La Ruche vous propose sa sélection d’ouvrages féministes

La Ruche vous propose sa sélection d’ouvrages féministes

Le monde post #MeToo en est un dans lequel la littérature féminine et féministe a sa place. Ouvrages sociologiques, essais, fictions, médias : les femmes peuvent désormais prendre la parole et de la place dans l’espace public et le font. En cette semaine spécial féminisme, La Ruche a voulu mettre en avant des ouvrages et des initiatives de femmes inspirantes et inspirées, qui ont mis leur talent et leur savoir au profit de la cause féminine.

La Déferlante

La Déferlante prend volontairement le parti d’une métaphore marine, de la violence de l’océan, pour faire référence à la force des mouvements féministes et de leurs convictions. Cette revue toute récente, qui sent encore le neuf et se fraie un passage dans le monde du journalisme militant et des luttes sociales, choisit une approche intersectionnelle. Son but : donner « des outils pour penser le quotidien hors des représentations patriarcales et des stéréotypes de genre ». Le graphisme soigné et attrayant sait ravir les yeux de chacun·e, les articles de fond permettent d’en apprendre plus sur les luttes et les motivations de celles-ci, les interviews bien choisies permettent de donner la parole à des femmes en première ligne du monde post-#MeToo. Fondée par des femmes, construite par une équipe quasi entièrement féminine, dans laquelle on retrouve notamment Mélusine (« Comment fait-on pour que les hommes arrêtent de violer ? ») ou Alix Béranger (du collectif La Barbe), La Déferlante permet à toute féministe (ou en devenir) de s’informer sur les mouvements et de légitimer ses valeurs.

Eglantine L’Haridon

Dada n°250

Photo : Dada n°250. Novembre 2020.

Vous aussi vous vous demandez pourquoi on ne connait que très peu d’artistes femmes ? Pourquoi, en vous promenant dans des musées vous ne rencontrez que des noms d’hommes ? Et pourquoi quand vous pensez aux peintres vus à l’école, il s’agit de Léonard de Vinci, Van Gogh et Picasso, toujours ? Ce numéro de Dada, consacré aux artistes femmes, nous propose une histoire de l’art différente, mais inclusive. 

Avant de présenter les artistes qui ont bel et bien existé tout au long de l’histoire, la revue se charge de nous expliquer comment les femmes ont été écartées des milieux artistiques depuis leur naissance. D’abord, elles ont été restreintes à suivre une éducation à la maison qui leur apprenait à devenir de bonnes épouses et de futures mères. Pendant ce temps, l’Ecole des beaux-arts elle, leur était interdite. Puis, quand l’institution ouvra enfin ses portes aux femmes, plus de deux siècles après sa fondation, celles-ci devaient payer le double des hommes pour pouvoir suivre les cours. Afin de faire connaître une histoire de l’art qui rende justice aux artistes femmes, la revue nous donne à (re)découvrir certaines pionnières comme la spécialiste des natures mortes Clara Peeters, la photographe Julia Margaret Cameron ou encore la peintre et sculptrice Rosa Bonheur. Art de la guerre pour certaines, on apprend aussi que devenir artiste pouvait être un moyen de faire avancer la cause des femmes. Bref, si toi aussi tu aimerais connaître plus de trois artistes peintres ou sculptrices, ce numéro est fait pour toi ! 

Mathilde Duranton

Femmes, race et classe d’Angela Davis

Angela Davis est une militante emblématique pour les droits humains et communiste, membre des Blacks Panthers et professeure de philosophie. En 1981 elle signe son essai Femmes, Race et Classe, aujourd’hui considéré comme un classique du Black feminism.

Dans cet essai, l’autrice développe une analyse historique et critique des liens entre féminisme et luttes d’émancipation aux États-Unis. Pour cela elle place la femme noire au centre de son analyse, partant de sa condition d’esclave au XIXe jusqu’à la fin du XXe. Elle rétablit l’action des femmes noires – invisibilisées par l’histoire et la société – au coeur de l’histoire des luttes d’émancipation comme la lutte féminisme ou communiste. Aussi elle démontre que les luttes ont été efficaces à chaque fois qu’elles sont été solidaires.

