Disney, entre magie et homophobie

Disney, entre magie et homophobie

Disney, son univers rempli de magie, de rêve, de belles histoires d’amour, de happy-endings et…d’homophobie. Récemment, la firme américaine a été sous le feu des critiques, accusée de LGBTQIA+phobie pour trois scandales. Disney a supporté financièrement des politiciens qui ont porté et soutenu la « Don’t say gay bill », une loi qui interdit la mention de toute notion reliée à la communauté LGBTQIA+ dans les établissements scolaires en Floride. Peu après, des employés de Pixar ont révélé que Disney avait censuré tous les personnages LGBTQIA+ des animations proposées par Pixar. Enfin, Disney est adepte du « pinkwashing« . Le pinkwashing, c’est se dire allié de la cause auprès du grand public, et surtout des médias, mais, en réalité, les opinions et le soutien financier que la multinationale apporte à des politicien.nes homophobes portent préjudices à la communauté. Un exemple de pinkwashing : en France, Disney prévoit d’organiser une Pride, dont on suppose que le motif est aussi de tenter de faire oublier les deux scandales précédents. L’homophobie de Disney n’est malgré tout pas récente, se manifestant dans l’apparence et le comportement de certains méchants dans les classiques Disney.

Vous me direz : « Mais aucun méchant des films Disney n’a revendiqué son appartenance à la communauté dans les dessins animés ! ». Et vous avez raison. Cette homophobie passe par le queer-coding, autrement dit l’association de clichés queers à des personnages. Les gestuelles exagérées de Hadès dans Hercule, de Gaston dans La Belle et la Bête, du Docteur Facilier, ou bien, aussi surprenant que cela puisse paraître, celles de Scar dans Le Roi Lion. Les attitudes considérées comme « efféminées » du Capitaine Crochet, de Shan Yu dans Mulan, de Jafar dans Aladin, et bien d’autres. Ce ne sont que 2 exemples de ce queer-coding fait par Disney. C’est une sorte de message subliminal dont on ne perçoit pas vraiment les contours mais dont les attitudes discrimatoires qui en découlent sont réelles. Le fait que ces clichés soient uniquement associés aux personnages ayant des valeurs immorales est néfaste pour la communauté LGBTQIA+ : les enfants qui n’ont pas forcément tous une capacité de discernement sont susceptibles d’associer ce queer-coding a l’immoralité, si aucune personne de leur entourage n’est là pour l’aider à faire la dissociation. Il faut cependant replacer cette association des personnes queers au mal dans son contexte historique.

De 1934 jusqu’en 1968, une directive vient régir le cinéma Hollywoodien. Rédigé par Will B. Hays, un éditeur catholique et prêtre jésuite, le « Hays Code », basé sur l’interprétation biblique du 20eme siècle, amène les boites de production américaines à s’autocensurer. Il suffit simplement de regarder 3 des règles du code pour comprendre qu’aucune représentation de personnages LGBTQIA+ ne sera avantageuse.

1- Aucun film ne doit être produit qui puisse abaisser le niveau moral de ceux qui le voient. Par conséquent, la sympathie du public ne doit jamais se porter du côté du crime, du méfait, du mal ou du péché. (Le mal et le péché dans la majorité des interprétations de la Bible incluent l’homosexualité)
2- Des normes de vie correctes, soumises uniquement aux exigences de la dramaturgie et du divertissement, doivent être présentées. (L’homosexualité n’est pas une norme de vie correcte pour l’Église à l’époque)
3- La loi – divine, naturelle ou humaine – ne doit pas être ridiculisée et sa violation ne doit pas susciter la sympathie. (Le personnage queer, qui « viole » la loi divine, ne doit pas susciter quelconque sympathie)

Ce texte a donc amené Disney à donner des queer-codes aux méchants de ses films, pour que l’inconscient des spectateurs associent l’homosexualité au péché. Dans Peter Pan, le Capitaine Crochet, qui est obsédé par Peter Pan (obsession considérée comme pédocriminelle), est efféminé et il est un homme attiré par un jeune garçon, ce qui associe l’homosexualité masculine à la pédocriminalité, deux choses qui n’ont aucune corrélation.

