Gentrification. De la réhabilitation à l’embourgeoisement, retour sur un phénomène urbain.

Gentrification. De la réhabilitation à l’embourgeoisement, retour sur un phénomène urbain.

Le 19 janvier dernier, le théâtre de la Verrière à Lille s’est transformé le temps de quelques heures, en un lieu de discussion entre citoyens et géographes, autour du thème de la gentrification. Point d’appui de cet échange, le dernier livre de Mathieu Van Criekingen, Contre la gentrification. Convoitises et résistances dans les quartiers populaires.

La « gentrification positive », les faux bienfaits d’une politique urbaine

Selon le géographe, la gentrification renvoie à : « toutes formes de réaménagement d’espaces populaires à l’avantage (matériel ou symbolique) de groupes dominants (en termes économiques ou culturels) et qui implique donc différentes formes de dépossession dont pâtissent des groupes dominés ». Alors que la gentrification correspond à un phénomène d’embourgeoisement d’un espace, certaines politiques de réaménagement urbain en vantent les mérites. Prônant le vivre ensemble, la cohésion sociale et la durabilité, la gentrification positive aspire à une ville homogène.

Envisager ce phénomène uniquement à travers ce prisme pose toutefois quelques limites. Pour qui et par qui est réellement faite cette gentrification ? Mathieu Van Criekingen nous invite à voir ce phénomène non pas comme la simple réhabilitation de logements, mais plutôt comme le remplacement de certaines catégories sociales au profit d’autres. La gentrification positive, c’est principalement la négation des discriminations et des inégalités à l’œuvre dans la ville. Car non, la gentrification n’est pas une façon de lutter contre les marchands de sommeil.

Aux fondements de ce phénomène, la transformation socio-économique d’un espace urbain

Retour en ville du capital, extension du domaine urbain des classes intermédiaires, politiques d’embourgeoisement qui ne disent pas leur nom, voilà le triptyque sur lequel repose la gentrification. Point de convergence entre ces trois piliers ? l’évincement des catégories sociales défavorisés. Mais qu’en est-il du relogement de ces personnes ? Véritable problématique à l’œuvre dans ce phénomène pour le géographe qui parvient difficilement à retrouver ces familles délogés. Contre la gentrification est aussi un ouvrage qui remet sur le devant de la scène, les résistances à l’œuvre dans certains quartiers populaires. Alors que ces espaces semblent être des candidats parfaits à la gentrification, des luttes opèrent, portés par leurs résidents.

A la fois à travers des résistances « pour soi » et surtout « en soi », les habitants luttent contre ce phénomène social en continuant à investir ces espaces. Non seulement en y résidant, mais également en y vivant, en fréquentant les lieux économiques et sociaux qui constituent ces quartiers, tels que les marchés. Après quelques minutes de débats avec le public, ponctués d’échanges musclés entre détracteurs et partisans de la gentrification, ainsi se clôt cette discussion.

Yona Michel

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