Rapport du GIEC : entre constats alarmants et justice sociale

Rapport du GIEC : entre constats alarmants et justice sociale

Le premier mars 2022, le groupe 2 du GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a publié le deuxième volume de son rapport : changement climatique ; impacts, adaptation et vulnérabilité.

Il est consacré aux conséquences du dérèglement climatique dont le premier volet dresse le constat et aux moyens de s’y adapter. Le GIEC active encore une fois la sonnette d’alarme et pourtant… depuis sa parution, les JT français les plus visionnés lui ont consacré seulement 3 minutes. 3 minutes sur l’avenir de la vie sur terre.


Pour rappel, le rapport du groupe 1 portait sur la compréhension physique du dérèglement climatique.

Que savait-on déjà ?

  • Le climat s’est réchauffé d’à peu près 1,1° depuis le 19e siècle.
  • La corrélation entre le dérèglement climatique et les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine est confirmée.
  • Le dérèglement climatique, qui s’accélère, accroît les événements climatiques extrêmes (les précipitations, l’augmentation des vagues de chaleur et l’élévation du niveau de la mer -entre autres- : aux Etats-Unis, les submersions à marée haute sont de plus en plus fréquentes).
  • Pour atténuer le dérèglement  climatique il faut réduire de manière drastique les émissions de gaz à effet de serre.

Pour mieux comprendre ce qu’implique un dérèglement climatique d’1,5 à 2°:  

source: Le Monde

Tous ces constats pour le moins inquiétants mettent en évidence l’urgence dans laquelle nous nous trouvons.

Alors, qu’est-ce que ce deuxième volume nous apprend ?

J’emploierai l’expression « dérèglement climatique » plutôt que « réchauffement climatique » puisque le climat connaît naturellement des variations. Celles dont on parle ici sont provoquées par l’humain, il s’agit donc d’un dérèglement.

Les conséquences du dérèglement climatique sont déjà observables, irréversibles et généralisées.

“La menace grave et grandissante (…) ne se cache pas au coin de la rue mais affecte déjà la vie de millions de personnes dans le monde” (1)

Le futur est déjà là. 

Les annonces du rapport précédent du GIEC sont déjà observables.

L’étendue et l’amplitude de l’impact de dérèglement climatique sont plus importantes que ce qui avait été prédit. 

Une partie des conséquences sont déjà irréversibles.

Le dérèglement climatique entraîne la chute de la biodiversité. Plus le réchauffement est fort, plus les risques d’extinction des espèces augmentent. 

Si la trajectoire actuelle se poursuit, ⅓ des espèces vivantes seront confrontées à un risque très élevé d’extinction. Aujourd’hui, tous les dauphins d’eau douce, les ours polaires, les baleines, les caribous du Nord-Ouest du Canada sont gravement menacés car leur habitat est détruit.

La moitié des espèces recensées a déjà migré et l’on compte déjà des centaines d’extinctions comme les grenouilles d’Amérique centrale et les chauves-souris de Lord Howe.

Il est important d’avoir en tête que tous les systèmes vivants sont interdépendants. La survie des humains ne se fera pas sans celle du reste de la biodiversité. Par exemple, les insectes -décimés par les pesticides- sont indispensables pour qu’un sol soit fertile.

 Certains écosystèmes ont atteint un point de non-retour comme les coraux, certaines régions polaires et forêts tropicales comme l’Amazonie.

Le dérèglement climatique augmente considérablement les problèmes de santé dans toutes les régions du monde.

Prenons l’exemple de l’exposition aux vagues de chaleur : en France, le nombre de décès provoqués par celles-ci va passer de 1500 à plus de 5000 d’ici 2050.
Il a augmenté et augmentera les problèmes de santé mentale de façon globale dûs, entre autres, à l’anxiété et au traumatismes provoqués par le dérèglement climatique.

Enfin, notre sécurité alimentaire est déjà menacée. 

Les pertes de récoltes dûes à la sécheresse et aux chaleurs extrêmes ont déjà triplé en Europe au cours des cinquante dernières années.

De plus, on risque de manquer d’eau puisque la disponibilité des eaux souterraines est menacée. La moitié de la population mondiale fait déjà face à une pénurie d’eau.

Le rapport utilise la notion de “risques en cascade” : les risques et impacts liés au dérèglement climatique deviennent de plus en plus complexes, difficiles à gérer. Un événement n’est jamais isolé, il en provoque d’autres. Par exemple, une canicule provoque un méga feux qui décime la biodiversité et potentiellement les installations humaines. 

La vulnérabilité des écosystèmes et des sociétés humaines varie grandement selon les régions du monde.

Le mot d’ordre de ce rapport est la justice ; nous ne sommes pas égaux face aux conséquences du dérèglement climatique. La vulnérabilité des écosystèmes et des populations varie considérablement d’une région à l’autre et au sein même des régions.

