Edito #36 : Présidentielles 2022, c’était pas mauvais c’était très mauvais !

Edito #36 : Présidentielles 2022, c’était pas mauvais c’était très mauvais !

Alors que le week-end qui vient accueillera le premier tour de l’élection présidentielle 2022, il est temps de faire un petit bilan de la campagne que nous nous sommes vus infligée ces dernières, semaines, mois, voire même années, quitte à enfoncer 2-3 portes ouvertes.

Sans surprise, 2022 n’a pas su relever le niveau de 2017 et a même fait pire. Pourtant, pour nous rédacteurs de la Ruche, 2022 était une échéance cochée dans nos agendas depuis un petit bout de temps. L’occasion peut être de faire des reportages, des interviews. Mais finalement, l’envie n’est jamais vraiment venue.

Le quinquennat Macron a mis ou remis en lumière des tonnes de problématiques que la campagne électorale aurait pu traiter. On aurait pu parler des inégalités, de la casse du service public, du climat. Mais non, alors que ces enjeux sont de plus en plus d’actualités, on a préféré débattre des heures sur l’Islam, les feignasses de chômeurs, l’Islam, les feignasses de profs, l’Islam, les feignasses d’étudiants, l’Islam et le feignasses de musulmans.

Et si Éric Zemmour, principal responsable du climat fascisant de cette campagne électorale, ne sera probablement pas au second tour, il aura quand même fait triompher les idées d’extrême droite. D’une part parce que Le Pen, pourtant autant d’extrême droite qu’avant, ne semble plus poser problème à personne. Et d’autre part parce que même la droite dite « républicaine » a complètement vrillée et nous a offert une primaire basée uniquement sur une surenchère autoritaro-réactionnaire.

Pourtant, on sort quand même de cinq années émaillées d’une crise sanitaire gérée au doigt mouillé, et d’un des plus grands mouvements populaires, réprimé à coups de flash ball. Comment se fait-il que les thématiques des services publics et de l’égalité sociale soient à ce point reléguées dans le débat public ?

La crise du covid a remis en avant la nécessité du bien fonctionnement de l’hôpital, des écoles, du fait que les inégalités se creusent, que la pauvreté et la précarité augmentent. Et pourtant on s’apprête à réélire celui qui ne cache même plus que ce qu’il prévoit pour les cinq ans à venir seront encore plus dures que les cinq précédents.

L’envie d’abstention d’une grande part des français n’est ni étonnante, ni méprisable. Avec un tel casting de départ, difficile d’avoir envie de s’investir. D’autant plus que les seuls candidats un temps soi peu intéressants seront privés de débat parce que MONSIEUR le Président en a décidé ainsi, et que comme depuis cinq ans ça se passera comme MONSIEUR le veut et pas autrement. Et en quoi la sacro-sainte égalité du temps de parole, sans confrontation, permet-t-elle au débat d’exister ?

De toute façon, ça faisait même par une heure que Macron avait été élu, qu’on nous avait déjà fait acter que 2022 se jouera entre Macron et Le Pen. Et même si la gauche a quelques chances de passer, avec Jean-Luc Mélenchon, assez de personnes seront là pour souligner sa mégalomanie et son ambigüité internationale, comme si Le Pen et Macron étaient des gens modestes, sans aucune relation avec la moindre dictature du Moyen-Orient.

Comment peut-on, face à cette situation, en vouloir à ceux qui s’abstiennent ou à ceux qui s’en foutent de la politique. Démocratiquement, est-ce plus inquiétant de voir un abstentionniste qui comprend pourquoi il s’abstient ? Ou de voir un électeur qui ne comprend pas pourquoi et pour qui il vote ?

Le débat public est depuis quelques années devenu un grand cirque (voir dernier édito), et cette campagne est loin d’y échapper.

La Ve République arrive à bout de souffle et ce scrutin a de moins en moins de sens. Il n’est plus une bataille d’idées mais bien une bataille de communication. La vie démocratique des urnes est phagocytée, tandis que celle de la rue est réprimée. Il serait peut-être temps de passer à autre chose.

On peut espérer que 2022 ne soit qu’une parenthèse de médiocrité, mais notre génération semble résignée. Nombre d’entre nous iront voter dimanche, mais sans réelles attentes. Les législatives sauveront peut-être l’honneur. Qui sait ? En attendant, bon week-end à tous et toutes, et si vous avez prévu de voter en ayant pour seul repère politique CNews, Balance ton Post ou les Tik Toks de Jean-Baptiste Djebbari, respectez ce célèbre adage de mars 2020 : « restez chez vous ! »

Simon Bouquerel

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