Les règles, mais à quel prix ?

Les règles, mais à quel prix ?

Un facteur, qui passe à la trappe, souvent oublié mais qui contribue à accroitre les inégalités de genre est bien le phénomène mensuel des règles.  Contrairement à ce que laisse penser la société en rendant ce sujet tabou, les règles, bien que normales et naturelles, ne sont pas anodines et font partie intégrante de la vie d’environ la moitié de la population mondiale, principalement des femmes mais aussi des hommes transgenres ainsi que des personnes non binaires. Beaucoup de personnes menstruées souffrent de symptômes liés aux règles, comme des maux de ventre, de tête, à la poitrine… et qui peuvent devenir handicapants pour une partie d’entre elles. Outre les handicaps causés par les menstruations qui peuvent se manifester à plusieurs étapes du cycle menstruel, le cout des règles est l’objet de cet article. Laissez-moi vous expliquer : la précarité menstruelle.

Quels coûts entrent vraiment en jeu lors des règles ?

On pourrait être tenté de croire que le cout des règles relève simplement de l’achat de protections hygiéniques périodiques. Seulement dans les faits ce coût comprend également l’achat d’antidouleurs, en comprimés souvent mal remboursés, de remèdes en parapharmacie non pris en charge, de bouillottes ou d’autres objets visant à atténuer les crampes. En moyenne, une personne menstruée a ses règles, sur une période de 40 ans, environ pendant 2 400 jours. On compte environ une dizaine d’euros par cycle d’achat de protections périodiques et entre un et deux euros par cycle d’achat d’antidouleur. Une calculatrice de cout menstruel est disponible dans un article Le Monde (lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/07/02/precarite-menstruelle-combien-coutent-ses-regles-dans-la-vie-d-une-femme_5484140_4355770.html) et est très démonstrative du cout exorbitant que représentent les règles. A titre d’exemple et d’après ce calcul, j’ai dépensé 924 euros en seulement six années de vie menstruée.

Qui sont les victimes de la précarité menstruelles ?

D’après l’association « règles élémentaires », 1,7 million de personnes souffrent de  précarité menstruelle en France. Cela signifie que près de deux millions de personnes menstruées sont dans l’incapacité de subvenir à ces coûts et doivent trouver des alternatives diverses pour survivre pendant cette période. Les plus touchées par cette précarité sont les personnes déjà précaires dans la vie en général, les personnes sans domicile fixe et les étudiant.es notamment. Pour essayer de pallier le problème, certaines universités ont mis en place des dispositifs. En 2019 par exemple, l’université de Rennes 1 a organisé une distribution de protections réutilisables et a installé dans les toilettes de chaque campus ainsi que dans les bibliothèques universitaires, des distributeurs de protections jetables biologiques et biodégradables. Cependant, avec la crise sanitaire, cette distribution a été stoppée et les distributeurs fermés dans certains campus.  

Quelle reconnaissance politique ?

Après des années de lutte et de revendications féministes, le gouvernement français a, pour la première fois en février 2020, engagé des discussions autour de la précarité menstruelle. Après une longue enquête menée par deux députées Laetitia Romeiro Dias et Bénédicte Taurine, Marlène Schiappa ancienne ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, a annoncé qu’un budget d’un million d’euros sera alloué à l’expérimentation de la gratuité des protections périodiques dans plusieurs lieux collectifs. Puis, en novembre 2020, dans un communiqué Olivier Véran, actuel ministre des Solidarités et de la Santé, et Élisabeth Moreno, actuelle ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances ont annoncé débloquer un budget de 5 millions d’euros consacré à la lutte contre la précarité menstruelle en 2021. De plus, la ministre de l’Education supérieure Frédérique Vidal a annoncé le 23 février 2021 l’installation de 1500 distributeurs gratuits de protections menstruelles « respectueuses de l’environnement » dans les résidences universitaires et à la disposition des étudiant.es. Bien que ces avancées soient remarquables, elles restent insuffisantes pour toutes les personnes menstruées qui ne bénéficieront pas de ces aides. Pour tendre à l’égalité sur ce point, il faudrait que le gouvernement français prenne exemple sur l’Ecosse qui a voté le 24 novembre 2020 la gratuité totale des protections périodiques.


(Source : Instagram @shera)

Facteur d’inégalité de genre ?

L’inégalité de genre provoquée par le phénomène menstruel parait évidente, bien qu’on ne choisisse souvent pas d’avoir ou de ne pas avoir ses règles. La disparité va être surtout importante dans la vie étudiante et professionnelle, et sera un facteur d’exclusion sociale qui va débuter dès le collège. En effet, ne pas avoir de quoi bien se protéger pendant cette période de règle a pour conséquence d’obliger à rester chez soi et louper des cours ou des journées de travail. Il n’y a de plus aucun aménagement possible pour les différents examens ou concours, le problème est ignoré et c’est ainsi que les personnes menstruées se heurtent à un plafond de verre. L’autre aspect de l’inégalité de genre est pécuniaire. Le coût annuel des règles n’est encore une fois, pas pris en compte dans les calculs des différentes aides sociales, ce qui instaure un véritable problème d’équité.      

Comment aider à notre échelle ?

Le meilleur moyen d’aider selon moi est, si l’on n’a pas les moyens financiers, est d’en parler afin de sensibiliser au problème et de se rendre compte de l’ampleur de celui-ci. Enfin, il est également possible de soutenir financièrement des associations spécialisées qui luttent expressément contre la précarité menstruelle comme l’association « Règles élémentaires » (lien du site : https://www.regleselementaires.com) et de faire un don sur leur cagnotte (https://www.helloasso.com/associations/regles-elementaires/formulaires/1/widget). Il est également possible de faire don de protections hygiéniques directement à des associations qui luttent contre la précarité en générale, comme l’association « Les Restos du Cœur ». Pour cela il suffit de se rendre dans un des centres de l’association et de faire don des produits. Davantage d’informations sont disponibles sur le site : https://www.restosducoeur.org/nos-actions/aide-alimentaire. Une dernière solution pourrait être d’en parler au sein des associations universitaires ou de créer des collectes dans les établissements scolaires / d’enseignement supérieur.

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