Edito #23 : Quand la démocrafuit (épisode 2 : détruisons la presse en express)

Edito #23 : Quand la démocrafuit (épisode 2 : détruisons la presse en express)

Imaginez un pays, modèle et symbole de démocratie dans le monde qui, lors d’une élection présidentielle offre le pouvoir à un homme car ce dernier était en compétition avec quelqu’un dont les projets étaient dangereux pour la sauvegarde de cette démocratie.

Imaginez maintenant que ce même homme, érigé au rang de sauveur de la paix et des libertés décide d’oublier la gratitude envers ses « électeurs » en s’appliquant à détricoter les acquis démocratiques et les libertés individuelles de la manière la plus fourbe qu’il soit : en pleine pandémie, à l’heure où la révolte est impossible.

Malheureusement c’est bien ce qu’il est en train de se passer en France. Alors loin de moi l’idée d’affirmer que nous tombons en dictature, mais qualifier la politique macroniste de dérive démocratique ou de sursaut autoritaire ne parait pas exagéré.

Cela peut notamment se voir à travers un exemple récent qui met à mal la démocratie : celui de la proposition de loi « sécurité globale » (qui sera examinée demain à l’Assemblée) et plus particulièrement son article 24 dont on entend de plus en plus parler (mais certainement pas assez), qui punirait d’une peine d’un an de prison et de 45 000 euros d’amende la diffusion, par tout moyen, de « l’image du visage ou tout autre élément d’identification » – à l’exception du numéro de matricule, dit « RIO » – d’un policier ou d’un gendarme en intervention, quand cette diffusion a pour but « qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique ». 

Une fois de plus, la notion de « sécurité » fait office de gardienne du « bon-sens » pour justifier des règles toujours plus absurdes. Pour illustrer, cette règle n’aurait pas permis par exemple les images de Benalla, violentant des manifestants, place de la Contre-Escarpe, recueillis par Taha Bouhafs, déclenchant la grande affaire d’Etat que l’on connait. Vous l’aurez compris, il n’est nullement question de sécurité mais bien de maîtrise de l’information et de réduction de la liberté d’expression pourtant si chère au gouvernement quand il s’agissait de cracher sur la gauche et les antiracistes. 

De plus, comme la plupart des articles de loi pondus ces dernières années, le contenu est extrêmement flou et va donner encore plus d’ailes aux policiers qui pourront en toute décomplexion (même si c’était déjà plutôt le cas) empêcher de filmer en manifestation à base de destruction de matériel (voire destruction de visage quand ça leur prend). 

Donc voilà, finies les images de violence policière. Non pas parce qu’elles cesseront mais bien parce que les dénoncer et les prouver sera désormais plus grave que de les exercer. Les manifestations deviendront des lieux où tout est permis mais pas pour tout le monde.

Avec cet article de loi, c’est également (et évidemment) le journalisme tout entier qui est attaqué et c’est bien triste de voir que certains médias mainstream ne s’en émeuvent pas plus que cela. Macron aura ce qu’il voulait : une presse qui cherche la vérité, du moins sa vérité.

A l’heure de la pandémie, où la contestation ne peut pas s’organiser, le pouvoir en profite pour faire passer ce qui était anciennement impossible à faire passer. Dans les hémicycles clairsemés, où le débat n’a plus droit de cité, la validation des textes liberticides s’enchaîne et nous risquons malheureusement de nous réveiller de ces temps troublés avec une grosse gueule de bois. 

Il y a maintenant 3 ans et demi nous votions pour celui qui devait être le garant de la démocratie, mais cette dernière a été assommée à grands coups de violences physiques et symboliques, de 49.3, de muselage des contestations, de vote à la va-vite de textes soit « disant » urgents mais dont la réelle urgence est que le peuple se rende compte trop vite de leur dangerosité. 

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