La sécurité sociale en bref

La sécurité sociale en bref

Grande oubliée des débats, la sécurité sociale est pourtant d’une importance capitale. L’abordant uniquement sous l’angle du « trou de la sécu », les différents politiciens tentent de justifier des politiques de santé austères.

Mais concrètement, de quoi parle-t-on?

La sécurité sociale est née en 1945, initialement pour protéger les travailleurs des accidents du travail. En France, c’est à Pierre Laroque que l’on doit notre modèle, savant mélange entre les modèles Beveridgien (anglais) et Bismarkien (allemand). Le mot d’ordre  français étant « on paye selon ses moyens, et on reçoit selon ses besoins », protégeant contre quatre grands risques.

En premier lieu, le risque « enfance », compensé par les allocations familiales. Puis le risque travail, comprenant les maladies professionnelles et accidents du travail. Le risque grossesse nous est, quant à lui, envié par de nombreux pays : congés rémunérés à 100 % et prise en charge des consultations médicales ainsi que de l’accouchement. Enfin, le risque vieillesse – les retraites.

Notons le passage direct de la case « enfance » à la case « travail ». En effet, en 1945, seuls les bourgeois (au masculin) pouvaient faire des études. Ainsi, la question du financement de ces études ne se posait pas. Aujourd’hui, les bourses CROUS (centre régional des œuvres universitaires et scolaires) tentent d’ouvrir l’université à tous·tes.

Notre sécurité sociale comprend des « régimes spéciaux », plus ou moins équitables, affiliés à différentes caisses : le régime général, auxquels les étudiants sont désormais affiliés, mais aussi les intermittents du spectacles (qui doivent cotiser une partie du salaire de chaque représentation, afin de percevoir une rémunération les mois creux), le régime agricole, mais aussi les cheminots, que le gouvernement aime accuser de tous les maux. Les caisses sont censées être financés par les seul·es travailleur·euses de la caisse en question, mais en réalité, elles se compensent entre elles.

Et donc, le trou de la sécu, qu’est-ce que c’est?

Quand notre sécurité sociale a été fondée, l’espérance de vie était plus courte. Grâce aux progrès de la médecine, on observe un recul des maladies infectieuses, et une augmentation de l’espérance de vie : les pathologies aigües sont désormais curables (avec plus ou moins de séquelles), faisant des pathologies chroniques la problématique majeure actuellement.

Qui dit augmentation de l’espérance de vie dit augmentation du temps à percevoir une retraite. Cela reste cependant très inégalitaire : 25% des plus pauvres décèdent avant l’âge de la retraite d’après l’INSEE, de plus, l’espérance de vie des 5% les plus riches est de 84,4ans, contre 13 de moins pour les 5% les plus pauvres. Ces données soulèvent donc des doutes concernant le repoussement de l’âge de la retraite, qui plus est au vu des chiffres du chômage chez les jeunes

Qui dit pathologies chroniques, dit coûts chroniques. Les traitements coutent chers : pour les cancers, comptez 30 000 euros pour une ligne de chimio thérapie, 116 000 euros pour une ligne d’immunothérapie. Pour les maladies inflammatoires (Crohn, polyarthrite), le coût est d’environ 1300 euros par mois par patient·e ; pour des pathologies plus communes comme le diabète, ou les traitements cardiaques (anticoagulants suites à une crise cardiaque ou un AVC), les 5 traitement les plus communs coutent environ 1 milliard par an à la sécurité sociale. A cela s’ajoute le coût des consultations médicales, des hospitalisations (comptez 3 000 euros par jour pour un lit en réanimation), de la rééducation…Sans la sécurité sociale, la plupart des français·es ne pourrait pas avoir accès à la santé.

La démographie médicale

Dans les années 1980, le « numerus clausus » était très faible, et pour cause, les médecins ne voulaient pas trop de concurrence (il faut l’avouer), et surtout, le fait de ne pas avoir facilement accès à un consultation médicale était vue comme une réduction de coût de santé : pas de consultation, pas de coût !

Mais l’accent n’avait pas été mis sur la prévention, qu’elle soit primaire (avant que la maladie apparaisse) ou secondaire (prendre en charge les pathologies plus tôt, pour éviter les complications – et donc les coûts engendrés). De plus, le vieillissement de la population et l’augmentation des pathologies chroniques n’avait pas été anticipé : il faut donc voir les patient·es plus souvent et plus longtemps.

