Edito #24 : Esprit (canal) es-tu là ?

Edito #24 : Esprit (canal) es-tu là ?

Il y a quelques semaines, alors que mon emploi du temps d’étudiant glandeur m’offrait à l’ennui et au vide grâce à cette merveille de 2020 appelée « apprentissage en distanciel », je me suis perdu sur YouTube afin de tuer le temps. Et plus particulièrement sur la chaîne « Thinkerview », chaîne d’interviews, bien connue pour son ambiance aussi anxiogène qu’un titre du magazine Le Point intitulé « les dangers de l’Islam dans les concessions automobile », mais aussi pour ses vidéos d’une durée in-ter-min-nable. Cependant, tout un tas d’intellos, politiques ou artistes très intéressants y sont passé pour y dire des trucs vachement captivants (bon, il y a aussi eu Nicolas Dupont-Aignan ou encore Laurent Alexandre mais tout ne peut pas être parfait).

La vidéo qui a particulièrement retenue mon attention était un entretien de 2h14 (oui comme je l’ai dit, il faut s’accrocher) avec Bruno Gaccio, l’un des auteurs phares des Guignols de l’Info. Il y parlait de sa vision de l’actualité mais revenait aussi sur la grande époque des Guignols. On se rend ainsi compte à quel point une émission comme celle-ci manque dans le paysage médiatique actuel. Un mix parfait d’humour populaire et intello capable de faire des cartons d’audience en abordant des sujets graves et en éveillant les consciences.

Mais justement, cette impertinence, capable de parler aux masses (terme légèrement condescendant mais je n’ai pas trouvé mieux), sans les prendre pour des cons, qu’est-elle devenue ? Longtemps appelée « esprit canal », cette impertinence a été tuée à petit feu par le tortionnaire Vincent Bolloré, qui est bien plus qu’un patron de presse mais bien un faiseur d’opinion au service du grand capital et de la bourgeoisie réactionnaire. En un claquement de doigt, il a réussi à dégager tout ce qui nous permettait encore d’avoir les clés pour nous divertir et réfléchir, pour le remplacer par des débats grossiers et inutiles à la société.

Et le pire que ça continue encore et encore (dédicace à Francis, le moustachu du Lot-et-Garonne). Preuve en est, les quelques humoristes satiriques continuent d’être malmenés. Le dernier exemple en date est celui de Sébastien Thoen, humoriste présent sur Canal plus depuis 1996, renvoyé d’un coup sec pour avoir participé, sur la chaîne YouTube de Winamax à une (brillante) parodie de l’émission de CNews « L’heure des pros » avec ses comparses de toujours Julien Cazarre et Thomas Séraphine (qui ont eu la présence d’esprit de quitter Canal avant d’être mis à la porte contre leur gré).

Bref, seul Groland semble être capable de rester en vie (mais pour combien de temps ?), dans ce Canal (C8, CNews inclus) qui accélère sa mue vers un rôle de propagandiste d’extrême droite à grand coup de censure et de zemourisation. (Au passage, il est quand même cocasse de censurer un humoriste parodiant une émission qui martèle « qu’on ne peut plus rien dire »).

En tous les cas, la mainmise des réacs sur les médias français a totalement éclipsé l’impertinence telle qu’on la connaissait il y a une dizaine d’année. Seul France Inter, à travers ses chroniqueurs a su conserver cette impertinence, mais la station souffre (souvent injustement) d’une image bobo, intello et élitiste.

Aujourd’hui, être impertinent, ça n’est plus se moquer des puissants mais des minorités (féministes, antiracistes, musulmans, etc.). Être impertinent c’est s’appeler Praud ou Zemmour, gueuler fort sans prendre la peine d’argumenter correctement, pourrir ceux qui se font pourrir et être proche des dominants. L’impertinence sert désormais les élites mais continue de cartonner. Trouver de l’impertinence authentique est encore possible, mais ça ne sera probablement plus sur votre télé, encore moins sur la télé de Bolloré.  

Pour les personne ayant beaucoup (trop) de temps libre :

Pour retrouver la parodie de « L’Heure des Pros » :

Et pour s’abrutir avec encore plus de contenu « bobo-islamo-gauchiste » :

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