Vendée Globe 2020 : Bestaven, maître des vents

Vendée Globe 2020 : Bestaven, maître des vents

Alors ça y est, c’est fini. Ce que nous avons vécu de bien loin, dans le confort de nos logements, parfois blottis sous nos couettes, scrutant avidement nos écrans de téléphone pour observer l’avancée des navigateurs, a bel et bien (ou presque) touché à sa fin. Alors que nous nous délections, pendant ces mois de décembre et de janvier, du chauffage et de la douceur d’un foyer, de leurs avancées et péripéties, eux luttaient contre vents et marées — c’est le cas de le dire —, cherchant l’équilibre entre deux déferlantes et trois lames, parfois hautes de plusieurs mètres.  Le tour du monde en 80 jours : voilà comment aurait pu être renommée cette édition du Vendée Globe. 

Une fois tous les quatre ans, les amateurs d’océan et de voiliers retiennent leur souffle tandis que les skippers les explorent, les océans et leurs voiliers. Cette édition a été signée par un final historique, par une victoire inattendue, celle du Rochelais Yannick Bestaven : arrivé pourtant après son pair, Charlie Dalin, il a bénéficié de 10 heures et 15 minutes de bonification pour s’être dérouté afin d’aider son camarade naufragé, Kevin Escoffier. Vers 4 heures du matin, le vendredi 29 janvier, il a franchi la ligne d’arrivée, située en Vendée, aux Sables d’Olonne. Pas de foule sur le port, Covid-19 et couvre-feu obligent, mais des bénévoles émus probablement, extatiques sans aucun doute ; des feux d’artifice rougeoyant dans le ciel noir ; et même quelques supporters aux fenêtres de leurs habitations. Retour sur un parcours étonnamment spectaculaire. 

Bestaven, c’est son deuxième Vendée Globe, mais premier réel tour du monde. En 2008, il prend le départ de la course mythique, mais ne dépasse pas le golfe de Gascogne : vingt-quatre heures après le départ, le mât de son monocoque s’effondre, signant une fin prématurée à un rêve pourtant latent. Car Bestaven a toujours été irrémédiablement attiré par les océans. Dans sa jeunesse, il s’essaie au surf, à la planche à voile ; mais ce sont les rencontres qu’il fera au club de voile d’Arcachon qui seront déterminantes. Tabarly, Le Cam, puis Yves Parlier : des légendes maritimes, vieux loups de mer à la peau brûlée par le soleil et les mains rongées par les cordes, sonneront le glas d’une vie confortable, sur la terre ferme. 

Alors en 2020, année pourtant établie sous le signe de la poisse en tout genre, Yannick Bestaven y retourne. Pourtant, le Vendée Globe n’a jamais été raconté comme une croisière de plaisance : « insoutenable », pour Jean Le Cam, une « spirale » pour Thomas Coville, un « véritable calvaire » selon Séphane Le Diraison… 

Mais Bestaven y retourne. Il n’est pas annoncé parmi les favoris. Durant la course, on observe Charlie Dalin, Louis Burton et Thomas Ruyant au coude à coude, prenant chacun leur tour la tête, l’espace de quelques jours, parfois de quelques heures. Mais Bestaven fonce dans le Pacifique, joue de ses foils pourtant moins impressionnants que ceux de ses camarades et, surtout, n’hésite pas à se dérouter, à la demande de Jacques Caraës (le directeur de course), pour partir à la recherche de Kevin Escoffier. 

« Une nuit en enfer », raconte le navigateur. Le tableau, une nuit blanche sur le pont à tenter de trouver son camarade parmi les vagues hautes de six mètres, ne ferait pas rêver même les plus fous d’aventure. C’est finalement Jean Le Cam qui récupère le skipper de PRB. Bestaven reprend sa route, et c’est là que tout se joue : la direction de course lui octroie 10 heures et 15 minutes de bonification. 

Il prend la tête le long du Brésil, brièvement, mais finit par se faire rattraper. Les skippers s’échangent la tête de course comme un ballon, se doublent et se re-doublent. Rien n’est moins sûr que le nom du vainqueur : on envisage Herrmann, qui deviendrait premier étranger à remporter la course ; Dalin ne démord pas ; Burton garde une allure respectable… Ils sont cinq à être en lice pour la victoire. C’est une première dans l’histoire de la course.

Dans la nuit du 29 janvier 2021, Bestaven et son voilier vert et rouge arrivent en troisième place dans le port vendéen, après Charlie Dalin et Louis Burton. La nuit aura été tumultueuse. Le temps compensé lors du sauvetage d’Escoffier changera la donne et lui permettra alors d’être sacré vainqueur, une première dans l’histoire de la course. 

Alors ça y est, c’est fini. Il y aurait encore mille choses à raconter sur ce voyage qu’on croirait presque imaginaire tant il nous semble irréel. On pourrait parler du sommeil fractionné,  raconter l’impossible Cap Horn, la vie à bord et la force mentale des navigateurs. On se souviendra, pour aujourd’hui, du regard perçant du vainqueur de cette édition, du (re)tour de force dont il a fait preuve, de ce final inédit et de cette victoire historique. 

Crédit photo : Stéphanie GASPARI — Professionnelle, CC BY-SA 4.0

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