Goliath, réussite titanesque ou loupé géant ?

Goliath, réussite titanesque ou loupé géant ?

Après avoir incarné le personnage de Mathieu Vasseur dans Boîte Noire, Pierre Niney se retrouve une nouvelle fois dans le rôle d‘un personnage sombre dans Goliath. Ce drame français réalisé par Frédéric Tellier met en scène la lutte judiciaire entre un lobbyiste d’une multinationale agrochimique nommée Phytosanis, Mathias, et Patrick, un avocat spécialisé en droit de l’environnement. L’avocat mène une lutte acharnée pour faire interdire la Tétrazine, un pesticide produit par Phytosanis, à cause de sa nocivité qui provoque des cancers. Mathias, quand à lui, veut empêcher son interdiction, qui pourrait mettre un coup aux finances de son entreprise. Une professeure d’EPS dont le conjoint est atteint d’un cancer à cause d’une surexposition à la Tétrazine, va aussi lutter de son côté pour faire condamner l’entreprise. Malgré leurs vies différentes, la bataille judiciaire va contribuer à ce que leurs chemins de croisent à différents moments du film. Inspiré de l’affaire Monsanto, le fond intéressant de ce film est parfois endommagé par la forme.

En sortant de la salle de cinéma, la première pensée qui m’a traversé a été « ce film m’a quand même laissé sur ma faim ». Ce n’est pas parce que le film se termine sur un suspense insoutenable, mais une partie de moi aurait bien aimé connaître le vainqueur du procès. Le film est tellement captivant que le spectateur arrive à s’attacher aux personnages qui luttent pour l’interdiction de la Tétrazine, ce qui peut l’amener à vouloir savoir s’ils ressortiront vainqueurs.

Parlons maintenant du jeu d’acteur : malgré sa qualité, j’ai trouvé qu’à certains moments, il flirtait avec le ridicule. Certes il faut que les acteurs réussissent à faire passer les émotions au public. Mais parfois…la seule chose qu’une réplique ou expression cause, c’est l’envie de rire. Une réplique du film, qui se voulait sérieuse, a failli me faire éclater de rire. Cette situation n’a pas été en lien avec le contenu de la réplique, mais à cause de la manière dont l’acteur la prononce. La manière dont Paul, l’associé de Mathias, lui demande : « T’es heureux dans ta vie ? » a vraiment eu un effet comique, qui risquait de briser le sérieux de la discussion qui allait suivre. Heureusement, cette dernière nous révèle une multitude de choses importantes pour mieux comprendre certains éléments du film, et le sérieux se réinstalle très rapidement.

En ce qui concerne les transitions, je n’ai qu’un mot de deux syllabes pour décrire la plupart d’entre elles : Pourquoi ? À mes yeux, elles n’ont pas de sens ! Par exemple, pourquoi passer d’une agricultrice qui s’immole devant le siège social de Phytosanis à une fête d’anniversaire mondaine ? J’ai trouvé la rapidité de ces alternances entre moments très dramatiques et moments de joies très déstabilisante. Cependant, ces transitions ont un point positif : elles nous font réaliser le contraste énorme entre la vie bourgeoise, relativement joyeuse des entrepreneurs prospères et celle difficile, malgré les moments de joie, des personnes de la classe moyenne.

Certaines scènes étaient aussi trop longues, voire inutiles à mon goût. Par exemple, celle où Mathias arrive chez lui pour fêter l’anniversaire de sa belle fille. Cette scène montre qu’il a de l’argent, qu’il est généreux et qu’il a un côté humain, mais je me suis interrogée sur sa contribution en ce qui concerne l’avancée de la bataille qu’il mène face à Patrick. En effet, de mon point de vue, cette scène n’y contribue en rien. En parlant de lutte, je n’ai pas saisi l’utilité et la fonction de la scène dans laquelle le spectateur voit Pierre Niney prendre un cours d’art martial avec un coach personnel, je ne lui. Ces scènes, dont l’intérêt n’est pas explicite, viennent rompre légèrement la dynamique de l’intrigue dans laquelle le réalisateur embarque ses spectateurs.

Le dernier point positif que je souhaitais soulever est le suivant : le fait que ce film inclue une représentation des lesbiennes dans le milieu agricole, même si elle est secondaire, est appréciable. Le destin des deux agricultrices est certes extrêmement tragique, mais ce choix du réalisateur permet de donner de la visibilité aux femmes lesbiennes qui travaillent dans l’agriculture et qui sont confrontées à plus de difficultés que les agricultrices hétérosexuelles.

Pour conclure, je trouve que ce film est bien réalisé. En effet, il parvient à nous captiver facilement et à nous plonger dans l’intensité de cette lutte d’une manière très rapide. Toutefois certaines transitions ou scènes viennent parfois briser une « bulle » dans laquelle le film nous « enferme ». Malgré sa fin ouverte, le film réussit à illustrer la réalité des multinationales qui produisent des pesticides : ces entreprises n’ont que faire de la santé et de la vie des agriculteurs qui utilisent leurs produits, leur seul intérêt étant le profit. Les acteurs incarnent leurs personnages avec brio, même si le jeu d’acteur laisse parfois à désirer. Je trouve cet élément dommageable car les moments où le jeu d’acteur frôle le ridicule fait perdre de la crédibilité à Goliath. Cependant le film parvient à faire passer son message au public et à dénoncer avec brio la responsabilité des politiques dans les pathologies et les décès causés par les pesticides.

Clémence Gellis

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