Edito #19 : Va-t-on enfin s’indigner du bon côté ?

Edito #19 : Va-t-on enfin s’indigner du bon côté ?

Cette semaine, on ne va pas se mentir, le Coronavirus a été quelque peu éclipsé dans l’actualité par la mort de George Floyd, un afro-américain tué par un policier à Minneapolis. Loin de moi l’idée de m’approprier la cause des violences policières envers les personnes racisées, mon teint aussi pâle qu’une ramette de papier m’oblige à laisser ça aux premiers concernés.

Ce dont j’avais surtout envie c’est d’évoquer quelque chose de plus en plus présent et qui a de quoi inquiéter : la condamnation des causes nobles. En effet, si on prend l’exemple le plus actuel, à savoir les violences policières envers les personnes racisées, tout le monde (et heureusement) semble condamner. Mais bizarrement dès que l’indignation s’opère de manière concrète par les premiers concernés, monsieur Tout le Monde est souvent choqué par ces « extrémistes ». En d’autres termes tout le monde est contre l’injustice et la souffrance mais bon, ça serait quand même mieux que les non-privilégiés souffrent en silence.

Mais sans dec vous croyez quoi ? Que la fin de la ségrégation, que l’abolition des privilèges et autres luttes pour plus d’égalités se sont faites à base de discussions autour d’une table et de bouquets de fleurs ? Bien sûr que non ! Alors à un moment il faut le dire : il n’y a rien de plus hypocrite que de s’indigner face au racisme ou autres causes tout en s’indignant face aux mouvements de protestations. La violence (et encore dans certains cas on ne se limite qu’à des dégradations) ne fait que répondre à une violence bien pire, qui est d’ailleurs souvent institutionnalisée.

De plus, si on prend l’exemple de la France on a eu également le droit à notre liste non exhaustive de noirs tués par la police. Et à chaque fois le discours dominant va s’acharner à justifier des agissements graves. Quand un jeune de cité meurt sous les coups de la police on va voir de partout fleurir de commentaires de personnes demandant les antécédents de la victime ou le contexte de l’interpellation, comme si cela justifiait la peine capitale.

Ce qui est globalement pénible, c’est de voir constamment des individus directement touchés par tel ou tel phénomène, recevoir des leçons de privilégiés qui n’ont jamais rencontré de réels problèmes dans leurs vies. La récente polémique autour de Camélia Jordana en est un bon exemple. A quel moment, il est qu’elle soit contredite par des personnes n’ayant jamais eu affaire à la police ? A quel moment est-ce normal qu’affirmer sa peur de la police crée autant d’indignation que les violences policières elles-mêmes ? D’ailleurs petit aparté mais c’est quand même cocasse de voir des individus d’extrême droite chouiner parce que soi-disant elle insulte la police, alors qu’ils sont les premiers à brandir l’argument de la liberté d’expression pour justifier leurs sorties racistes, homophobes, sexistes, etcetera, etcetera, la liste est longue.

Ce que ces derniers jours, semaines, mois, voire années nous montrent, c’est que de nombreux responsables politiques ou civils semblent consacrer plus de temps à lutter contre les modes d’actions plutôt que contre les problèmes qui engendrent les émeutes. La volonté de Trump de classer les mouvements antifascistes en tant que mouvements terroristes et la dénonciation des manifestations par Joe Biden en sont d’ailleurs de bons exemples. Les injustices ont toujours existé, mais le virage autoritaire opéré par de plus en plus de « démocraties » occidentales tend à leur offrir de longs jours devant elles.

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