L’Ambassadeur de Chine au Parc des Princes : tapis rouge à une puissance génocidaire

L’Ambassadeur de Chine au Parc des Princes : tapis rouge à une puissance génocidaire

Dimanche 23 janvier 2022, le Paris Saint-Germain accueillait Reims pour la 22 ème journée de Ligue 1 Uber Eats. Si la victoire a été facile pour les coéquipiers de Kylian Mbappé (4-0), tout dans cette soirée au Parc des Princes n’est pas à louer.

En effet, le PSG a invité ce soir-là l’ambassadeur de Chine en France, Lu Shaye, pour célébrer le Nouvel An chinois qui débute le 1er février prochain.

Que le Paris Saint-Germain célèbre des événements culturels majeurs issus d’autres pays que la France est compréhensible d’un point de vue économique et financier. Avec l’émergence d’un intérêt croissant pour le football à l’Est depuis quelques années, les plus grands clubs européens se tournent vers l’Orient et l’Extreme-Orient, où ils trouvent des millions de nouveaux fans. Les plus grosses écuries européennes multiplient ainsi les tournées de pré-saison (en juillet-août) en Asie ou au Moyen-Orient, pour fidéliser cette nouvelle « fan-base ».

Pour ce qui est du Nouvel An chinois, il est devenu de coutume de le célébrer. Cela va même jusqu’à revêtir des équipements spéciaux pour l’occasion et de produire des collections limitées (maillots, vestes…).

Les collections Adidas spéciales Nouvel An chinois 2020 (Arsenal, Manchester United et Juventus)

Le PSG, monstre commercial, suit bien entendu cette tendance et se montre particulièrement proche de la Chine. Il est depuis quelques années devenu normal que les joueurs revêtent des maillots floqués en chinois et que le Parc des Princes se colore de rouge et d’or à l’approche du nouvel an lunaire. En février 2020, les joueurs avait même porté des maillots en soutient à la Chine, qui subissait alors le tout début de la pandémie de COVID-19. Le sponsor principal (Accor Live Limitless) avait été remplacé par le message « Stay strong China » (« Chine, reste forte »).

Cette année, le club de la capitale est allé encore plus loin en invitant l’Ambassadeur chinois en France au match face à Reims. L’engagement du club ne relève alors plus seulement d’une célébration culturelle. Le PSG envoie un message politique et diplomatique fort : le club s’efforce d’entretenir de bonnes relations avec le gouvernement chinois.

Post instagram du Paris Saint-Germain se félicitant d’avoir invité l’ambassadeur de Chine en France Lu Shaye (à droite), qui pose avec le président du club Nasser Al-Khelaïfi (à gauche), au Parc des Princes ce 23 janvier 2022.

Mais entretenir des bonnes relations avec le gouvernement chinois, cela revient à soutenir sa politique génocidaire à l’encontre du peuple Ouïghour. Depuis 2016, plus de trois millions de Ouïghours ont été déportés et internés dans des camps de concentration au Xinjiang, province du Nord-Ouest de la Chine.

L’Ambassade de Chine en France avait notamment mis la pression sur Raphaël Glucksmann, figure de la lutte pour les droits des Ouïghours en France et eurodéputé, en octobre 2020. Yannick Jadot, lui aussi député européen, avait alors très justement fait remarqué que « les autorités chinoises mettent la pression sur les élus européens et menacent directement les gouvernements de rétorsions économiques à chaque fois que les atteintes aux droits humains ou les pratiques insupportables de dumping sont exposées et combattues».

Réponse de l’eurodéputé Raphaël Glucksmann au tweet menaçant de l’Ambassade de Chine en France (octobre 2020).

La pression économique chinoise (ou autre) dont parle Yannick Jadot s’étend donc au football, où le côté financier a malheureusement désormais largement dépassé l’aspect sportif dans la plupart des grandes équipes et institutions (voyez notre article sur les problèmes que soulèvent la future Coupe du monde au Qatar).

L’appât du gain et la peur de perdre certains marchés en pleine expansion pousse donc les plus grands clubs européens – devenus en réalité de véritables machines à profit – à oublier certains principes des plus fondamentaux et à se désolidariser de certaines prises d’initiatives.

En 2020 le joueur allemand Mesut Özil a dénoncé sur les réseaux sociaux la politique concentrationnaire dont les Ouïghours sont victimes et cela n’a pas du tout plu à la Chine. Le match d’Arsenal (club d’Özil à l’époque) qui a suivi cette prise de parole a été censuré sur les chaines de télévision nationales chinoises et le joueur a été retiré de la version nationale du jeu vidéo de football PES. NetEase, le distributeur du jeu en Asie, a alors déclaré que « Le joueur allemand Özil a publié une déclaration extrême sur la Chine sur les médias sociaux. Le discours a blessé les fans chinois et a violé l’esprit sportif d’amour et de paix. Nous ne comprenons pas, n’acceptons pas et ne pardonnons pas cela. » 

Le prestigieux club londonien avait alors refusé de soutenir son joueur face à la polémique, bien entendu par peur des pertes financières que cette position engendrerait, et avait affirmé qu’Arsenal avait « toujours adhéré au principe de ne pas s’impliquer dans la politique ». Mais s’opposer et lever la voix contre un crime contre l’humanité, est-ce vraiment de la « politique »?

Le PSG, lui, n’hésite donc pas à envoyer des messages « politiques » et à prendre position en conviant Lu Shaye et en en faisant la promotion sur les réseaux sociaux. De plus, inviter l’Ambassadeur de Chine trois jours après le vote (à 169 voix sur 175) de l’Assemblée nationale adoptant la résolution reconnaissant et condamnant le Génocide Ouïghour pourrait s’apparenter à une véritable marque de soutien de la part du club de la capitale envers le gouvernement chinois .

Anatole Brunet-Rapeaud

Sources : nouvelobs.fr, 20min.ch, sport.fr, huffingtonpost.fr, @brut (Instagram), @european_uyghur_institute (Instagram)

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