Edito #14 : Quand la démocrafuit…

Edito #14 : Quand la démocrafuit…

Modèle de démocratie ou dictature, on entend dire tout et n’importe quoi sur ce qu’est la France aujourd’hui. Et ce qu’on peut dire c’est que si les macronistes tout beaux tout propres continuent de se prendre pour de grands démocrates, leur surdité face à la colère du peuple, sans parler des graves dérives policières mettent en avant de réelles dérives autoritaires.

Car comment peut-on encore se prétendre grand démocrate quand sa police mutile, quand sa police réprime, quand il devient impossible de manifester aux bons vouloirs des préfets (cf : le préfet de Lille qui refuse les trajets de manifestations déposés) ou tout simplement car c’est trop dangereux. La France est devenue un état policier, certaines arrestations sont ciblées et en général elles ne concernent par des personnalités violentes mais bien des personnalités influentes. Les arrestations sont automatiques, aujourd’hui n’importe qui souhaite contredire ostensiblement les gouvernements se risque à la garde à vue, aux coups de pressions. On ne parlera même pas des nouveaux joujoux de Castaner qui peuvent maintenant rendre sourd et nous obligent à nous munir de protège-tibias pour aller manifester.

On ne parlera pas non plus de cette « sélection » de bons et de mauvais journalistes en arrêtant certains journalistes aux motifs de trouble à l’ordre public. Comme quoi le travail de Bouhafs, Glanz ou Dufresne ne serait pas légitime car trop militant. Or ces derniers apportent des faits de terrain et croire que les journalistes ne sont pas orientés dans leurs façons de traiter l’actualité est une énorme connerie.

Mais au-delà de tout ça, les partisans du pouvoir actuel vont jusqu’à faire passer toute révolte, toute envie de changement comme des dangers pour la démocratie. Chaque geste de protestation va être décrié et comparé à une dérive autoritaire. Des enseignants jettent des manuels scolaires (au passage obsolètes) et les avocats brûlent des codes civils pour protester ? Allez hop on compare ça aux autodafés des nazis parce que quitte à être cynique autant l’être jusqu’au bout ! Non mais plus sérieusement je ne comprends pas comment un geste de détresse d’une profession qui s’inquiète de plus en plus peut-être godwiné à ce point.

Tweet foireux de Raphaël Enthoven, symbole des amalgames douteux opérés à l’encontre du mouvement social

Ou sinon, il y a la méthode « C à vous » qui consiste à inviter une grande figure de la politique française comme Robert Badinter, lui montrer des images de la tête de Macron sur un piquet (en faisant fi des violences policière) pour qu’il dénonce le climat de violence. Un passage pathétique qui a donné du grain à moudre aux macronistes, et dont le point d’orgue fut les questions ultra orientées d’Anne-Elisabeth Lemoine, accompagné du regard de Patrick Cohen qui disait à Badinter « oui ! vas-y ! dit le que le mouvement contre la réforme des retraites c’est un danger pour la paix et la démocratie, dit le ! »

On a aussi pointé du doigt les dégradations de permanences de députés, comme si casser une vitrine allait amener la dictature, comme si montrer son hostilité envers un élu c’était vouloir foutre en l’air la démocratie. Cela montre juste un mécontentement général envers ces élus qui ne sont que des robots télécommandés, soi-disant issus de la démocratie représentative mais qui ne représentent que l’oligarchie et non les électeurs qui ont mis leur nom dans un bulletin en leur donnant comme mission d’empêcher la victoire du FN. Non, tout cela n’est pas grave ! (Et comme on dit pensée pour les familles des vitrines). Je pose la question : qu’est ce qu’il y a de plus anti-démocratique entre une vitrine brisée et un œil d’opposant politique crevé ?

Mais depuis quand l’expression populaire est un danger démocratique ? Depuis quand démocratie ne signifie plus « pouvoir au peuple » ? Depuis quand la démocratie se résume au vote ? Un vote qui, au passage ne renvoi pas à un réel choix du peuple tant de nombreux facteurs entrent en jeu (vote utile, absence d’équités médiatiques, etc.) et parce qu’au final, nous sommes juste amenés à choisir parmi une liste de candidats imposés. Alors après, peut-être que la démocratie a déviée de son objectif initial, peut être (surement même) que la démocratie se résume finalement à la vision de Schumpeter, à savoir qu’en démocratie, le rôle des citoyens est de départager les élites. Et dans ce cas, il me parait plus que légitime de remettre en question la démocratie, et que non, opérer à cette remise en question ne signifie pas sombrer dans le péril fasciste et autoritaire.

En bref, la Macronie, bien aidée par une élite médiatique très complaisante a su imposer SA vision de la démocratie, et se raccroche à ça pour éloigner ses détracteurs. Pourtant il apparait de plus en plus clairement que le réel danger démocratique vient du pouvoir qui use et abuse de sa police. Qu’au niveau autoritaire LREM n’a au final pas grand-chose à envier à ce qu’aurait pu être le FN s’il était au pouvoir.

Donc non, on ne peut malgré tout pas dire que la France est une dictature, il nous reste quand même de nombreuses libertés. Mais ces dernières (et en particulier la liberté d’expression, d’opinion et d’information) ont pris un sacré coup dans l’aile en l’espace de 3 ans. Parler de « dérives autoritaires » ne semble, cela dit pas inapproprié.

Pour aller plus loin :

https://www.liberation.fr/debats/2020/02/02/robert-badinter-un-chagrin-sur-twitter_1776813

https://www.youtube.com/watch?v=y3N8HoxdcJ8

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