Edito #35 : Présidentielle, quand le débat grésille

Edito #35 : Présidentielle, quand le débat grésille

Ce lundi 14 mars, TF1 propose une soirée spéciale durant laquelle huit candidats à la présidentielle vont se succéder pour parler de leur programme (avec la Guerre en Ukraine comme principal fil rouge).

Sauf qu’au cas où TF1 ne soit pas au courant ils ne sont pas 8 mais bien 12 sur la ligne de départ. Nathalie Arthaud, Nicolas Dupont-Aignan, Jean Lassalle et Philippe Poutou n’ont pas été conviés à la fête. Cette soirée est une preuve parmi tant d’autre de l’iniquité crasse de cette élection. Comment peut-on encore considérer que la présidentielle est un scrutin pleinement démocratique quand le jeu médiatique en exclu arbitrairement certains candidats ?

Comment justifier ces absences ? En ne prétendant sélectionner que les candidats les mieux placés dans les sondages ? Mais alors que fait Anne Hidalgo ici ? En prenant ceux dont les partis ont fait un bon score aux dernières présidentielles ? Alors comment expliquer la présence de Fabien Roussel et Yannick Jadot, dont les partis ne présentaient aucun candidat en 2017 ? En ne prenant que les « gros partis historiques ? » Alors pourquoi Zemmour, qui n’a aucune expérience électorale et dont le parti n’existe que depuis quelques mois serait invité ?

Déjà boudés depuis des mois sur les plateaux TV, les candidats de la gauche radicale Philippe Poutou et Nathalie Arthaud n’auront encore une fois pas l’occasion de pouvoir s’exprimer à une heure de grande écoute. Comme s’ils étaient de simples figurants un peu folkloriques. Pourtant ils ont eu leurs 500 parrainages et ce, malgré leur invisibilisation totale dans les médias. Ils sont donc sans doute plus légitimes que des Hidalgo, plafonnant à 2 % qui a pu profiter de sa multitude d’élus locaux, ou d’un Zemmour qui n’a aucune expérience politique qui a vu ses idées et sa candidature être légitimée par une complaisance médiatique envers ses propos racistes et outranciers.

Déjà en 2017, un premier débat organisé avait fait couler beaucoup d’encre car il ne réunissait que 6 candidats sur 11. TF1 et France 2 s’étaient rattrapés en organisant un débat inédit réunissant tous les candidats quelques semaines plus tard. Et ce débat justement ? Aujourd’hui encore de nombreux extraits ressortent, notamment ceux de Philippe Poutou, invectivant Marine Le Pen et François Fillon sur leurs différentes accusations de détournement ou encore d’emplois fictifs.

Si l’on réfléchit bien a-t-on vraiment eu d’autre moment dans notre histoire démocratique récente où chaque candidat était sur le même pied d’égalité ? Où ceux des petits partis, souvent des hommes et des femmes qui ne vivent pas de la politique pouvaient « mettre ne nez dans leur caca » aux représentants des grands partis.

Une confrontation comme celle de 2017 serait mauvaise pour Macron, Le Pen, Zemmour ou Pécresse qui jusque là peuvent dire et faire ce qu’ils veulent sans être trop inquiétés. D’ailleurs, le Président ne s’y est pas trompé. S’il a refusé de débattre avec les autres, ça n’est pas juste pace que « de toute façon les autres anciens présidents ont fait pareil » (argument éclaté au sol au passage), mais bien parce qu’il a peur d’un Philippe Poutou entre autres. Alors je ne dis pas qu’une simple invective de Poutou ferrait perdre un candidat. Mais au moins, elle aurait le mérite de remettre 2-3 choses au clair et de contrer la complaisance dont bénéficient un peu trop de candidats.

Mais bon, tant que nous serons enlisés dans ce système électoral qui continue de faire croire que n’importe qui peut se présenter à une présidentielle avec autant de chances d’être élu qu’un président sortant ou un polémiste réactionnaire, on ne s’en sortira pas.

L’élection présidentielle ne permet pas de « choisir » son président. Comme le disait l’économiste Joseph Schumpeter : « Le rôle des citoyens en démocratie est très limité, c’est celui de départager les élites ». Des élites qui ont déjà été triés au préalable, en grande partie par la presse des milliardaires. Tant que les Bolloré, Arnault, Bouygues ou Niel auront une mainmise sur les médias, l’élection ne pourra pas être équitable, de la recherche de parrainage, au jour du scrutin.

A ce propos, je ne peux que conseiller le documentaire de Médiapart Média Crash – Qui a tué le débat public ? réalisé par Valentine Oberti et Luc Hermann, toujours disponible dans certaines salles, et sur le site de Médiapart pour les abonnés. Un film extrêmement flippant, mais tellement utile.

Simon Bouquerel

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