Football : Quel(s) dénouement(s) pour les championnats ?

Football : Quel(s) dénouement(s) pour les championnats ?

Deux mois ! Déjà deux putains de mois que nous les footeux tentons de survivre sans Champions League, sans Premier League, sans Ligue 1. Parce que bon, les redifs de matchs d’anthologies comme France-Brésil 98 sur la chaine l’Equipe ça fait toujours plaisir, mais bon, quand les stocks d’archives sont tellement épuisés qu’on en arrive à diffuser un Grenoble-Boulognes/Mer de mars 2010 en prime time, c’est qu’il est vraiment temps que le football reprenne. Et ce qu’on peut dire, c’est que ça n’est pas gagné. Petit point sur les situations dans les différentes compétitions françaises et européennes.

Le monde amateur difficile à concilier 

Tout d’abord, commençons par la France et par des championnats dont nombre d’entre nous n’en a rien à cirer… À tort. En effet, nous allons parler des championnats amateurs. Pour ces championnats (démarrant à partir du National 2, la 4e division), dont la fin a été actée en premier, la décision, prise par la FFF (Fédération Française de Football), a été de considérer comme classement final, le classement de la dernière journée avant le confinement, en maintenant les montées et les descentes pour le National 2 (4e division), le National 3 (5e division) et les D1 et D2 féminines (pour les autres championnats amateurs, il y a de nombreux cas spéciaux). Si la décision peut sembler la plus logique d’un point de vue sportif, elle ne met évidemment pas tout le monde d’accord. Deux présidents de clubs de National 2 sont d’ailleurs montés au créneau contre cette décision. Tout d’abord, il y a Patrick Gonzalez, président de l’AS Saint-Priest, club populaire de la banlieue de Lyon, relégué en National 3 qui met en avant les conséquences économiques et sociales de la relégation de son club. Des motifs louables, mais qui ne suffiront certainement pas. L’autre président à être monté au créneau, c’est Marc Dubois, président du CS Sedan, qui termine 2e de son groupe derrière le SC Bastia, et qui voit la montée en National (3e division) lui échapper. Ce qu’on peut dire, c’est que Marc Dubois a atteint un bon 9/10 de seum sur l’échelle de Thibaut Courtois, et en même temps, il a de quoi. En effet, son club a réalisé un début de saison parfait, avec 13 victoires consécutives (et 19 matchs sans défaite) et une première place bien confortable à la trêve. Seulement voilà, la deuxième partie de saison ne s’est pas passées comme prévue et les sedanais ont été rattrapés, dépassés puis distancés par Bastia. Et même si c’était encore jouable, la montée semblait compromise pour Sedan et donc la décision de faire monter Bastia ne parait pas si injuste sportivement. Seulement, Dubois tente le tout pour le tout et élabore différents scénarios, soi-disant, plus « justes » qui ont pour unique point commun de placer quoiqu’il arrive le CS Sedan en tête.

Bazar en Ligue 1, attentes en Ligue 2

Du côté des championnats professionnels, la décision s’est faite plus tardivement, voir ne s’est pas encore faite. En effet, si on connaît le nom du vainqueur de la Ligue 1, des clubs qualifiés en Ligue des Champions et Ligue Europa, le nom des relégués en Ligue 2 et des promus en Ligue 1, on ne connaît pas encore les modalités de promotion/relégation entre la Ligue 2 et le National. 

Ainsi, le championnat a été arrêté à la dernière journée jouée (soit la 28e sur 38) et les points sont remplacés par le quotient des points par match. Par conséquent, depuis le 30 avril, le championnat de Ligue 1, saison 2019-2020 a un vainqueur et il s’agit, surprise, surprise…du PSG ! Une première place indiscutable tant le club parisien à une fois de plus écrasé la concurrence cette saison. D’ailleurs, aucun autre club du podium n’a osé crier à l’injustice d’avoir décerné le titre au PSG (ce qui aurait été clairement indécent). Là où il y a un peu plus de litiges, c’est en ce qui concerne les places « européennes » et les relégations en Ligue 2. En effet, si les places en Ligues des Champions de Marseille et Rennes paraissent pu discutables tant ces équipes ont squattées ces places. Cependant, les 4e, 5e et 6e places, qualificatives pour la Ligue Europa étaient quant à elles beaucoup plus disputées. En effet, si Lille, Nice et Reims ont eu la chance de tirer le gros lot, de nombreuses équipes comme Montpellier, Lyon, Angers, Strasbourg ou encore Monaco avaient encore largement de quoi espérer se qualifier. Malgré tout, ces équipes ont su accepter leur sort sans broncher. À une petite exception près…celle de Jean-Michel Aulas ! En roue libre totale depuis près d’un mois, le président de l’Olympique Lyonnais n’a eu de cesse de proposer toutes les solutions possibles et imaginables, à condition bien sûr qu’elles soient profitables pour son club. Un torchage avec la décence surtout compte-tenu de la saison catastrophique de l’OL qui ne mérite pas nécessairement de figurer dans les 6 premières places. 

