La fétichisation des relations lesbiennes dans l’art

La fétichisation des relations lesbiennes dans l’art

La représentation de la communauté LGBT+ dans de nombreux domaines avance, notamment dans l’art. Cependant, elle peut parfois se révéler problématique. Cette représentation problématique inclut la fétichisation des lesbiennes, et ce dans tous types d’art. Dans cet article, nous allons nous focaliser sur cette fétichisation dans le cinéma, la musique et la peinture.

La fétichisation dans le cinéma :

Si vous ne vivez pas dans une grotte, La vie d’Adèle doit vous dire quelque chose. Dans ce film, le couple que forment Adèle et Emma, les deux protagonistes, est hyper-sexualisé, notamment avec deux scènes de sexe explicites. Ce ne sont que deux scènes, me direz vous, et il n’y a rien de mal à inclure une scène de sexe lesbien dans un film lesbien. Sur la forme, vous avez raison, mais qu’en est-il sur le fond ? Ce film, réalisé par un homme, est le parfait exemple de ce qu’on appelle le male gaze. Ce male gaze, c’est le fait d’imposer dans une œuvre la vision de l’homme cisgenre hétérosexuel sur les choses. Dans La vie d’Adele, réalisé par un homme hétérosexuel et cisgenre, la relation est clairement mise en scène pour le plaisir des hommes (c’est aussi le cas dans la majorité des films pornographiques lesbiens) : il y a la caméra qui s’attarde beaucoup sur le corps des deux jeunes femmes, certains plans érotiques et les deux fameuses scènes explicites. Ces dernières font oublier la nature sentimentale des relations lesbiennes, ce qui ne laisse au spectateur qu’une vision sexuelle de ces relations. Le cinéma n’est pas le seul art qui est susceptible de se focaliser majoritairement sur la nature sexuelle des relations lesbiennes : la musique le fait aussi.

La fétichisation dans la musique :

Vous avez déjà sûrement déjà entendu une chanson qui fétichise les lesbiennes, même si vous n’en compreniez pas les paroles. Pour commencer, dans Girls want girls de Drake et Lil Baby , ce dernier avoue qu’il est obsédé par une femme lesbienne et sa compagne. Drake encore, dans I don’t like déclare que que « Les filles s’embrassent parce c’est hot, non ? Mais à part si elles utilisent un strap-on, elles ne sont pas des gouines », ce qui réduit encore ici les lesbiennes à leurs relations sexuelles (vous aurez aussi remarqué que le chanteur insinue ici que sans objet à forme phallique, le sexe lesbien n’est pas vraiment lesbien). Lost in the Fire de The Weeknd, dans laquelle il fait savoir à son ex-petite amie qui lui a déclaré aimer les femmes qu’elle pourrait « amener une amie », encore une fois une sexualisation qui exclut tout romantisme des relations entre femmes, et fait vivre le fantasme des plans à trois de certains hommes. Dans I Like Girls de PnB Rock et Lil Skies, le chanteur dit qu’il « aime les filles qui aiment les filles », ce qui réduit encore une fois les lesbiennes à leurs relations avec des femmes. Ces chansons continuent à faire vivre le male gaze chez ceux qui les écoutent. Si l’appellation de male gaze peut être qualifiée de récente, celui-ci existe depuis bien longtemps. En effet, cette représentation sexualisée des lesbiennes et plus particulièrement de la femme existait déjà au 17ème siècle, et passait notamment par la peinture.

La fétichisation dans la peinture :

La fétichisation des femmes lesbiennes par les hommes ne date pas du 21eme siècle. Si vous cherchez sur Wikipedia « Lesbianisme dans la peinture », vous tomberez uniquement sur des tableaux peints par des hommes entre le 17ème siècle et le 20eme siècle. Ces tableaux sexualisent les lesbiennes, soit en ayant peint leur corps nus et dans des positions révélatrices, soit en les représentant dans des situations érotiques, voire pornographiques. Par exemple, Henri de Toulouse Lautrec, peintre français de la seconde moitié du 19eme siècle, et son tableau Les deux Amies, certaines peintures représentant Diane ou Callisto, deux personnages de la mythologie grecque, ou bien celles d’Egon Schiele (1890-1918) qui montrent deux femmes dans des positions érotiques.

La fétichisation des relations lesbiennes dans l’art, qui n’est pas récente et elle continue de se perpétuer à travers les siècles. Tout art a déjà contribué à fétichiser les femmes lesbiennes, même les plus récents (les jeux vidéos par exemple avec The Last of Us 2, qui montre à un moment une scène de sexe explicite entre deux femmes, qui est destinée au male gaze). Cette fétichisation est dangereuse pour les femmes lesbiennes, car elle peut conduire à un danger physique pour les couples lesbiens. En 2019, un couple a subi une agression à Londres car elles refusaient de s’embrasser devant des hommes qui le leur demandaient, « pour qu’ils puissent les regarder, [en les] traitant de lesbiennes et décrivant des positions sexuelles » comme les « ciseaux » (extrait d’un témoignage d’une des deux victimes).


C.G


Sources :

https://tetu.com/2021/09/06/drake-album-certified-lover-boy-accuse-fetichiser-relations-lesbiennes-dans-girls-want-girls/

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