Edito #32 : TPMP, quand l’extrême droite s’invite à l’heure du repas

Edito #32 : TPMP, quand l’extrême droite s’invite à l’heure du repas

« Les médias et les journalistes sont tous de gauche de toute façon ». Cette phrase, vous l’avez sans doute entendue au moins une fois dans votre vie et peut-être vous y avez cru naïvement. Peut être que d’après vous, les soirées du petit milieu parisien ressemblent à des gigantesques rave party avec Léa Salamé défoncée aux acides pendant que Patrick Cohen et Christophe Barbier jouent du djembé au rythme des chœurs de l’armée rouge.

Pourtant, si vous avez assez de courage pour allumer votre télévision, vous pouvez constater assez vite que ça n’est pas le cas. La plupart des médias français sont détenus par des milliardaires proche de la droite libérale ou de l’extrême droite. Et si, oui, en effet, il existe un bon nombre de journalistes de gauche, ils sont soit indépendants, soit n’occupent pas les places les plus visibles des rédactions, soit servent de caution, soit se disent de gauche mais sont clairement de droite.

A cette règle, une émission pourtant pas politique à la base, n’y a pas échappé : Touche pas à mon Poste. Initialement basée uniquement sur le divertissement et l’humour potache, l’émission populaire, animée par Cyril Hanouna s’enlise, depuis le rachat de D8 (aujourd’hui C8) par Vincent Bolloré, vers un droitisme décomplexé mais pas vraiment assumé.

Terminés, les happenings absurdes, les chroniques tournant en dérision le PAF, les invités intéressants. Aujourd’hui c’est débat sur tout est n’importe quoi. Hanouna a adopté la posture du « on donne la parole à tout le monde et on aborde tous les sujets ». Sur le principe cela parait être l’idéologie la plus démocrate qu’il existe. Mais dresser le tapis rouge à des représentants de collectif ouvertement homophobes, sexistes, racistes, etc. sous couvert « du débat », est-ce vraiment responsable ?

Cyril Hanouna se dit bien volontiers être plutôt de gauche et on veut bien le croire, mais sert-il son camp lorsqu’il jette en pâture syndicaliste, transgenre, féministe, ou autre militant antiraciste face à des Jean Messiah, Elisabeth Lévy, Eric Naulleau (qui on le rappelle est d’extrême droite et pas de gauche), ou Geoffroy Lejeune. Si les « deux camps » sont toujours représenté, ils ne le sont jamais de manière équitable. A peine un Anasse Kazib ou un Louis Boyard aura le temps d’exprimer son opinion, que 12 chroniqueurs ou invités lui aboieront dessus en lui trouvant un lien capillotracté avec les islamistes ou une quelconque autre diffamation.

L’émission bon enfant et transgressive est devenue une sorte de bistrot où celui qui gueule le plus fort gagnera toujours sur le plus raisonné. Et à ce petit jeu l’extrême droite a et aura toujours un coup d’avance.

Hanouna n’est qu’un showman. Il est fidèle à sa maison, n’ose même pas dire que Cnews, chaîne sœur de C8 est d’extrême droite. D’après ses dires, la présence de Sonia Mabrouk (pourtant très à droite) à l’antenne prouve l’inverse (lol). Pour lui ce qu’il fait est purement innocent mais au vu de l’audience de son émission il a une grande responsabilité. Il pourra toujours clamer qu’il est de gauche, qu’il est contre le racisme et toute discrimination, si l’extrême droite, qu’elle soit blonde aux cheveux longs, ou chétive avec une calvitie naissante, arrive au pouvoir, il aura une grande responsabilité. Car si Ruquier (lui aussi se déclarant de gauche) a créé il y a 15 ans un monstre médiatique nommé Zemmour, Hanouna est en train de préparer comme il faut la succession en faisant émerger des anonymes sans légitimité scientifique ou d’expertise.

Simon Bouquerel

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