Les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence : histoire et militantisme

Les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence : histoire et militantisme


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J’ai eu la chance de m’entretenir, dans le cadre de mes recherches, avec deux Sœurs de la Perpétuelle Indulgence du Couvent du Nord : Sœur Simonacale de Bavoir et Sœur Emonie du Souvenir. J’ai voulu partager avec vous cette rencontre remplie d’histoires, d’anecdotes et de bienveillance.

Nous avons tous déjà vu des photos de ces sœurs hautes en couleurs avec leur cornette, leur voile et leur maquillage au teint blanc, mais qu’est véritablement l’Ordre de la Perpétuelle Indulgence ? La première apparition de personnes vêtues de l’habit de Nonne n’était autre que des amis qui avaient décidé de déambuler ainsi dans les rues de Castro, le quartier gay de San Francisco. Cette tenue, qui n’était qu’une blague entre amis, a suscité l’attention du quartier et des personnes sont venues se confier à eux comme à des sœurs. Voyant l’impact et l’utilité de cet habit qui mêle symbole religieux et jeu avec le genre, il est resté et est devenu l’emblème de l’association. La première action officielle des sœurs a été la marche nucléaire de San Francisco. L’association naît ensuite en 1979 avec la création du Couvent de San Francisco et l’adoption du nom de Sœurs de la Perpétuelle Indulgence.

Alors que les premières mobilisations concernaient des questions d’écologie et de féminisme, l’utilisation du travestissement a suscité l’attention de la communauté LGBTQ+. Le mouvement des Sœurs a ensuite pris de l’ampleur en s’impliquant dans la lutte contre le sida dès le début de l’épidémie, dans les années 80. Ce sera l’une des premières associations à faire de la prévention avec la fameuse brochure « Play Fair », à l’époque où la maladie n’est pas encore bien identifiée. Elle est la première faite par et pour des hommes gays. Cette lutte reste, à ce jour, l’une des causes principales défendues par l’association, avec du soutien et des récoltes de fonds qui financent notamment les séjours de ressourcement. Ces derniers sont organisés pour les séropositifs et leurs proches, durant lesquels ils peuvent « se détendre, oublier la maladie et être au milieu de folles pour se changer les idées ».

Elles se sont également fait connaître avec leur prise de position contre la venue aux Etats-Unis du pape Jean-Paul II en 1987. Le Vatican avait, à l’époque, condamné l’homosexualité et était contre l’utilisation des préservatifs. Les Sœurs avaient alors fait une lettre au gouvernement américain pour demander le refus d’entrée sur le territoire du pape au nom de la santé publique. « La légende dit que, suite à cet évènement, l’Ordre des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence a été placé sur la liste officielle des hérétiques du Vatican ».

Il s’ensuivit l’ouverture de plusieurs couvents à travers le monde, dont le Couvent de Paris en 1990. Il en existait 84 en 2019, dont 9 éparpillés à travers la France. Sœur Simone et Sœur Emonie sont, pour leur part, membres du Couvent du Nord.

Avril 1983 – Jean-Baptiste Carhaix

Sœur Emonie et Sœur Simone ont débuté leur parcours dans le Couvent à la même période (2018 et 2019 respectivement) et elles ont, toutes les deux, été élevées au rang de Sœur en 2021. Leur intention première en rejoignant l’Ordre était de participer à la conservation et la transmission des mémoires de la communauté LGBTQ+ et des Sœurs.

Elles m’expliquent que le Couvent du Nord participe principalement à des actions en collaboration avec d’autres associations et à des évènements importants, comme les Solidays ou les fêtes de l’Huma. « On fait des baptêmes, des cérémonies de changement de prénom, des mariages ou des unions civiles et des évènements locaux récurrents, comme les Prides. Mais nos moments forts et nos victoires sont des moments intimes ».

Je les ai également interrogé sur leur implication lors des marches des fiertés. Elles m’ont de suite répondu que « C’est un temps fort. Ça fait partie des rendez-vous qui ont eu lieu tous les ans et qui sont inscrits dans nos agendas souvent 1 an à l’avance ». Cet évènement a plusieurs fonctions et symboliques, entre la célébration, la commémoration, le militantisme et la visibilité de la communauté LGBTQ+. Elles distinguent notamment le cortège festif du cortège militant dont elles font partie. « Plus je me suis investie dans le militantisme, plus j’ai rejoint les cortèges du devant en disant On est là pour se souvenir des personnes qui ont marché avant nous, des personnes qui marcheront après nous et de ne pas oublier que nos droits sont fragiles ».

Elles me parlent également de la multiplication du nombre de Pride en France. Le couvent du Nord essaie d’être présent à plusieurs marches de la région, et pas seulement celle de Lille. C’est important pour elles de se rendre dans les marches de villes plus petites pour donner leur soutien et « montrer une image de grandes folles ». Il y a même des initiatives pour l’organisation de Prides de campagne, qui sont très positives afin de montrer aux personnes LGBTQ+ qu’elles ne sont pas seules même dans les endroits où le tissu associatif est moins développé.

Lors de cet évènement, le port de la tenue religieuse est un moyen de se rendre visible mais il est également « un commentaire politique en soi ». Ce travestissement vient remettre en cause l’hétéronormativité et la binarité de nos sociétés. Les Sœurs se libèrent de la question des corps, des normes, du genre et viennent « resacraliser les corps LGBTQ+ ». Un des message clé transmis par l’Ordre de la Perpétuelle Indulgence et pendant la Pride est de montrer la richesse de la diversité, avec des représentations de tous types de personnes.

L’existence de cette association est remplie d’histoire. Les Sœurs portent des valeurs et des messages importants qu’elles promulguent lors des marches des fiertés et d’autres évènements, mais toujours accompagnées d’une bonne touche d’humour et de joie.

Léna Pryen

Pour retrouver toutes les photographies des Soeurs de la Perpétuelle Indulgence par Jean-Baptiste Carhaix : https://rencontrephotographique.com/2012/03/19/soeurs-perpetuelle-indulgence-carhaix/

Pour consulter le site du Couvent de Paris, duquel est issue la première photographie : https://www.lessoeurs.org/

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