Edito #22 : Le retour des vautours

Edito #22 : Le retour des vautours

Le tragique attentat à Conflans-Sainte-Honorine vendredi dernier a bouleversé les français et fait resurgir des peurs et des colères du passé. Si les hommages sincères n’ont cessé de déferler à l’annonce de ce drame les récupérations abjectes n’ont pas tardé à pointer le bout de leur sale gueule pour venir salir la mémoire de Samuel Paty.

On croyait l’avoir oublié ce refrain. Celui d’une droite qui ne prend même plus la peine d’adresser ses condoléances, une droite qui trépigne à l’idée de jouer les vautours et de détourner un drame en un argument de campagne. Le Rassemblement National a encore joué son rôle de vautour pour nous reparler d’Islam à sa façon, pour nous ressasser encore et encore les mêmes discours qui, malheureusement continuent de faire mouche, alors que rappeler que Claude Hermant, fournisseur d’armes pour Amedy Coulibaly en 2015 est d’extrême droite semble n’avoir aucun impact sur l’opinion publique.

Il y a aussi ces opportunistes qui au-delà de la récupération politique en profitent pour ramener leur tronche qu’on avait réussi à oublier. Et forcément je vais être obligé de parler (à contre-cœur) de Manuel Valls. Celui qui déclarait en pleine pandémie et pleine crise sociale que « le vrai sujet, c’est la bataille contre l’islamisme » n’a plus dû se sentir pisser ce week-end. Il l’a d’ailleurs bien prouvé en ramenant sa face devant les caméras de télévision et en accusant Jean-Luc Mélenchon et la gauche d’être l’un des responsables de l’attaque. Personnellement je ne pense rien de Mélenchon dans cette histoire mais faut avouer qu’il faut avoir une énorme paire de c******* pour accuser ses petits camarades de complicité face au terrorisme quand t’as vendu des armes à tire larigot à l’Arabie Saoudite. Bref, je ne devrais même pas m’étendre sur lui tellement sa parole ne vaut rien. OK il a été Premier ministre mais aujourd’hui il n’est plus rien si ce n’est un simple conseiller municipal à Barcelone. Alors, honnêtement ça serait bien que les médias prennent du recul et se disent que tous le monde se fout de l’avis d’un conseiller municipal de Barcelone sur un attentat ayant eu lieu en France.

Le gouvernement aussi s’est montré très opportuniste, en particulier Gérald Darmanin, tout content de pouvoir justifier l’usage de ses nouveaux jouets « répression » et « islamophobie ». Avec tout d’abord sa volonté de dissoudre certains organismes comme le CCIF (Collectif Contre l’Islamophobie en France). Alors qu’on soit clairs, je n’ai pas assez étudié la question pour donner un avis sur le CCIF, mais avouons que Darmanin est plus réactifs quand il s’agit de dissoudre des organisations en lien avec l’Islam, que quand il s’agit de dissoudre des groupuscules d’extrême-droit (il offre même des voyages 1er prix en fourgonnette de police, garantis sans menottes et sans coups de matraque aux militants de Génération Identitaire. Cf : manifestation contre les violences policières du 16 juin 2020). Bref, Darmanin est digne de ses prédécesseurs : bourré de casseroles au cul (et encore parler de casserole pour un viol est un sacré euphémisme) mais toujours là à prôner l’ordre et la morale.

Enfin, parlons une fois de plus de tous ces « intellectuels » de plateaux bien contents de faire LE tweet qui fera parler, à défaut de réellement éclairer les gens sur ce qu’il se passe. J’aurais pu parler de nombre d’entre eux mais ma palme d’or reviendra à Eric Naulleau, tout fier de critiquer le slogan d’Assa Traoré (« en saignant ») qui se trouvait en fait être un des slogans principaux de la manif, mettant ainsi une volonté claire d’étaler sa haine envers cette femme plutôt que son émotion face au drame.

Car malheureusement, contrairement à 2015 où le discours « pas d’amalgame » avait encore une bonne place dans les médias, le discours dominant actuel élargit l’amalgame aux militants anti-racistes, à la gauche qui serait complice d’on ne sait trop quoi. De Richard Malka (avocat de Charlie Hebdo) ordonnant qui est légitime et qui n’est pas légitime à s’indigner (en visant clairement Esther Benbassa et Danièle Obono connues pour leurs fortes positions antiracistes) au syndicat Synergie-Officier, en totale roue-libre sur Twitter face à Taha Bouhafs, tout est fait pour encore une fois aller à contre-sens du bon sens.

Bref, en ces temps, seul les hommages et les recueillements devraient avoir droit de cité. Malheureusement le nom et la vie de Samuel Paty seront vite oubliés, là où sa mort sera longtemps reprise pour alimenter des discours infames.

Pour aller plus loin : 

Ouvrez les Guillemets du 19/10/2020 https://www.youtube.com/watch?v=E4XWh1UDi3g&t=328s
Chronique de Tanguy Pastureau du 19/10/2020. France Inter https://www.youtube.com/watch?v=N99bSrN9fho

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *