L’adaptation des livres en séries : rencontre avec François Busnel au festival Séries Mania

À l’occasion de la quatrième édition du festival consacré aux séries à Lille, le présentateur de l’émission La Grande Librairie sur France 5, François Busnel revient sur ces adaptations d’œuvres littéraires en séries télévisées.

Harry Potter ou encore Le Seigneur des anneaux, sont l’illustre exemple du succès de l’adaptation de livres au cinéma. Quant aux séries, leur succès tient sans doute au sens du rythme et du suspens que créent chaque épisode et rend toujours plus addictif leur visionnage. Mais pour François Busnel, une question plane au-dessus de ces adaptations « est-ce que les séries tuent le livre ou lui permettent de vivre voire de survivre ? ».  Car se poser cette question, c’est aussi penser à l’avenir de la culture.

La Servante écarlate, de Margaret Atwood à Bruce Miller

Écrit en 1985, ce roman a connu peu de succès pendant près de vingt-cinq ans et a même été prohibé aux Etats-Unis, sous la présidence de Georges W.Bush, peu après les attentats du 11 septembre 2001. En 2017, le scénariste Bruce Miller décide d’adapter le roman en série. Un pari audacieux au vu du moindre succès rencontré par le livre, à l’époque de sa parution.

Un pari doublement audacieux que le scénario et les dialogues respectent l’œuvre de départ, ce qui constitue selon François Busnel, « l’exemple parfait d’une série extrêmement fidèle au texte original du roman ». Alors que Bruce Miller ignorait la dimension prophétique qu’allait revêtir la série, son succès est tel qu’il relance la vente du livre avec plus 700 000 exemplaires vendus en France depuis sa diffusion et plus de huit millions aux Etats-Unis, la même année de sa sortie.

Cette dystopie est même « devenue une hymne protestataire durant le mandat de Donald Trump » comme l’explique le présentateur de France 5. Les nombreux échos de la série avec la réalité ont fait de l’autrice de l’œuvre initiale, Margaret Atwood, une véritable icône féministe.

Le Jeu de la dame, de Walter Tevis à Scott Frank et Allan Scott

Diffusée sur la plateforme de streaming Netflix en octobre 2020, la série a connu un grand succès auprès de la jeunesse, qui s’est identifiée à cette jeune héroïne. Totalisant pas moins de 62 millions de vues sur Netflix, l’intérêt pour la série s’est aussi porté vers son œuvre originale, dont les ventes ont atteint plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires en à peine un an, en France, alors que son écrivain y était peu connu.

D’Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur à Lupin

De Maurice Leblanc à George Kay et François Uzan, il n’y a qu’un siècle d’écart. L’adaptation des célèbres nouvelles en a fait l’une des séries les plus regardées sur Netflix. Une réussite qui tient, pour François Busnel « au coup de génie qu’est Omar Sy, mais la série a perdu de la critique au vitriol de Maurice Leblanc ». Lupin a alors relancé les ventes du livre et permis la création de livres de poche, sortis en noël dernier.

Games of Thrones, de George R. R. Martin à David Benioff et Daniel Brett Weiss

Pour François Busnel, la force de cette série c’est qu’« en réalité dans Games of Thrones, on n’a pas besoin des zombies et des dragons car on tient un livre qui est l’un des plus grands chefs d’œuvres de la littérature ». En 8 saisons et 73 épisodes « le point important, dans le fond, c’est l’idée que les pulsions sexuelles et la soif de pouvoir doivent être racontées ensemble ».

François Busnel nous rappelle aussi que George R. R. Martin s’est inspirée pour cette œuvre, des Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar et Le Prince de Nicolas Machiavel, expliquant alors la dimension philosophico-historique de la série et sa théorisation du pouvoir. Si l’ultime saison en a déçu plus d’un, son succès reste intact.

Yona Michel

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