Et si on parlait sexisme? Ou pourquoi le sexisme anti-homme n’existe pas

Et si on parlait sexisme? Ou pourquoi le sexisme anti-homme n’existe pas

Aujourd’hui, 8 mars, journée commémorant les luttes des femmes pour leurs droits, vous pouvez être sûr que nous allons entendre parler de sexisme… Anti-homme. Comme à chaque fois que l’on aborde les sujets de sexisme et de violences faites aux femmes, une personne va « se faire l’avocat du diable », et parler du sexisme anti-homme. Mais qu’en est-il en réalité ?

Le sexisme est une discrimination. Et quand on parle de discrimination, on ne parle pas d’une simple hostilité d’un individu envers un autre : il s’agit d’une relation, d’un rapport social.

Ainsi, les discriminations sont dites systémiques car issues d’un système. Attention, systémique ne signifie pas systématique : les personnes ne sont pas toujours discriminées.

Mais du fait d’un système théologico-historique, agissant par le biais de législatures gouvernementales, de « normes » culturelles, de la représentation dans les médias, de l’enseignement, etc., les discriminations ont des conséquences aujourd’hui encore. Ces conséquences ont trois grands axes : politique, social, et économique.

Revenons-en au sexisme. Quelle sont les insultes que l’on peut recevoir en tant que femme ? Généralement des insultes s’intéressant à vos partenaires sexuels, comme s’il était honteux d’en avoir eu plusieurs : on retrouve l’idée de pureté virginale Biblique. Maintenant, quelles sont les insultes dites masculines? Etre traité de femme, d’homosexuel, ou de fils « de » : finalement, on insulte ce qui n’est pas masculin (causes d’autres oppressions) ou encore le vagin de votre mère. Étrange non ?

Chaque année, d’après les chiffres du ministère chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes, 213 000 femmes en moyenne et 82 000 hommes sont victimes de violences conjugales ; 135 000 femmes et 41 000 hommes sont victimes de violences sexuelles, 34 000 femmes et 14 000 hommes sont victimes de viol. De plus, en 2021, 102 femmes et 23 hommes ont été tué.e.s par leurs conjoint·es. Il y a des hommes victimes, cela prouve bien un sexisme anti-homme ! Et bien non…. Ce serait occulter que 70 à 80% des victimes, soit la majorité, sont des femmes, et surtout que 90% des agresseurs sont… Des hommes.

Parler d’hommes victimes de violences conjugales ou de viol lorsqu’on parle de sexisme, c’est un peu la même chose que parler des dyslexiques lorsqu’on aborde l’écriture inclusive. Oui. Ils existent. C’est vrai. Et il ne faut pas les négliger. Mais concrètement, que faites-vous pour eux ? Absolument rien, à part les brandir comme excuse à chaque fois que les femmes crient à la fin des violences à leur égard.

L’image du « vrai viol » est d’ailleurs encore très ancré dans l’imaginaire collectif, d’après l’étude de 2021 (Mémoire Traumatique et Victimologie, sondage IPSOS) : 23% des hommes considèrent que l’agresseur est « en partie déresponsabilisé » quand la victime accepte d’aller seule chez lui, 57% des français·es estiment fréquent d’accuser une personne de viol par déception amoureuse.

Un « vrai viol », dans l’imaginaire collectif, c’est une pauvre victime vertueuse qui se fait agresser par un inconnu dans une ruelle sombre. En réalité, 90% des victimes connaissent leur agresseur. Et ce ne sont pas des pulsions. Si c’était le cas, les hommes baisseraient leur pantalon en pleine rue car ils ne pourraient pas se retenir ! Ce n’est pas non plus dû à la testostérone, les études scientifiques sur le sujet ont clôt la question il y a bien longtemps. Ah oui, les fausses accusations de viol sont très, très rares. On les estime à moins de 2% (alors que les fraudes sur d’autres sujets tournent autour de 5 à 15%). De plus, moins de 10% des victimes portent plaintes, et moins d’1% des agresseurs sont condamnés. Cela devrait peser bien plus lourd comme argument, non ?