Emma Fleter

Présentes de Lauren Bastide

« Ce qu’il y a de plus terrible dans l’invisibilisation des femmes, c’est qu’elle est invisible »

A travers son premier essai intitulé « Présentes », la journaliste et militante féministe Lauren Bastide dresse le constat affligeant de l’invisibilisation des femmes dans l’espace public. Pourtant, loin d’être déprimant ou défaitiste, « Présentes » est un ouvrage plein d’espoir qui, fort de ces nombreux faits et chiffres, va probablement ouvrir des yeux et forger des consciences féministes.

L’essai, écrit à la première personne, mêle le témoignage de l’autrice à propos de sa propre prise de conscience et les résultats de ses recherches extrêmement sourcées et chiffrées s’articulant autour de trois thématiques : les femmes dans la ville, les femmes dans les médias et les femmes en résistance. Comme Lauren Bastide le souligne, pour prendre conscience, il faut compter. Rien n’est opposable aux chiffres qui parlent d’eux mêmes. C’est ainsi qu’elle compte encore et toujours et nous emmène avec elle, en nous prenant à partie pour nous ouvrir les yeux et décortiquer les mécanismes pervers ayant aboutit à la construction d’une société fondamentalement sexiste dans tous ses aspects.

« Présentes » n’est cependant pas qu’un signal d’alarme ou un cri dans la nuit, c’est aussi un appel à la lutte, un ouvrage qui amorce les pistes à suivre pour remédier à l’invisibilisation des femmes. Ces pistes sont nombreuses, il y a donc de l’espoir. L’autrice insiste en effet sur le concept de sororité, concept fondamental de la lutte féministe, mais souligne également que c’est avec une prise de conscience des hommes également que le mouvement avancera. Elle conclut en rappelant qu’il faut commencer par valoriser la parole des femmes.

Enfin à travers son essai, Lauren Bastide porte également la voix des femmes qu’elle a eu l’occasion de rencontrer grâce à son travail avec le podcast La poudre ou ses interviews au Carreau du temple. Elle met ainsi l’accent sur le travail remarquable d’Elisa Rojas, d’Alice Coffin, de Hanane Karimi, de Caroline de Haas ou encore de Rockaya Diallo et rend hommage à celles qui l’ont elle-même inspirée, à commencer par des féministes de la première et de la seconde vague et en passant par de brillantes femmes anglophones elles que Virginia Woolf ou Gloria Steinem.

« Présentes » est un ouvrage important à mettre en toutes les mains. Il convient aussi bien à des militants et militantes convaincues qu’à des curieux qui aimeraient connaître les bases et les concepts du féminisme post #metoo, souvent critiqué et caricaturé à tort.

Gil Martel

Actions scandaleuses et rébellions quotidiennes de Gloria Steinem

Gloria Steinem, A bunny’s tale, 1965, show magazine

J’aimerais vous parler d’un reportage signé Gloria Steinem, sorti dans dans le show magazine en mai et en juin 1965 nommé « a bunny’s tale ». Gloria Steinem y évoque son expérience en tant que journaliste infiltrée au sein des célèbres playboy’s house en tant que bunny, la lourde réalité que l’on entrevoit sans jamais réellement en voir ne serait-ce que la moitié. Les salaires très bas, la difficulté du travail : tenir un plateau d’une main avec des talons rocambolesques et un costume de lapine très serré, mais aussi les tests d’entrée, les frais d’entretien des costumes pris sur les salaires, les horaires de travail abominable. En bref, Gloria y évoque les difficultés d’être une femme que l’on sexualise en costume de lapine sexy dans les années 60, époque où la vision de la femme libérée était encore moins bien vue qu’à notre époque, encore piégée dans les vieux carcans de la femme au foyer, obéissante et dévouée au confort de son mari. D’abord regrettant cette expérience, Gloria Steinem nous raconte aujourd’hui comment cette expérience fut l’événement déclencheur de son activisme féministe qui la suivra tout au long de sa vie.

Romane Floch

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