Racisme à la frontière ukraino-polonaise

Racisme à la frontière ukraino-polonaise

Des ressortissants africains bloqués dans une Ukraine en guerre par des gardes-frontières polonais : c’est ce que l’on peut voir sur de (trop) nombreuses images et vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux ces derniers jours.

Fuyant la guerre et les bombardements russes qui pleuvent sur les principales villes du pays, les réfugiés ukrainiens affluent principalement à la frontière de l’Union européenne, en Pologne. Selon l’Ambassade polonaise en France, 200.000 personnes auraient trouvé refuge dans le pays ces derniers jours, et ce « quelle que soit leur nationalité ». Cependant, la réalité semble donner tort aux dires des autorités polonaises. De nombreux témoignages d’étudiants africains affirment qu’un véritable « tri » a lieu au moment de passer la frontière. Si les «ukrainiens» (blancs) sont tout de suite accueillis par la douane polonaise, les personnes à couleur de peau noire sont systématiquement repoussées et empêchées de quitter l’Ukraine.

Des étudiants racontent être ainsi restés plusieurs heures dans le froid tandis que les Ukrainiens étaient, eux, autorisés à entrer en Pologne. « Quand je suis arrivée là-bas, […] ils nous ont gardés sans raison, je ne sais pas pourquoi. Et ils laissaient passer les autres Ukrainiens. On est restés là plus de cinq heures. » explique à Brut Johanna, étudiante nigériane de 17 ans. Une autre étudiante confie qu’ « une fois à la frontière, ils ont réuni les noirs, ils nous ont mis ensemble dans un coin. Pendant plus de trois heures, on est restés debout sans bouger. »

Les inégalités de traitement vécues par les ressortissants africains vont jusqu’à la violence physique : «Quand ils [les douaniers polonais] ont vu [une] Ukrainienne arriver, ils nous ont même frappés pour qu’on la laisse passer. Ils nous ont frappés en disant: ‘Partez, partez, partez, laissez-la passer.’» raconte Johanna. Face à ces injustices, des échauffourées auraient éclatées entre Africains et forces de l’ordre.

Des vidéos témoignent de situations abominables, où l’on peut par exemple voir une mère tenant dans ses bras son bébé de quelques mois par 3°C. La détresse de ces réfugiés est flagrante mais l’impassibilité des polonais est encore plus frappante: « Ils nous ont laissés dehors. Les gens pleuraient, suppliaient. Ils n’ont ouvert la porte à personne. Ils nous ont laissés dehors deux jours avant de nous ouvrir la frontière. », raconte une étudiante.

Ces témoignages ont, heureusement, conduit à des réactions de la part des ambassades et autorités africaines. L’ambassadrice sud-africaine en Pologne, Mme Mngomezulu, s’est notamment rendue à la frontière. Lundi 28 février, l’Union africaine a publié un communiqué dans lequel elle se déclare « particulièrement préoccupée par les informations rapportées selon lesquelles les citoyens africains, se trouvant du côté Ukrainien de la frontière, se verraient refuser le droit de traverser la frontière pour se mettre en sécurité » et exhorte « tous les pays à respecter le droit international et à faire preuve de la même empathie et du même soutien envers toutes les personnes qui fuient la guerre, nonobstant leur identité raciale ».

Ainsi, même en temps de guerre où chaque être humain devrait pouvoir recevoir une aide, plus que nécessaire, vitale et être accueilli, le racisme institutionnalisé est encore là pour empêcher des gens d’avoir accès à un droit des plus fondamentaux.

Anatole Brunet-Rapeaud

Sources : francetvinfo.fr, france24.com, lemonde.fr, politis.fr, @brutofficiel (Twitter)

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