrairement au Parc Astérix par exemple, qui se sait et se présente comme non sérieux historiquement, sans velléité de transmission historique). C’est là ce qui fait l’intérêt du livre : l’objectif va au-delà de la pure critique historique du Puy du Fou, il s’agit bien de redéfinir précisément au grand public, puisque la lecture en est plus accessible qu’un travail de recherche universitaire (sans que les travaux préparatoires fussent moins rigoureux), ce qu’est la science historique, la façon dont elle doit se transmettre pour rester juste, et cette façon n’implique pas forcément d’être racontée dans un cours de faculté : les dernières pages sont consacrées à la scénarisation d’un certain nombre de spectacles, qui permettraient de préserver le divertissement assuré par le parc, tout en montrant une histoire qui soit juste, et même qui corresponde à la vision du Puy du Fou, puisque, comme rappelé par l’ouvrage, il n’est pas d’histoire objective, toute histoire dit un point de vue. La question n’est donc pas de se conformer à une histoire officielle, telle que la fantasment Philippe de Villiers et ses comparses, mais bel et bien d’acquérir une rigueur historique, dans un parc à thème historique, ou au moins perçu comme tel par ses visiteurs. En un sens, Le Puy du Faux offre au parc de se conformer aux valeurs qu’il défend : la recherche de la vérité et la droiture morale.

Toute personne qui souhaiterait restaurer la grandeur de l’Histoire de France et la faire partager gagnerait à lire ce précieux travail : c’est une belle initiation à la science historique, cette science que, on le sait, Philippe de Villiers, Eric Zemmour, Marine le Pen et toute la droite française, aiment tant. C’est bien là leur chance, ils viennent de gagner cinq années pour lire l’ouvrage. Qu’ils se rassurent sur leur défaite : leur travail sera très bien fait sans eux, et l’ambiance historique se rapproche plus de leurs racines de la moitié du XXe que des vilains révolutionnaires.

Cyriaque Onfray

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