Retour sur la décennie (3/3) : Un monde en constante évolution

Retour sur la décennie (3/3) : Un monde en constante évolution

Même si 2020 est déjà là et qu’une décennie nouvelle s’est ouverte à nous, il est temps de passer à la troisième partie de notre série d’articles sur les années 2010, avec aujourd’hui un 3e volet consacré aux événements marquants dans la société, dans le monde en général, et comment ces derniers ont évoluées.

10 ans de contestations

Manifestation libyenne à Bayda, le 22 juin 2011 (photo : Wikipédia)

Tout d’abord, il ne serait pas incongru de placer parmi les mots clés de cette décennie le mot « contestations ». En effet, il n’y a pas qu’en France que la rue a crié « non ! ». Les colères populaires ont d’ailleurs eu raison de nombreux dirigeants vieillissants, bien trop accrochés à leur pouvoir. Et c’est notamment le Maghreb qui est concerné par ce phénomène. Il y a eu tout d’abord ce qu’on a appelé le « Printemps Arabe » entre 2010 et 2012. Si les pays concernés allaient bien au-delà du Maghreb, c’est bien les révoltes de cette zone qui a fait plus de bruit. Tout a commencé en décembre 2010 avec la Révolution tunisienne qui a duré 2 mois, avec un bilan humain de 338 morts, et qui a vu le président Ben Ali (décédé en 2019) démissionner après plus de 23 ans de présidence. La Tunisie a été imitée par l’Egypte, à partir de janvier 2011 avec une révolution qui durera seulement 17 jours mais qui fera 890 morts et aboutira à la démission du président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 29 ans. Mais c’est surtout la Guerre civile libyenne qui marquera les esprits. En effet, entre février et octobre 2011, un puissant soulèvement contre Mouammar Kadhafi (au pouvoir depuis presque 42 ans) a ébranlé tout un pays et fait environ 5 000 morts dans chacun des deux camps. Cette guerre aboutira à la capture et l’exécution de Kadhafi. Malgré cette fin de règne espérée depuis longtemps, le pays reste aujourd’hui dans une situation instable avec deux pouvoirs qui revendiquent la souveraineté du pays. Enfin, le dernier pays maghrébin à avoir connu un soulèvement populaire durant la décennie est bien entendu l’Algérie. En effet, si ce pays a connu un soulèvement durant le Printemps arabe, c’est surtout en 2019, avec l’annonce de la candidature du président sortant Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999 et surtout en très mauvaise santé que la rue a crié sa colère. Et même si Bouteflika a finalement renoncé à se représenter, le choix, très limité et surtout très peu éclectique proposé aux algériens a remis le feu aux poudres, et la colère ne semble pas prête de retomber. Enfin, en dehors du Maghreb, le Printemps Arabe aura été également le point de départ du conflit en Syrie. Conflit sanguinaire qui peine à se résoudre et qui mêle les partisans de Bachar el-Assad, tyran au pouvoir depuis 2000, l’Armée Syrienne Libre, les kurdes et l’Etat Islamique (on y reviendra).

Hormis toutes ces révolutions et Guerres civiles, on aurait pu également évoquer d’autres soulèvements populaires pour plus de démocratie, d’égalité sociale, etc. comme ce fut le cas (ou comme c’est toujours le cas) à Cuba contre le régime autoritaire de Raul Castro, au Venezuela qui vit une grave crise économique depuis la mort d’Hugo Chavez en 2013, et dont le successeur Nicolas Maduro peine à obtenir la faveur du peuple, au Chili, Au Liban, et bien d’autres pays. Au aurait pu parler également des manifestations monstres à Barcelone pour réclamer l’indépendance de la Catalogne, etc.