Continuons. D’un point de vue économique, a-t-on déjà refusé un emploi à quelqu’un parce que c’est un homme ? Ou le paye-t-on moins parce que c’est un homme et qu’il va potentiellement avoir des enfants ? Les hommes représentent 75% temps de parole dans les médias, entre 73% et 90% des élus politiques ; 99% des PDG ; 39 patrons du CAC40. Les femmes, bien que plus diplômées, sont moins bien insérées sur le plan du travail. Dans le domaine de la culture par exemple, les femmes représentent 40% des effectifs, bien qu’elles soient 60% dans ce domaine à l’université ! Les hommes gagnent en moyenne, entre le public et le privé, 15% de plus que les femmes.

A l’inverse, refuse-t-on un emploi aux femmes parce qu’elles sont des femmes (et tous les stéréotypes qu’il y a autour : grossesses, enfants…) ? Sont-elles sous représentées dans certains métiers ? Nous venons d’y répondre je crois. Je me rappelle mes premiers élans féministes, quand j’étais contre les quotas puisque je voulais être embauchée uniquement pour mes compétences. Puis je me suis rendue à l’évidence : à compétences égales, voire parfois même inférieures, un homme sera toujours embauché avant moi. D’un point de vue politique maintenant. S’est-on déjà dit que les hommes devraient obéissance à leur femme ? Non. Pourtant, il a fallu attendre 1938 pour que les femmes ne doivent plus obéissance à leur époux, et la suppression de l’incapacité juridique des femmes, et le droit de vote date du 21 Avril 1944 !

Y a-t-il des lois qui régissent le corps des hommes ? Non plus. En revanche, lors de la Première Guerre Mondiale, la vente de contraceptifs était interdites, l’avortement était un crime, qui pouvait être puni de la peine de mort sous le régime de Vichy. La pilule contraceptive n’a été remboursée qu’en 1970, soit il y a 50 ans ! L’IVG a été autorisé en 1975, et remboursé à partir de 1982, soit il y a 40ans. A-t-on déjà pensé que, du fait de son genre, un homme devait gagner moins ? Vous me voyez venir, la notion de salaire féminin « à travail égal, salaire égal » date de 1945. A-t-on déjà pensé qu’un époux appartenait à son épouse ? Les notions de « chefs de famille » et « puissance paternelle » ont disparu en 1970, mais seulement en 1983 concernant le droit fiscal. Et l’autorisation parentale conjointe date de 1993 . Mais ce n’est pas tout. La reconnaissance du viol conjugal date de… 1990. Oui oui. Et la répression des violences conjugale date de 1992 : 30 ans à peine !

De fait, le sexisme anti-homme n’existe pas. Sociologiquement, il n’y a aucun, et je dis bien aucun, argument pour une discrimination globale, systémique, envers les hommes.

Cela ne signifie pas que les hommes ne souffrent pas, mais qu’ils ne subissent pas de discrimination systémique. En revanche, il peut exister des oppressions individuelles, et surtout le contrecoup des règles forgeant la masculinité, ce qu’on appelle la masculinité toxique.

Aujourd’hui, la loi reconnait 25 discriminations. A chaque fois que l’on souhaite utiliser le mot « discrimination », il faut se demander si réellement ce dont on parle a des conséquences politiques, économiques et sociales.

Qui dit discrimination dit aussi privilèges : un accès inné à un pouvoir, un avantage, ou encore une possibilité, fondé sur l’appartenance à un groupe social dominant. Cela fonctionne de façon invisible puisque nous avons toujours vécu avec. C’est pour cela qu’il est si difficile de les reconnaître. Mais posez-vous la question : Qui n’a jamais craint de ne pas pouvoir manger jusqu’à la fin du mois ? Qui n’a pas de handicap ? A qui n’a-t-on jamais demandé ses origines au premier abord ? Qui n’a jamais craint des représailles violentes du fait de son orientation sexuelle (se tenir la main dans la rue, embrasser…) ? Qui se définit au genre dont il a été assigné à la naissance ? Qui n’a jamais reçu de « compliments » ou quelconque tentative de drague qui vous a mis mal à l’aise ou que vous avez trouvé inapproprié ? Qui ne craint jamais d’être agressé sexuellement ou violé ?

Nous ne vaincrons pas les discriminations sans renoncer à nos privilèges. Nous ne les vaincrons pas non plus en envisageant chaque lutte séparément : chaque discrimination peut être empreinte d’une autre, ce que Kimberlé Crenshaw a théorisé sous le nom d’intersectionnalité.

Quoi qu’en dise la devise nationale, nous ne sommes pas tous·tes égaux.

Enfin… Pas encore.

Antigone

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