Edito #18 : Confinement, l’heure du bilan

Edito #18 : Confinement, l’heure du bilan

Bon…bah ça y’est après deux mois d’emmerdement intense le pays est enfin déconfiné avec la merveilleuse surprise de découvrir par la fenêtre une météo digne des plus beaux mois de novembre brestois qui va encore nous maintenir à l’écart des petits plaisirs estivaux que le confinement nous avait interdit.

Il est donc temps d’opérer ici à ce qui se fait de plus original (pas du tout) : un petit bilan de ces deux mois, et plus particulièrement des petits trucs bien énervants qu’on a dû se coltiner.

En effet, et on va commencer par ce qui semble partir d’une bonne intension : l’héroïsation de certaines professions. Car oui, c’est sympa d’applaudir le personnel médical, d’enfin avoir de la considération pour des professions comme éboueurs ou caissiers sur lesquels certains crachaient allégrement. Mais les appeler « héros » est un problème. Oui c’est un problème car il sous-entend un sacrifice que ces derniers opéreraient au nom de la « patrie », au nom des « autres ». Or non, ces gens sont simplement ceux qui ont été envoyés au charbon (à part peut-être les membres du personnel soignant pour qui cela relève souvent d’une vraie vocation) car en temps de crise c’est toujours à ceux qui souffrent déjà le reste de l’année d’être sacrifiés (et non de se sacrifier). Les applaudir, les héroïser, c’est légitimer les risques pris par ces derniers, parfois pour des causes d’une futilité déconcertante (comme les livreurs Uber Eats). Donc non ces gens ne se sont pas sacrifiés, ils ont été sacrifiés. Ce procédé d’héroïsation est le même depuis la 1ère guerre mondiale : les dirigeants envoient les plus pauvres à l’abattoir et une fois la boucherie terminée, ces mêmes dirigeants saluent leur « don de soi » …habile pour se dédouaner des responsabilités. Enfin, je n’ose même pas parler de l’héroïsation des policiers par certains qui frise l’indécence tant les contrôles et arrestations (au faciès bien évidement) ont été nombreux.

Autre chose bien énervante durant cette période de confinement : les initiatives de merde d’artistes sur les réseaux sociaux ou dans les médias. On a d’abord vu fleurir des « journaux de bord » d’artistes bobos exilés à la campagne listant plus d’effets positifs que d’effets négatifs sur ce confinement. Autant dire que le retour de bâton de nombreux lecteurs a été violent. Car comme l’on si bien dit les italiens : « la romantizacion de la cuarentina es privilegio de clase » (la romantisation du confinement est un privilège de classe). C’est d’ailleurs le carnet de bord de Leïla Slimani pour le journal Le Monde qui a été pointé du doigt en premier. Côté initiatives pourries les chanteurs n’ont pas été en reste avec des chansons bien pourries relayées par TF1, M6 et consorts. Des chansons tout d’abord d’une qualité disons…discutables mais qui dérangent aussi dans le fond. En effet, outre le problème de l’héroïsation dont je parlais précédemment, ces chansons (enfin une en particulier) ont permis de donner une bonne image à des artistes qui, de par leur comportement et magouilles ont contribué à saigner les services publics, bien utiles en ces temps. Ça fait donc mal de voir des chaînes relayer et saluer ces artistes, quand elles ne sont pas foutues de mettre en avant des artistes réellement engagés pour des causes parce que trop « extrémistes » ou pas assez « grand public ».

Enfin, ce qui a bien été énervant ce sont les frasques politiciennes. Avec d’abord un gouvernement un peu trop préoccupé par la croissance, qui a géré comme il a pu une crise dont il oublie en être en partie fautif (quand on méprise la colère des hôpitaux pendant des mois tout en chérissant le patronat faut pas s’étonner que ça finisse par péter à sa gueule). Un pouvoir bien content d’utiliser des nouveaux joujoux bien anxiogènes vis-à-vis de l’état de santé de la démocratie. Et un pouvoir (toujours dans sa conception originale de la notion de pluralité d’opinion) usant d’une rhétorique qui confond « coopérer pour le bien commun » et « suivre aveuglément le gouvernement sans broncher ».

Pour aller plus loin :

https://www.lameute.info/billets-dhumeur/billet-dhumeur-les-heros-nexistent-pas?rq=H%C3%A9ros&fbclid=IwAR3WcD_2MtO73M3g4eXt08Hsgd9glPRi4VFI8PQdd_fCWG4of-1siw8WFAY

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