Portrait – Clarinette, entre médias, culture et questions de genre

Portrait – Clarinette, entre médias, culture et questions de genre

Clara a 21 ans et est en première année de Master Communications et Médias à Paris. Dans son temps libre, elle tient une chaîne Youtube, couplée de différents profils sur les réseaux sociaux, qu’elle utilise pour partager sur les sujets qui lui tiennent à coeur, et, comme elle le dit elle-même « pousser les gens à la réflexion et développer une vision de la culture participative ». Culture, surtout ; féminisme, enjeux sociaux, aussi : Clara mêle médias et militantisme, en apportant une vision analytique des séries, chansons – et même des TikToks – que l’on voit défiler chaque jour sur nos écrans.

En 2017, alors qu’elle entre en hypokhâgne (première année de CPGE Littéraire), elle lance sa chaîne Youtube : cette entrée dans les études supérieures, vécue comme une sorte de renouveau, la motive à transformer ses réflexions en vidéos, sans avoir peur du jugement des autres. « J’ai vraiment vu l’occasion de redémarrer de zéro, puisque personne ne me connaissait (…) je me suis dit que si je démarrais un projet, les gens me prendraient avec, sans avoir une vision pré-définie de qui j’étais, ou de ce que je pouvais faire » : à partir de là, elle commencer à développer des sujets qu’elle abordais déjà sur Twitter, en se penchant sur les questions médiatiques, de genre et culturelles. « J’ai croisé tout ça pour parler de productions culturelles que mes abonné·e·s avaient déjà probablement vu, et leur dire ‘moi, je vais vous apporter une autre vision de ça’ ».

Pour Clara, les réseaux sociaux sont à la fois plateformes d’expression et d’information : c’est via Tumblr, puis Twitter et Instagram qu’elle a d’abord développé sa pensée féministe et politique. Il paraissait donc évident, pour elle, d’utiliser à son tour ces plateformes-là pour s’exprimer et continuer ce développement. L’avantage majeur de ces réseaux : la « dynamique participative ». Tout le monde y a son mot à dire : le dialogue, selon Clara, c’est « ce qu’il y a de plus intéressant ». La conversation permet d’apprendre, et de se sentir légitime à partager sa pensée. À une époque où l’on dispose de tous ces moyens de communication, et où chacun peut confronter son point de vue à celui de l’autre, il paraît alors moins pertinent d’être dans une dynamique à sens unique. 

Si la culture a toujours été partie prenante dans la famille de Clara, elle explique que c’est lorsqu’elle s’est politisée, au lycée, qu’elle a voulu l’aborder sous un prisme théorique, critique. À ce moment-là, analyser la culture à travers ce nouvel angle « est devenu un mécanisme de pensée, presque un réflexe ». Alors, au-delà des lectures, Clara a commencé à analyser séries, films, et essayé de comprendre en quoi ceux-ci pouvaient être éclairants sur « tel sujet de société, ou tel élément de la vie quotidienne. Mais aussi, tout simplement, arriver à dire ‘j’aime’ ou ‘j’aime pas’ et aller au-delà de ça, dire pourquoi et développer une pensée critique. Voir les choses avec du recul et arriver à les critiquer d’une façon constructive ». Enfin, ces nouveaux angles de perception lui ont permis de questionner « ce qu’on nous donnait comme culture légitime et culture illégitime » : « ça m’a fait comprendre qu’il n’y avait pas une ‘bonne’ ou une ‘mauvaise’ culture, et que c’était tout aussi intéressant et aussi révélateur sur la société de regarder une émission de télé-réalité que de lire un classique de la littérature »

Alors, Clara propose, sur sa chaîne Youtube, plusieurs formats de vidéos : bilan culturel, réflexions, sur les enjeux sociaux ou politiques… Quand elle les prépare, elle aime d’abord en parler sur Twitter : « je pense que c’est important. Moi je vois pas tout, il y a des choses qui m’échappent, donc c’est important pour moi de demander aussi l’avis aux gens ». Les réseaux sociaux, Clara les considère d’ailleurs comme des espaces extrêmement libres, « ce qui peut être un défaut comme une qualité. On peut s’auto-proclamer savant, ce qui n’est pas toujours la bonne chose. ». Néanmoins, ceux-ci permettent, selon elle, de gagner confiance en soi, en exposant sa pensée librement, sans filtre, puis en ayant un retour dessus. « C’est un moyen d’avoir accès à beaucoup de sources d’information très différentes, et donc de développer une pensée critique. Il y a une vraie éducation à faire sur ce plan-là ». Elle considère important de faire ce travail-là, du moins partiellement, qui permet de déblayer les réseaux, et d’en retirer le meilleur.

