Scandale écologique en Mar Menor : le poisson s’étouffe, l’agriculture fleurit

Scandale écologique en Mar Menor : le poisson s’étouffe, l’agriculture fleurit

Nous sommes en août 2021, dans le sud-est de l’Espagne. Les habitants de La Manga, San Javier, Los Alcázares et de Fuente Álamo peuvent observer, sur les plages, à la surface de l’eau, des dizaines de poissons morts. 5 tonnes en 2021, 3 en 2019, et en 2016 déjà, une eau marécageuse avait remplacé celle transparente de la plus grande lagune d’eau salée d’Europe, la Mar Menor : c’est un véritable écocide qui y a lieu, dont on n’a pourtant que trop peu entendu parler. 

Autrefois, les touristes s’y baignaient par centaines, voire milliers. Aujourd’hui, peu tenteraient le grand plongeon : l’eau de la Mar Menor est en effet aujourd’hui envahie par les nitrates, reversés illégalement par agriculteurs, éleveurs et grandes entreprises. Car le sud-est de la région autonome de Murcia est en effet réputé pour deux choses — ou du moins l’était jusqu’ici —, le tourisme et l’agriculture. 

Cette dernière y représente, selon une étude récente de l’Université d’Alcalá, 8,5% du produit intérieur brut et environ 47 000 emplois. Le tourisme s’y est quant à lui développé dans la seconde moitié du XXème siècle, faisant de ce qui était autrefois un lieu de vacances calme et idyllique une station balnéaire bétonisée, entourée de cultures d’agriculture intensive — causant la périclitation de la faune et la flore locale. 

« La région de Murcia ne peut pas devenir les toilettes de l’Europe », prévenait María Giménez Casalduero, députée régionale. À échelle plus locale, cela voulait aussi dire que la Mar Menor ne peut devenir les toilettes de la région. Et pour cause : selon de nombreux·ses scientifiques, et notamment la biologiste Julia Martínez, la mort de ces tonnes de poissons serait due à la prolifération, dans l’eau, des nitrates et des phosphates rejetés par les agriculteur·ice·s de la région. 

Ces substances chimiques entraîneraient en effet une prolifération d’algues prenant l’oxygène des poissons — qui mourraient ensuite par suffocation. Certain·e·s contredisent cette analyse : les agriculteur·ice·s, qui disent ne pas reverser plus que la quantité autorisée ; les autorités locales, qui promettent à qui veut l’entendre que l’eau de la Mar Menor est aussi propre qu’elle l’était 50 ans auparavant et qui, en cas de problème majeur, renvoient la balle au gouvernement. 

Pourtant, des journalistes de Lighthouse Reports confirment avoir vu, grâce à des images satellites et photographies au drone, des déchets renvoyés par les élevages porcins de la région. Selon les ONG, ce sont aussi des centaines de puits illégaux et des dizaines de centres de désalinisation de l’eau, tout aussi hors-la-loi, qui ont vu le jour aux abords des cultures de la région. Toute cette eau, accumulée et mélangée aux nitrates, est accumulée et reversée dans celle de la Mar Menor, menant aux conséquences précédemment évoquées. 

Aujourd’hui, les autorités se battent pour savoir à qui reviendra la responsabilité de sauver cette lagune. Le gouvernement local a malgré tout interdit l’usage d’engrais à moins d’1,5 kilomètre de la lagune, et envisage un plan de 300 millions d’euros pour sauver et reconstruire l’écosystème local. Ce qui est loin d’être suffisant pour les organisations environnementalistes, pour qui la catastrophe à venir demande des mesures radicales. Chaque semaine, des dizaines de personnes manifestent toujours dans plusieurs villes de la région. Dimanche dernier, les manifestant·e·s avaient par ailleurs enfourché leurs bicyclettes et parcouru les rues de Carthagène afin d’exiger des solutions à cet écocide imminent. 

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