Edito #31 : Fact checking VS Fake checking

Edito #31 : Fact checking VS Fake checking

Le 23 septembre dernier, ça n’a pu échapper à personne, BFMTV a diffusé le très attendu combat de bite (débat, pardon !) entre Jean-Luc Mélenchon et Éric Zemmour. Si le fond de ce qui a été dit est globalement sans intérêt, il me paraît important de revenir sur un des aspects principaux du débat : les séquences de fact checking (vérification des faits pour les non-bilingues) organisées par BFMTV…un grand moment de naufrage journalistique. 

Pourtant, l’idée en soi de pouvoir vérifier en direct les chiffres ou autres données énoncées par les débateurs est loin d’être une mauvaise idée, tant les plateaux télés sont gangrénés de responsables politiques et d’éditorialistes empilant mensonges sur mensonges sans contradiction. Mais malheureusement, BFMTV ne semblait pas rompu à l’exercice et a très vite montré ses faiblesses en ce domaine. 

La séquence qui a principalement fait réagir est celle contredisant l’affirmation de Mélenchon, qui disait « des familles pauvres passaient l’hiver dans le noir en France » — à cause des coupures liées aux impayés. En effet, la journaliste a avancé qu’il était impossible d’effectuer des coupures de courant durant la trêve hivernale. Un argumentaire assez proche de la rhétorique de Macron, qui affirme que le terme de violences policières est « inacceptable dans un Etat de droit »… Ce que je veux dire par là, c’est que peut-être qu’il n’y a en effet aucune famille ayant passé l’hiver dans le noir (même si j’en doute), mais que contre-argumenter cela en se contentant d’un simple « ça ne peut pas arriver, car c’est interdit » montre la limite de ce type de fact-checking. Pour illustrer de nouveau avec un exemple très cité sur les réseaux sociaux, cela reviendrait à considérer que les meurtres n’existent pas car ils sont interdits. 

Autre limite liée au fact-checking : ce que j’appellerais vulgairement le « ta gueule, j’ai raison ». Cette rhétorique dont Zemmour a usé consiste tout simplement à contester de manière outrancière les chiffres données par les journalistes, même s’ils émanent d’instituts, à la manière d’un Donald Trump et de son fameux « you’re fake news ! », adressé aux journalistes qui osaient relever ses mensonges. Tout cela offre un constat amer : la vérité n’existe plus. Enfin si, bien sûr, elle existe, mais les menteurs sont devenus tellement sûrs d’eux que même une démonstration par A+B ne saurait leur mettre le nez dans leur propre caca. 

Enfin, et là ça ne sera qu’une supposition mais ça me paraît quand même assez crédible : BFMTV semble avoir voulu être égalitaire quant au nombre de fake news relevées dans les deux camps. Comme par hasard (putain, cette rhétorique de complotiste), la cellule fake-news semblait avoir détecté autant de mensonges chez Mélenchon que chez Zemmour… A jouer à ce jeu (et c’est peut-être malheureusement ce qui est arrivé), d’autres nombreuses fausses informations ont surement pu être débitées et passées inaperçu. 

Mais bon, comme je l’ai dit, on est ici dans l’ordre de la supposition, alors laissons-leur le bénéfice du doute. Mais quoiqu’il arrive, le modèle du temps de parole égalitaire ne doit en aucun cas être adapté au débunkage (fait de démentir une fausse info, pour les non-bilingues toujours parmi nous).

Alors, si le fact-checking en direct est essentiel à l’avenir pour les débats, il a ici montré ses limites. S’il n’est pas fait de la manière la plus minutieuse, il pourrait perdre du crédit… Et ça sera la porte ouverte à toute les fenêtres — désolé, j’ai pas trouvé mieux comme fin. 

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