Manifestation « Youth for Climate » à San Francisco en le 15 mars 2019 (image : Wikipédia)

Mais les contestations qui ont marqué les années 2010 ont aussi été celles d’une jeunesse inquiète quant à son avenir, une jeunesse (mais au final pas que) qui a fait grève et qui est descendu dans la rue, à partir de 2018, répondant à l’appel de la suédoise de 16 ans Greta Thunberg, et du mouvement Youth for Climate et sommant les dirigeants du monde entier d’agir pour la planète et contre le réchauffement climatique. Le thème de l’écologie a été l’un des thèmes majeurs de la décennie. Mais si la colère et l’inquiétude ne désemplie pas c’est bien à cause de l’inaction des « grands » de ce monde et des solutions proposées par ces derniers qui se révèlent au final plus comme étant du Greenwashing comme les accords de Paris de 2015 avec lesquels certains de torchent allègrement le cul.

Des nouveaux « leaders » sont apparus

Donald Trump, président américain, improbablement élu en 2016 (image : Wikipédia)

Cette décennie a (comme toute décennie d’ailleurs) été le théâtre de nombreuses échéances électorales. Outre la France qui a vu se succéder Sarkozy, Hollande et Macron, les autres grandes puissances mondiales ont aussi changé de visage et le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est absolument flippant. En effet, comme si le monde avait basculé dans une folie collective, les clés des nations les plus influentes, dont les choix pèsent plus lourd sur le monde ont été confiées à des dirigeants dont on préfère mieux rire. Il y dans un premier temps les despotes asiatiques, avec tout d’abord Kim-Jong-Un en Corée du Nord qui a succédé à son père, décédé en 2011. Le jeune homme, qui a pris le pouvoir à seulement 27 ans a amplifié le niveau de la politique autoritaire du pays et n’a pas manqué de rajouter une couche de culte de la personnalité et de pouvoir par la peur dans ce pays déjà connu pour être l’un, si ce n’est le pays le plus fermé du monde. De plus, ses yeux d’enfants brillant devant ses tests de missiles nucléaires et sa guéguerre (surtout virale) menée face à son homologue américain pour savoir qui a la plus grosse n’a pas manqué d’effrayer le monde et de ranger Kim-Jong Un dans les livres d’Histoire, à la catégories « énorme psychopathe ». Malgré tout, on se permettra tout de même de reconnaître que depuis sa prise de pouvoir quelques rapprochements entre les deux Corées ont pu être effectués. La participation de la Corée sous une bannière unifiée aux JO d’hiver de Pyeongchang en 2018. Un fait qui peut paraître anecdotique mais qui est au final très chargé symboliquement. Mais dans cette zone du globe, la Corée du Nord n’est pas en reste. En effet, son voisin chinois a vu Xi Jinping être nommé président en 2013, un président qui continuera d’exercer la puissante politique capitaliste chinoise (qui en principe se revendique toujours communiste) quitte à se torcher avec les droits de l’Homme. Xi Jinping s’avèrera d’ailleurs très vite être l’un des présidents chinois les plus durs de ces dernières années avec une politique de censure toujours plus accrue notamment sur internet. Nombre de ses choix choqueront le monde entier, comme le système de notation des citoyens, ou encore le fait d’avoir permis aux députés chinois de voter la levée de la limite de mandats présidentiels, permettant à Xi Jinping d’être, s’il le souhaite, président à vie.

De l’autre côté de l’échiquier politique il est important de rappeler que durant la décennie, l’extrême droite est montée partout en Europe. Hormis le FN en France, on a pu voir de bons scores électoraux pour Ukip au Royaume-Uni (qui a grandement influencé le vote du Brexit en 2016) ou encore l’AfD en Allemagne (parti crée en 2013). Pire encore, cette droite dure a su infiltrer certains gouvernements comme avec Matteo Salvini, ministre de l’intérieur italien de 2018 à 2019, Sébastian Kurtz, chancelier autrichien de 2017 à 2019 (puis de nouveau depuis le 7 janvier dernier), ou encore Viktor Orban, Premier ministre hongrois depuis 2010.