Pour Clara, les réseaux sociaux permettent également une démocratisation de la parole. Pour les jeunes, ce sont des plateformes qui permettent de partager une pensée, du contenu, de faire un travail parfois journalistique sans avoir besoin d’être dans un média : chacun s’accorde cet espace-là, se le crée. À voir ensuite si l’audience est réceptive : « pour moi, ça a été le cas, donc je suis hyper contente ». En revanche, cette démocratisation de la parole, et donc cette ouverture au dialogue, c’est aussi une ouverture à la critique : « c’est sûr que c’est quelque chose qui s’apprend ». Clara, elle, a su apprendre à se préserver de ce qu’elle appelle « la démolition d’idées » : « J’ai toujours dit que j’étais absolument ouverte au dialogue, à la conversation et à la critique mais que pour moi il y avait des choses qui n’étaient pas des opinions, des choses qui étaient indéfendables, et qu’il y avait des choses qui ne sont pas des débats : le féminisme, pour moi c’est pas une opinion. Je ne débats pas avec des gens qui me disent que le féminisme c’est de la merde, au même titre que je ne débats pas avec des gens qui vont défendre une pensée raciste, homophobe ». Ce ne sont pas, selon elle, des choses à mettre en débat : ils concernent de près la vie des gens, leur existence, et il n’y a pas à débattre sur ces choses-là. Elle préfère garder son énergie pour avoir des discussions constructives – elle a bien raison. Clara n’oublie pas que les réseaux ne se suffisent pas à eux-même : « il y a un nombre de caractères limités dans un tweet ». « Je pense aussi qu’il y a une possibilité de se perdre dans ces espaces-là, ne plus savoir où regarder, quoi lire, vers qui se tourner », dit-elle. 

Mêler enjeux politiques et culture l’aura finalement menée à se questionner sur le féminisme : « j’ai eu un parcours très littéraire et j’ai étudié des femmes 4 fois dans ma vie », analyse-t-elle. « Je pense que j’ai toujours eu des idées féministes, sans les conscientiser », dit Clara. Questionnée sur sa pensée féministe et sur son approche de ces enjeux, elle explique que la formation de ses idées a été – et est encore – très progressive : « encore aujourd’hui, tous les jours, j’écoute des nouvelles pensées, des nouvelles théories et je me remets en question ». En revanche, elle n’a « absolument pas honte de quoi que ce soit » dans son parcours, et explique que le plus important reste la pensée qu’on a et qu’on défend aujourd’hui. « Comme n’importe quel sujet de société ou n’importe quel sujet en général, on démarre toujours avec une première base d’idées qu’on reconstruit et qu’on réfléchit autrement »

À l’heure de la lutte contre les violences policières, de la montée en puissance des mouvements féministes, anti-racistes et pour l’égalité sociale en général, nous avons demandé à Clara pourquoi l’engagement féministe était indispensable pour elle : « on se rend compte qu’il y a une convergence de toutes les luttes pour un rééquilibrage des droits et des questions qu’on se pose, qui fait que ça devient une nécessité », explique-t-elle. « Je pense que ce qui est écrit dans la loi, c’est pas ce qu’on applique dans la réalité (…) Il y a encore un chemin immense à parcourir pour les femmes qui ne sont pas blanches, qui ne sont pas issues de milieux privilégiés, pas hétérosexuelles, et que c’est aussi notre devoir en tant que féministes de prendre en compte ces questions là et de ne pas considérer que c’est terminé quand nous, individuellement, on se sent bien »

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