Ursula, qui a été inspirée par Divine, une Drag Queen des années 60, 70 et 80, est une caricature des Drags Queens de l’époque : elle a une voix très grave, une apparence masculine et pourtant elle a des attitudes associées au « sexe faible » (on notera ici l’association des attitudes féminines à la faiblesse). On peut aussi remarquer les intentions grossophobes de Disney de l’époque dont elle a été victime, tout comme d’autres méchants (Cheshire, la Reine de Cœur, Oogie Boogie, etc.). La Méchante Reine dans Blanche-Neige et les Sept Nains, Cruella De Vil, Maléfique et la Reine de Coeur dans Alice au pays des merveilles par exemple sont également très masculines malgré leur féminité. Elles sont l’incarnation de cette « féminité masculine » qui est souvent attribuée par la société aux femmes lesbiennes, mais pas uniquement. Elle est aussi associée à toute femme voulant son indépendance, ce que les discours réactionnaires définissent comme étant du lesbianisme et du féminisme extrémiste (ou feminazisme dans le discours reac’).

En plus d’être diabolisés, ces méchants des films Disney sont souvent ridiculisés, et, à la fin de chaque dessin animé, le héros cisgenre et hétéronormé s’est débarrassé du méchant. Ce schéma répétitif peut aussi être néfaste pour un enfant LGBTQIA+ à qui personne n’a appris à faire la distinction entre queer-code et le mal qui, en regardant les Disney avec des méchants auxquels il peut s’identifier pour les manières et/ou l’apparence physique, se sent immoral, ridicule et peut penser qu’il n’a aucune chance de réussir dans la vie.

Une petite question pour conclure : Disney continue t-il à queer-coder les méchants de ses dessins animés et films de nos jours ? Les mœurs ont changé, toujours dans un contexte politique. Certes, Disney a queer-codé certains méchants dans ses films « récents ». On peut prendre comme exemple Hans dans La Reine des neiges ou Ernesto de la Cruz dans le film Pixar Coco. Mais il a aussi queer-codé des héros de ses films, comme le lapin Judy dans Zootopie ou Raya dans Raya et le Dernier Dragon. Des personnages secondaires et alliés du héros sont parfois queer-codés, comme Namaari dans Raya et le Dernier Dragon ou Luisa dans Encanto. Un personnage ouvertement LGBTQIA+ a été inclus dans un film récent des studios, En-Avant, cependant c’est un personnage plus que secondaire dont la mention de son homosexualité ne se résume qu’a une phrase dans laquelle elle précise qu’elle a une petite amie (le mot « petite-amie » a été transformé en « partenaire » dans certains pays où l’homophobie politique est extrêmement présente). Il existe tout de même un espoir très nuancé, qui prend la forme de trois « bonnes nouvelles ». La première, le 30 mars, Disney a publié un court message sur Twitter dans lequel il apportait son soutien aux élèves de Florida’s impactés par la « Don’t Say Gay Bill », nonobstant, aucune mesure n’a été prise par la compagnie, et on doute que Disney prenne des mesures concrètes. La seconde bonne nouvelle : suite à une pétition qui a fait pression sur Disney (peut-être saupoudrée d’un léger pinkwashing), la représentation des queers dans les productions de Disney Pixar avance lentement : une scène censurée par Disney qui comporte un baiser lesbien dans le prochain Buzz l’Éclair va être réintégrée. Et la dernière : Disney a annoncé vouloir inclure plus de personnages de minorités (raciales et LGBTQIA+) dans ses films. Disney espére atteindre 50% de personnages issus de ces minorités dans ses productions à la fin de l’année. On espère que le trou de souris qu’est la représentation de la communauté LGBTQIA+ dans les dessins-animés produits par Disney va au fur et à mesure s’agrandir.

Sources :

Comptes Instagram @lecoindeslgbt, @period.studio, @them et @simonemediafr

https://nypost.com/2022/03/30/disney-executive-wants-more-lgbtqia-minority-character/

https://variety.com/2022/film/news/disney-pixar-same-sex-affection-censorship-dont-say-gay-bill-1235200582/#!

https://thetempest.co/2020/06/04/entertainment/disney-villains-gay-queer-coding/

https://www.gandbmagazine.com/article/2021/09/queercoded-villains

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