Entre 3,3 et 3,6 milliards de personnes vivent dans des régions considérées comme “hautement vulnérables au réchauffement climatique”. C’est le cas du village de Shismare, un village Inuit d’Alaska ou l’océan grignote trois mètres de littoral chaque année. Les habitants ont dû relocaliser leur village. 

Les risques climatiques exacerbent les inégalités.

Les populations les plus vulnérables sont affectées de façon disproportionnée. 

Par conséquent, les déplacements de populations des régions fortement exposées et ayant une faible capacité d’adaptation vont augmenter. 

Les contextes politiques, économiques et sociaux présents et hérités, notamment du colonialisme, sont à l’origine de la vulnérabilité de certaines populations.

Il est encore possible de saisir une très petite fenêtre d’opportunités pour tendre vers un futur vivable pour tous.tes : concilier adaptation et atténuation dans une approche systémique.

Le rapport met en évidence la faisabilité de l’adaptation. Les actions d’adaptation les plus nécessaires sont les plus faciles à mettre en œuvre, ce qui est une bonne nouvelle, mais le temps presse. 

Des mesures de réduction drastique des gaz à effets de serre (atténuation) doivent être combinées à des mesures d’adaptations.

Il est important de bien distinguer l’atténuation, l’adaptation et la résilience. 

L’atténuation vise à réduire les conséquences du dérèglement climatique (réduire notre consommation de viande, d’énergies fossiles).

L’adaptation vise à évoluer de façon à réduire notre vulnérabilité (construire des éco-quartiers adaptés aux risques d’inondations). 

La résilience est la capacité d’un système à se relever en rétablissant ses fonctions essentielles (reconstruire après une tornade).

Le rapport dénonce un décalage entre les moyens mis en œuvre et la rapidité du dérèglement climatique. Augmenter notre résilience est donc une nécessité absolue.

De l’importance d’inclure les populations locales

L’adaptation et la justice sociale sont indissociables.

Les groupes sociaux les plus vulnérables doivent être intégrés au sujet ; l’enjeux est démocratique. La coopération avec les peuples autochtones et la reconnaissance de leurs droits sont indispensables.

Le GIEC alerte sur le manque de financement des mesures d’adaptation qui sont largement insuffisants en particulier dans les “pays en développement”. Il souligne l’importance de l’émergence de conditions sociales et politiques favorables à l’action.

Pour faire face à cette urgence, il ne s’agit pas seulement de réduire nos émissions. Il faut aussi prendre en compte l’interaction des systèmes vivants entre eux ; l’interdépendance. 

Le GIEC désigne quelques secteurs clés vers lesquels les investissements doivent se diriger : la transition énergétique, la gestion de l’eau et de l’irrigation, l’adaptation de l’agriculture et la préservation des milieux “naturels”.

Sans changement rapide, il ne sera plus possible de nous adapter.

Mais l’adaptation ne peut pas tout. Elle ne peut pas empêcher la surexposition des populations les plus modestes aux effets du dérèglement climatique. Le monde tel qu’on le connaît aujourd’hui ne sera plus jamais le même.

Pour être plus résilients, il faudra une meilleure coopération internationale à toutes les échelles ;

“Le développement de la résilience progresse quand les acteurs travaillent de façon juste, équitable et de manière à réconcilier les différents intérêts, valeurs et visions du monde vers plus de justice et d’équité.” (2)

Bien qu’il soit alarmiste, ce rapport montre l’importance de penser collectivement notre avenir. Il prouve aussi que ces revendications sont politiques et systémiques. 

Une action urgente est requise, une fenêtre d’opportunités est à saisir mais elle est éphémère. 

Je consacrerai un prochain article aux moyens d’actions à l’échelle individuelle.

Lucie Jacqueline

SOURCES 

(1), (2) IPCC (GIEC), Climate change 2022 : impact, adaptation, vulnerability, Février 2022 

https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg2/

IPCC, Summary for police makers (résumé pour les décideurs), impact, adaptation and vulnerability, Février 2022 https://report.ipcc.ch/ar6wg2/pdf/IPCC_AR6_WGII_SummaryForPolicymakers.pdf

The shifters, Synthèse du rapport AR6 du GIEC, Mars 2022 https://theshiftproject.org/wp-content/uploads/2022/03/Synthese-vulgarisee-Rapport-WGII-AR6-The-Shifters.pdf

BLAST, Le souffle de l’info, RAPPORT DU GIEC:CHANGER OU DISPARAÎTRE, Youtube

(0) Image de couverture, Futura Science 

https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/botanique-rechauffement-climatique-rend-forets-plus-jeunes-arbres-plus-petits-20775/

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