Depuis de nombreuses années, le système hospitalier est sacrifié, notamment avec une apothéose, la loi HPST de 2009, au nom d’une politique de « virage ambulatoire » : 13% des lits d’hospitalisation ont été supprimés entre 2013 et 2016 (64 000 lits). En parallèle, 26 000 lits ambulatoires (hospitalisation inférieure à 24h). En 10 ans, l’activité du secteur public hospitalier a augmenté de 11%, le nombre de prise en charge aux urgences a doublé, et pourtant l’emploi hospitalier n’a augmenté que de … 4%.

Certains candidats proposent d’interdire les zones sur-dense, afin de pallier le déficit médical. C’est cependant une approche plus que simpliste de la situation. D’une part, il n’y a pas de zone en sur-densité médicale en France. Au mieux, il y a des zones moins sous dotées que d’autre. D’autre part, le sujet houleux des déserts médicaux envisagent par ailleurs ces zones comme un bloc homogène, alors que le problématiques des déserts médicaux ruraux ou de la couronne Parisienne ne sont absolument pas les mêmes.

Un dernier point n’avait pas été envisagé : le changement de mentalité générationnel. Nous avons tous·tes en tête ce fameux médecin de famille qui était joignable de jour comme de nuit, week end et jours fériés. Mais aujourd’hui, les jeunes médecins ne veulent plus passer leur vie au travail. Et qui pourrait leur en vouloir ? Quand le reste de la population travaille 35 heures par semaine, les internes font minimum 48. Et il s’agit bien d’un minimum, puisque cela ne comprend ni les gardes, ni le travail universitaire. Lors des débuts de la pandémie COVID, certains internes d’anesthésie réanimation effectuaient jusqu’à 120 heures par semaine. Une semaine n’en comprend que 168. Dans quelle autre profession travaille-t-on 24 heures d’affilée, sans pause ? Voudriez-vous vraiment être pris en charge à 4h du matin, par un interne qui est présent depuis 8h du matin la veille ? Être opéré par quelqu’un qui ne tient debout que grâce au café ? Et cela sans même parler de santé mentale, loisirs, ou de volonté de savoir à quoi ressemblent ses enfants.

Pas d’sous, pas d’sous, mais où sont les sous?

Les restrictions budgétaires sont le mots d’ordres : il n’y a pas d’argent pour la santé.

Cependant, la France possède le 6e PIB mondial. Lors l’épidémie de COVID, selon le dernier rapport de l’OXFAM, la fortune des milliardaires a doublé en 2 ans de crise sanitaire (par exemple, la fortune personnelle de Bernard Arnault est, par exemple, passé ede 43 à 96 Milliards, grâce à l’argent public injecté dans les marchés financiers, alors que les plus pauvres sont encore devenu plus pauvres (vous avez dit ruissellement ?). Certains géants américains, comme Netflix, Amazon, Disney, ou Google, ne payent pas les impôts que la loi leur impose, et ce, sans être inquiétés. Plus encore, au vu du récent scandales ORPEA, on peut se demander pourquoi la santé est mise dans les mains du privé, enrichissant des actionnaires, alors que ce même argent pourrait être investi dans une meilleure prise en charge des patient·es.

Le cout de l’hôpital public français est de 0 ,5 point de PIB inférieur à la moyenne des européenne. Le problème n’est donc pas qu’il n’y a pas d’argent pour la sécurité sociale, mais qu’il n’y a pas volonté de financement.

Aucun candidat n’a réellement de plan ambitieux pour la sécurité sociale, mais la plupart – dont le président actuel – ont une volonté de la sacrifier, et de la privatiser. Est-ce vraiment ce que nous voulons pour notre système de santé ?

Antigone

Pour en savoir plus :

Pandémo-politique. JP Gaudillère, C. Izambert, PA Juven

La casse du siècle. PA Juven, F Pierru, F Vincent

Blaste : Inégalités : le rapport le plus choquant de l’Histoire de l’Oxfam

Rapport INSEE inégalités 2018. Dans Libération, décembre 2021

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