Edito #37 : Débat sans la présentatrice du 20h, débat sans saveur

Edito #37 : Débat sans la présentatrice du 20h, débat sans saveur

Ce dimanche aura lieu le second tour de l’élection présidentielle et l’incertitude du scrutin face à la potentielle victoire rend bon nombre d’entre nous tendus, voire complètement anxieux.

Le dernier rendez-vous, sans doute décisif pour l’issue du scrutin se tiendra mercredi 20 avril, avec la tenue du fameux débat d’entre deux tours qui s’annonce déjà être un grand moment de torture psychologique pour nous électeurs de gauche. Imaginer Mélenchon mettre en exergue les réactionnaires de Le Pen et l’ultralibéralisme de Macron aurait été jouissif mais non, au lieu de ça on va devoir se coltiner un vieux débat fatigué entre une candidate frontiste qui va tenter de nous faire croire qu’elle est l’amie du peuple malgré son silence face à la brutalité sociale pendant ces cinq dernières années, et un Président sortant qui va tenter de nous faire croire qu’il est l’ami de la démocratie et de nos libertés, malgré cinq ans de contestations réprimées.

En tous les cas, s’il y a une personne qui est déjà bien amochée avant même le début du nouveau quinquennat, c’est bien la liberté de la presse. Anne-Sophie Lapix, présentatrice du JT de France 2, qui aurait sûrement dû animer le débat d’entre deux tours avec un confrère de TF1 ne sera finalement pas de la partie. Les deux candidats estimant la journaliste trop pugnace à leur égard ont posé leur véto et lui ont préféré Léa Salamé.

Donc on en est encore là ! Depuis 1974, les équipes des candidats ont leur mot à dire sur le choix des animateurs de débats. Encore une joyeuse spécificité de notre démocratie à la française. Pour arbitrer un débat parfois décisif pour l’avenir du pays, il ne faut surtout pas, au grand jamais, faire appel à quelqu’un qui pourrait mettre en difficulté ceux qui prétendent à la gouvernance du pays !

Donc comme chaque année, on va se retrouver avec des intervenants bien triés sur le volet, qui ne feront pas de vagues et qui offriront aux deux candidats l’opportunité de dérouler sur un plateau leurs éléments de langage, parce que Marine et Emmanuel ont fait leur boudin parce qu’ils en ont trop marre que les méchants journalistes, plein de méchanceté soient trop méchants avec eux !

On l’aura compris, peu importe qui sera élu, la liberté de la presse ne sera, une fois de plus, pas la priorité du prochain quinquennat. D’ailleurs, Macron nous l’a déjà prouvé au moment des gilets jaunes. Quant à Le Pen, une de ses dernières conférences de presse où elle s’accorde le droit de décider qui est journaliste et qui ne l’est pas (référence au fait qu’elle n’accrédite jamais les journalistes de Quotidien) ou le fait qu’elle veuille privatiser l’audiovisuel public annonce déjà la couleur.

Alors quand on est attaché à la liberté de la presse et aux autres libertés en général d’ailleurs on fait quoi ce week-end ? Parce que globalement Macron, on a vu et ça a ses limites. Sauf qu’en face c’est l’extrême droite. Et l’extrême droite…bah pas besoin d’en faire un dessin.

Pendant cinq ans, un pouvoir, autorevendiqué ni de droite, ni de gauche, modéré, progressiste a multiplié des déclarations qu’on aurait très bien pu assimiler à l’extrême droite, qui a fait entrer au gouvernement des Darmanin, Blanquer, Vidal, etc. Alors imaginons deux secondes la violence que cela pourrait être avec un gouvernement qui ferait passer l’actuel pour un modéré.

Quoiqu’il arrive, lundi prochain on aura mal au crâne, mais face au péril raciste, liberticide, bref fasciste, il sera important de prendre du recul et de se rendre compte qu’une grosse gueule de bois et un coma éthylique font, tous les deux mal, mais que les conséquences à long terme pour nos neurones sont bien différents.

Simon Bouquerel

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