Pourtant, cette droite (très) dure c’est étendue bien au-delà des frontières de l’Europe et a su infiltrer les plus grands pays du monde. Il y a tout d’abord l’Inde, avec son Premier ministre Narendra Modi, ultra nationaliste, xénophobe et anti-musulman. Mais aussi le Brésil avec Jair Bolsonaro, élu président depuis 2018 grâce au soutien de Ronaldinho ou Cafu qui ont probablement oublié leur dignité et leurs origines. Un président ouvertement homophobe, sexiste, raciste, climatosceptique, pro armes à feu et nostalgique de la dictature militaire qui n’a pas hésité à mettre très vite à profit ses qualités de dirigeant néo-fascisant en supprimant les filières universitaires comme les sciences sociales, bien trop dangereuses pour sa politique. L’écologie aussi ça n’est visiblement pas son truc car bien que sa politique soit dévastatrice pour l’environnement, Bolsonaro aura toujours plus d’un tour dans son sac et saura rejeter la faute des incendies en Amazonie aux ONG environnementales. Autre pays à avoir sombré dans la droite dure (et ça ne laisse rien présager de bon) : les Etats-Unis bien sûr avec l’élection en 2016 du milliardaire et ancien présentateur TV Donald Trump. Bon, plus besoin de vous le présenter, on le connaît, globalement c’est la même chose que Bolsonaro avec un sens de la connerie encore plus accru en bref, l’idiot de base, mais un idiot qui demeure malheureusement encore à la tête du pays le plus puissant du monde. D’autant plus, que comme Bolsonaro au Brésil reste populaire chez une certaine branche de la population trop occupée à craindre des dangers irréels sans voir leurs libertés et leur situation socio-économique se dégrader. Petit aparté, mais la décennie présidentielle des Etats-Unis a bien su représenter les travers de ce pays avec d’un côté Obama (2008-2016), symbole de cette Amérique qui se cache derrière un certain puritanisme et un pseudo progressisme élitiste pour masquer des politiques économiques toujours plus agressives et une vision de la paix bien propre à elle (on bombarde pour installer la démocratie !) et de l’autre Trump (2017-), symbole de cette Amérique beauf, puant le fric, les artifices et le racisme, le tout couplé un nombrilisme indécent et une folie des grandeurs artificielles. Enfin, le dernier gros pays à avoir connu l’arrivée à sa tête d’un individu très à droite en 2012 est bien sûr la Russie. Même si cependant c’est un peu plus compliqué puisque l’individu en question avait déjà été président de 1999 à 2008, d’autant plus qu’entre 2008 et 2012 il était président du gouvernement. L’homme dont je parle est bien sûr Vladimir Poutine. On le connait tous, encore une fois pas besoin de développer, d’autant plus niveau ambiance bien pourrie, cet article s’en sort plutôt pas mal, alors désormais je vous propose un peu plus de positif.

Une décennie de terrorisme

Rassemblement à Paris après les attentats du 13 novembre 2015. (image : Wikipédia)

Et bah non ! Finalement on va repartir dans tout ce que la décennie a fait de pire et cette fois-ci c’est le terrorisme qu’on va aborder. Car malheureusement la décennie a été marquée par de trop nombreux attentats dont la plupart ont porté la signature d’un groupe puissant qui a semé la terreur : Daech.

Mais avant tout, il est important d’évoquer d’autres terribles attentats non commis par Daech car contrairement à ce qui est un peu trop relayé dans la majorité des médias, une tuerie de masse opérée, certes par un déséquilibré mais commise par un blanc…bah ça s’appelle aussi un attentat. D’ailleurs, ces attentats ont souvent été commis par des terroristes d’extrême droite comme ce fut le cas en Norvège en 2011 avec l’explosion d’Oslo qui a tué 6 personne, suivie par le massacre d’Utoya où avait lieu le camp d’été de la Ligue des jeunes travaillistes, tuant 69 personnes. L’auteur Anders Breivik, arrêté le jour même, choquera le monde entier lors de son procès par sa froideur, son autosatisfaction et surtout par son salut nazi perpétré lors de son entrée dans la salle. De leur côté, les Etats-Unis n’ont pas non plus échappé à ce genre d’attentat avec l’attentat contre un temple méthodiste noir à Charleston en Caroline du Sud, tuant 9 personnes, le 17 juin 2015. L’auteur, Dylan Roof, ouvertement suprématiste blanc et néonazi sera condamné à la peine capitale et attend toujours dans les couloirs de la mort.

