La marée verte en Argentine, une lutte pour le droit à l’avortement.

La marée verte en Argentine, une lutte pour le droit à l’avortement.

Lundi, nous étions le 8 mars et c’était la journée internationale des droits des femmes. Depuis plus d’un siècle, cette journée symbolise la lutte pour le droit des femmes, en particulier, contre les violences sexistes et sexuelles. A cette occasion, La Ruche vous propose de revenir sur une des multiples luttes qui existent dans le monde : celle des femmes en Argentine luttant pour le droit à l’avortement. Le 30 décembre dernier, le mouvement des foulards verts a pu enfin crier victoire : l’avortement est maintenant légal en Argentine. La décision du Congrès argentin d’approuver le projet de loi vient concrétiser la lutte acharnée des féministes, longue de plusieurs décennies.

Le texte approuvé autorise l’IVG pendant les quatorze premières semaines de grossesse, là où la loi de 1921 ne permettait l’avortement qu’en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère. Les résultats du vote au Sénat, réputé plus conservateur, étaient beaucoup moins serrés que ce qui était attendu par les analystes politiques, au vu de l’échec de 2018. Ce 9 aout 2018, le verdict de la chambre haute avait déçu de grands espoirs : par sept voix, un projet de loi similaire avait été rejeté. Mais pour le sénateur Fernando Pino Solanas, cette date devait tout de même être une victoire, car elle signifiait le début d’un combat qui ne s’arrêterait qu’une fois la conquête obtenue. 

« Je n’en reviens pas…Cela faisait si longtemps que l’on attendait cela » Clara Rios, 26 ans. 

Un travail sans relâche 

Il n’a pas eu tort, depuis cette date, les Argentines ne cessent de se mobiliser. Des collectifs féministes créés dès 2005 tels que la Campagne nationale pour le droit à l’avortement légal, gratuit et sécurisé ont joué un rôle immense. Mais même en 2005, leur cri n’était pas nouveau. Cette nuit là, on pouvait aussi voir des femmes moins jeunes, des pionnières qui attendaient ce moment depuis plus de trente ans. A une époque où peu de personnes se souciaient des violences sexistes qu’on infligeait aux femmes, parmi lesquelles l’interdiction de se faire avorter, ces féministes s’organisaient. Ce qu’il faut retenir de ce combat, c’est sa longévité. Car si les mouvements féministes d’aujourd’hui peuvent bénéficier d’une certaine médiatisation et des réseaux sociaux pour se faire entendre, ces pionnières s’organisaient dans l’indifférence médiatique la plus complète. « Pour notre toute première conférence de presse, on avait tout installé, les chaises, les discours, les tracts, le café », se souvient Elsa Schvartzman, 70 ans. Mais à part quelques médias militants, aucun journaliste n’est venu. La salle est restée désespérément vide. » Si peu de monde parle de l’avortement, il ne faut donc pas imaginer qu’on pense à soutenir financièrement ces collectifs. Les soixante-dix organisations qui se rassemblent sous le nom de la « Campaña » n’ont en fait pas d’existence légale et ne reçoivent donc ni fonds ni subventions.

Peu de moyens donc et peu de manières de se faire connaître. Pourtant, elle ne perdent pas espoir et le désir de victoire est si fort que rien ne semblait pouvoir les arrêter. Malgré le soutien progressif de personnalités de l’art et de la culture, ce n’est qu’en 2015 que leur projet de loi connaît un retentissement à l’échelle du pays. Cette année là, une série de féminicides émeuvent le pays et le hashtag #NiUnaMenos voit le jour. De manifestations en manifestations, le mouvement est de plus en plus couvert par les médias. Pour ces pionnières, c’est la fin de l’omerta, après tant de décennies passées sous silence.

« Après tant de tentatives et des années de lutte qui ont fait couler du sang et nous ont coûté des vies, aujourd’hui nous avons enfin fait l’Histoire. Aujourd’hui, nous laissons un monde meilleur pour nos enfants », a lancé à l’AFP Sandra Lujan, une psychologue de 41 ans, le soir de la victoire.

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