En bas de tableau, aussi, il y a matière à polémiquer. En effet, l’arrêt du championnat a scellé le sort de l’Amiens SC et de Toulouse FC (enfin !), qui joueront en Ligue 2 la saison prochaine. Si Toulouse était déjà presque relégué avant le confinement avec comme seul objectif battre le record du plus petit nombre de points pour un club de Ligue 1 tout en pratiquant le pire football jamais vu depuis le mythique club d’Arles-Avignon en 2011, Amiens avait de son côté encore des chances de se maintenir. Et devinez qui est le plus monté au créneau contre la décision de la Ligue ??? Olivier Sadran, le président de Toulouse bien évidemment ! Avec une audace légendaire, et sûrement conscient des pertes financières que cela va engendrer, Sadran qui savait son club condamné avant même le premier cas de covid en France estime maintenant que la relégation des Toulousains est injuste. Comme dirait Guillaume Meurice, Sadran a élevé le foutage de gueule au rang d’art contemporain. Côté amiénois, des recours sont évoqués, mais on sent une détermination assez molle de la part des dirigeants. 

En Ligue 2, comme évoqué précédemment, l’avenir est encore flou. En effet, si le classement a été figé, les modalités de relégations sont encore indéterminées. Ce qui est sûr, c’est que le FC Lorient (cœur, cœur, cœur), 1er et le RC Lens, 2e sont promus en Ligue 1. Une décision qui déçoit naturellement l’AC Ajaccio, l’ES Troyes AC et le Clermont Foot qui les talonnaient, mais la régularité et le beau jeu des Lorientais et des lensois ont fait d’eux des promus logiques. En revanche, le sort du Mans FC et de l’US Orléans est toujours en suspens. En effet, les 2 clubs, respectivement avant-derniers et derniers ne savent pas s’ils seront relégués en National. Les conséquences financières étant importantes quand un club est relégué en National, de nombreux dirigeants plaident pour une Ligue 2 à 22 clubs (il y en a actuellement 20) la saison prochaine. Le Mans et Orléans seraient maintenus et le Pau FC et l’USL Dunkerque (1er et 2e de National) seraient promus en Ligue 2. Une solution qui pourrait aussi faire l’affaire des clubs relégués en National 2 (Le Puy Foot, l’AS Béziers, le Gazélec Ajaccio et le SC Toulon), puisque ces derniers pourraient être repéchés. Les dernières décisions devraient tomber le 20 mai.

Quelle(s) fin(s) dans le reste de l’Europe ?

Dans le reste des championnats européens, seuls les Pays-Bas ont pris la même décision que la France (ils ont d’ailleurs été les premiers à le faire en Europe), à la différence que le choix de la saison blanche (pas de vainqueur, pas de relégués, pas de promus) a été retenue. De nombreux championnats sont en phase de reprise imminente comme par exemple la Bundesliga (Allemagne) et la Liga NOS (Portugal). En Italie, pays durement touché, où évoquer une reprise était vu il y a quelques semaines comme une hérésie, la donne semble avoir changée et l’hypothèse d’une reprise semble de plus en plus envisagée. D’ailleurs, contrairement à la France et les Pays-Bas, la plupart des championnats veulent reprendre coute que coute, quitte à tout terminer à huis-clos. Cependant, il y a de nombreuses incertitudes qui continuent de planner. Il est donc encore possible que certains championnats s’éternisent jusqu’en août dans une ambiance certainement morose, celle de cathédrales vides comme Santiago Bernabeu, le Nou Camp, l’Allianz Arena ou encore Anfield qui sonneront creuses.

Au niveau des différentes coupes d’Europes tout semble encore très flou. Si l’Euro a rapidement été reporté, permettant à l’Equipe de France de récupérer tranquillement ses blessés (y’a pas à dire la « chatte à Dédé » c’est quand même loin d’être une légende), les coupes de clubs (Ligue des Champions et Ligue Europa) pourraient aboutir. Du moins, c’est ce qu’espère l’UEFA, quitte à bousculer le format. Et à vrai dire pour une fois que le PSG était qualifié pour les quarts, ça serait dommage de s’arrêter là.

Des conséquences économiques à craindre

Au-delà de nous contraindre à mater du championnat biélorusse pour continuer de regarder du foot en direct à la télé, cette crise aura également mis à mal tout le système du football : le nombre toujours plus croissant de compétition, les déplacements massifs de personnes et surtout l’économie. Car à l’heure où les clubs de foot ne sont que des entreprises permettant à de riches investisseurs de récupérer un peu, des entreprises dépendantes du trading de joueur et des droits TV, la crise du covid a mis en lumière les failles de ce système, à tel point qu’on élabore des classements sans prendre en compte les relégations administratives, les faillites et les dépôts de bilans qui guettent nombreux clubs de foot européens et pas des moindres. En effet, gérés comme des usines à profit, les clubs de l’AS Saint-Etienne, du Lille OSC, des Girondins de Bordeaux, de Schalke 04 ou encore du Standard de Liège sont en grand danger En Slovaquie, le MSK Zilina, 7 fois champion a été le 1er club européen à être mis en liquidation judiciaire. On ne sait donc pas réellement quels clubs composeront les championnats dans le « monde d’après », mais il est possible que les footeux doivent faire le deuil de nombreux clubs, victimes d’un virus qui ne s’appelle pas covid, mais profit.

Simon Bouquerel

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