Ecoféminisme : le global warning

Ecoféminisme : le global warning

Le mot « écoféminisme » est apparu en France en 1974 sous la plume de l’écrivaine féministe Françoise d’Eaubonne, dans Le féminisme ou la mort. Cet essai fait suite au rapport Meadows publié 2 ans plus tôt, dans lequel des chercheurs du MIT (Massachusetts Institute of Technology) ont montré pour la première fois les limites d’une croissance économique et d’une démographie exponentielles à l’horizon 2020-2030. Françoise d’Eaubonne établit alors un lien direct entre l’oppression des femmes et la destruction de l’environnement, reposant sur un même système de violence et de domination. Elle écrit : « La destruction des sols et l’épuisement des ressources signalés par tous les travaux écologistes correspondent à une surexploitation parallèle à la surfécondation de l’espèce humaine »1, ce qu’elle appelle le « Lapinisme Phallocratique ». En ces termes, elle dénonce la situation des femmes, réduites à un devoir de procréation par le système patriarcal et capitaliste.

Cette urgence, à la fois sociale et climatique, résonne aux quatre coins du monde par de nombreuses actions et protestations. En Inde dans les années 1970, des villageoises indiennes protestent contre la déforestation, portées par l’activiste écoféministe Vandana Shiva. Quelques années plus tard, en novembre 1980, le collectif Women’s Pentagon Actions réunit 2000 femmes autour du Pentagone, dans un contexte de menace nucléaire entre l’URSS et les Etats-Unis. Elles y revendiquent l’égalité des droits, la fin de l’exploitation des personnes et de l’environnement, ainsi que l’arrêt des actions militaires menées par le gouvernement de l’époque. L’une de ces femmes déclarait : « Nous nous rassemblons […] parce que nous craignons pour nos vies. Nous craignons pour la vie de cette planète, notre Terre, et la vie de nos enfants qui représentent notre futur »2.

Ce mouvement connaît aujourd’hui un nouvel essor, ce qui s’explique notamment par les rapports alarmants délivrés par le GIEC, dénonçant des politiques environnementales insuffisantes. La libération de la parole des femmes joue également un rôle majeur, suite au mouvement #MeToo et à l’inaction judiciaire des autorités.

Finalement, l’objectif de ce mouvement est de relier toutes les dominations pour mieux lutter contre elles. Parmi elles, l’injustice sociale (inégalités Nord/Sud, homme/femme) mais aussi la volonté de mettre en lumière le rôle majeur des femmes dans les livres d’histoire, pourtant en première ligne dans l’histoire des luttes sociales. En 2019, l’ONU déclarait que les femmes avaient 14 fois plus de chances de mourir lors de catastrophes naturelles, puisqu’elles composaient 70% des personnes en dessous du seuil de pauvreté. L’anti-capitalisme est également au cœur des revendications, pour sa pression sur les ressources naturelles et son exploitation de la main-d’œuvre.

Si l’écoféminisme est bien ancré dans le débat public, il n’est pas au centre des programmes politiques actuels. Bien que la candidate à la primaire écologiste Sandrine Rousseau en défendait les idées, il semble peu probable que cette vision fasse des émules auprès de ses confrères.soeurs. Mais la revendication de l’écoféminisme par la candidate, personnalité très active et suivie sur les réseaux sociaux, montre que parmi les pensées féministes actuelles, ce mouvement occupe une place importante, rendue d’autant plus urgente au vu de l’accélération du réchauffement climatique.

Eglantine Valois


1  Françoise D’EAUBONNE, Le féminisme ou la mort, Paris, Pierre Horay, 1974. 2 Déborah DE COMARMOND, “Écoféminisme : et si se recycler était un acte féministe”, Médias Citoyens Diois, publié le 07/03/2020, [en ligne], consulté le 06/03/2022, URL : https://mediascitoyens-diois.info/2020/03/ecofeminisme-et-si-recycler-etait-un-acte-feministe/ .

Photo : Anna Wanda Gugusey

Sources : 

Hugo LETEMPLE-DABAS, “Écoféminisme : 5 minutes pour comprendre l’essentiel de ce mouvement”, L’infodurable, publié le 05/10/2021, [en ligne], consulté le 02/03/2022, URL : Écoféminisme : 5 minutes pour comprendre l’essentiel de ce …https://www.linfodurable.fr › Politique.

Mathieu VIDARD, “L’éco féminisme”, FranceInter, publié le 22/11/2021, [en ligne], consulté le 02/03/2022, URL : L’éco féminismehttps://www.franceinter.fr › … › L’éco féminisme.

Amélie DEYMIER, Anne MANGIN, Marc HANSMANN, “L’écoféminisme, d’où ça vient ?”, Arte, publié le 08/02/2020, [en ligne], consulté le 06/03/2022, URL : L’écoféminisme, d’où ça vient? – Regarder le documentaire …Arte.tv8 janv. 2020.

Aurore COULAUD, “L’écoféminisme, c’est quoi au juste ?”, Libération, publié le 09/12/2017, [en ligne], consulté le 04/03/2022, URL : https://www.liberation.fr/france/2017/12/09/l-ecofeminisme-c-est-quoi-au-juste_1614544/.

Déborah DE COMARMOND, “Écoféminisme : et si se recycler était un acte féministe”, Médias Citoyens Diois, publié le 07/03/2021, [en ligne], consulté le 02/03/2022, URL : https://mediascitoyens-diois.info/2020/03/ecofeminisme-et-si-recycler-etait-un-acte-feministe/.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *