Le problème des conteneurs perdus en mer

Le problème des conteneurs perdus en mer

Depuis les années 70, la mondialisation a pris une nouvelle dimension, notamment grâce à l’utilisation grandissante des conteneurs, ces grandes boîtes métalliques standardisées, très pratiques pour transporter sur terre comme sur mer toutes sortes de marchandises – surtout des produits manufacturés. Les conteneurs permettent aussi de baisser considérablement les coûts de transport et de stockage.

La conteneurisation, couplée à la maritimisation, a mené l’économie mondiale à être aujourd’hui plus que dépendante des échanges par voie maritime : 90% du commerce mondial transite par les mers et les océans.

Cependant, cette maritimisation et ces conteneurs posent de graves problèmes environnementaux et écologiques.

D’abord, les porte-conteneurs émettent 2000 fois plus de soufre que le diesel et un seul trajet équivaut à l’émission de CO2 de 50 millions de voitures en un an.

Ensuite vient le problème auquel nous allons nous intéresser : chaque année, plusieurs centaines ou milliers de conteneurs passent par-dessus bord. C’est ce qu’on appelle des OFNI, des objets flottants non identifiés.

Comme aucune réglementation internationale ne l’encadre, les armateurs ne sont pas obligés de déclarer chaque conteneur disparu. Ils se dédouanent ainsi de toute responsabilité et cela pose des problèmes de chiffrage : certains organismes parlent de 500 ou de 1000 conteneurs perdus par an tandis que l’ONG Robin des Bois, elle, table sur “plusieurs dizaines de milliers”.

Le World Shipping Council (le groupe qui représente les compagnies de transport industriel), quant à lui, affirme dans un rapport de 2017 que 1 582 conteneurs en moyenne ont disparu en mer chaque année entre 2006 et 2016. Mais ces données sont basées uniquement sur les déclarations des armateurs membres du WSC, qui représentent selon elle 80% du secteur, bien moins en réalité (à cause de l’absence d’obligation de déclaration).

Pourquoi alors les armateurs ne déclarent-ils pas les conteneurs perdus, ou du moins ceux tombés au large ? Tout simplement car c’est ensuite leur responsabilité de les récupérer, ce qui leur coûte cher, voire très cher.

Sur plus de 200 millions de conteneurs transitant sur nos océans chaque année, 10 000 pertes peuvent sembler insignifiantes; mais en réalité, ces conteneurs à la dérive ou coulés au fond des mers sont bel et bien de grands dangers. 

D’abord, si les conteneurs coulent au fond des mers, ils peuvent être responsables d’une grande pollution. Si ces conteneurs s’ouvrent après un choc, toute leur cargaison est alors libérée dans l’immensité marine. Ainsi, une forte pollution en découle. Cela peut être, bien entendu, des produits chimiques, toxiques et dangereux. Ainsi, en 2016, Robin des Bois rédigeait un inventaire de ces produits toxiques libérés par des conteneurs dans les eaux françaises. Le porte-parole de l’association, Jacky Bonnemains, parle de lubrifiants, d’huiles usagées, d’acides sulfuriques, de matières inflammables…

En février 2019, 20.000 guillemots (des oiseaux) ont été retrouvés morts sur les plages néerlandaises. Selon les scientifiques, c’est un conteneur tombé d’un navire de la compagnie MSC, le MSC Zoe, transportant une cargaison de peroxyde organique (une substance toxique sous forme de poudre) qui est responsable de la mort de ces dizaines de milliers d’oiseaux. Les guillemots de Troïl sont par ailleurs placés sur la liste rouge des espèces menacées en France par l’UICN.

Mais ce n’est pas tout. Aussi, des objets qui semblent inoffensifs peuvent s’avérer très dangereux pour la faune et la flore marine. Jacky Bonnemains explique que ce sont des « déchets en plastique dont la fragmentation en particules plus petites prend des dizaines d’années », ce qui fait de ces plastiques « un véritable support de pollution » : les polluants chimiques s’y fixent dans le milieu aquatique et déséquilibrent les écosystèmes. Les animaux sont victimes de ces déchets car ils risquent de les ingérer mais aussi de se retrouver emprisonnés dedans. Le porte-parole de Robin des Bois donne ainsi l’exemple de chouchous pour les cheveux, inoffensifs aux yeux du droit français mais qui, en réalité, peuvent étrangler ou ligoter les oiseaux, poissons et tortues.

De plus, si les conteneurs s’ouvrent en mer, viennent s’écraser contre les côtes ou s’échouer sur les plages, ils déversent toute leurs marchandises dans l’environnement – terrestre comme marin. Cette pollution dure depuis des décennies et le remous marin rapporte chaque jour de nouveaux déchets sur les côtes.

C’est le cas des téléphones en plastique Garfield que les riverains retrouvent sur leurs plages du Finistère tous les jours depuis 1983. Le conteneurs responsable de ces fuites est aujourd’hui coulé dans une fosse marine de 30m de profondeur et semble loin de s’être vidé de tous ses téléphones oranges.

Enfin, si les conteneurs flottent à la surface et ne dépassent ainsi que de quelques dizaines de centimètres au dessus des flots, cela impliquent de forts risques de collision avec des navires, surtout des petits bateaux tel le skipper de Thomas Ruyant, percuté violemment par un OFNI lors du Vendée Globe 2016. La coque a été déchirée et le navigateur a été forcé d’abandonner la course.

Ainsi, même si ce problème reste bien méconnu du grand public, ses conséquences sur la biodiversité et l’environnement sont véritablement désastreuses. En commandant sur internet ou en consommant, nous sommes donc tous un peu responsables de cette menace qui pèse sur les écosystèmes.

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