Pour autant, la plupart des attentats commis dans le monde pendant les années 2010 ont été signées par un groupe terroriste islamiste qui a semé la terreur dans le monde : Daech, également appelé État Islamique. Formé en 2006, le groupe a proclamé en 2014 l’instauration d’un califat sur des territoires sous son contrôle. C’est ainsi que de nombreuses zones du monde Arabe (principalement en Syrie) ont été sous un contrôle total de ce groupe qui a gagné en influence d’années en années (même s’ils ont entamé un déclin à la fin de la décennie). Le groupe a d’ailleurs commis de très nombreux attentats au Moyen-Orient et en Afrique, mais aussi en Occident, dans des pays en paix. Tout ça a commencé avec des attentats orchestrés par des individus isolés (du moins en ce qui concerne leur passage à l’acte), faisant en général moins de 10 victimes, et visant en général des juifs, comme ce fut le cas à Toulouse en 2012 (Mohamed Merah) ou au musée juif de Bruxelles en 2014 (Mehdi Nemmouche). Mais très vite, le nombre de victimes a sévèrement augmenté avec des attentats qui ont glacé d’effroi le monde comme à Paris en 2015 (que ce soit ceux de janvier ou ceux du 13 Novembre), Bruxelles et Nice et Orlando en 2016 ou encore Barcelone et Manchester en 2017. D’autant plus que les modes opératoires tels que les voitures bélier ou l’explosion de kamikazes étaient relativement nouveaux.

Cette décennie gangrénée par le terrorisme aura eu pour conséquence d’installer une certaine peur en Occident, une peur qui a poussé les peuples à se renfermer sur eux, à sacrifier certaines de ses libertés au nom d’une certaine sécurité, d’être hostile envers certaines personnes amalgamées avec ceux qui ont perpétrés ces attentats. Elle a aussi montré à quel point internet et les réseaux présents, notamment dans les prisons étaient capables de radicaliser des individus « sans histoires » et que la mort de Ben Laden, figure du terrorisme et de l’intégrisme islamiste, tué en 2011 n’a pas freiné ces radicalisations.

Évolutions de nos modes de vie

Enfin, comme attendu, les années 2010 ont été des années où le monde a énormément évolué, du moins en Occident. Internet est désormais partout, pour le meilleur, et pour le pire ! En effet, avec l’explosion des smartphones, de la 4G, l’information et la culture sont disponibles partout. Exit les CD, les postes de télévision, le streaming, le replay et les plateformes comme Netflix ont changé notre façon de nous divertir en un temps éclair. Sans parler du boom des réseaux sociaux. Facebook et Twitter sont devenus des mastodontes, rejoint par des nouveaux réseaux sociaux comme Snapchat et Instagram. Des réseaux, que les grandes entreprises ont su parfaitement exploiter en influant un nouveau métier : influenceur. Ces hommes et ces femmes prêts à vendre leur cul, leurs abdos, leurs seins à des entreprises, ou des gouvernements souvent douteux sur le plan éthique. YouTube aussi a fait une énorme percée. Faire carrière est devenu plus facile, même si les dérives, notamment liées au travail des enfants ou aux vidéos qui ressemblent plus à des publicités qu’à du divertissement sont apparues. En bref, si ces nouvelles technologies nous ont facilité la vie et nous ont donné l’accès à plus de culture, elles ont aussi permis des choses un peu moins cool comme la surveillance de masse grâce à l’éthique disons « originale » de Facebook ou Google qui sait tout de vous, ou encore l’exposition de plus en plus jeunes des jeunes enfants aux écrans. Ces années 2010 ont eu également eu la merveilleuse idée de mettre à profit la flemme croissant de l’humain avec l’explosion d’Amazon (dont les employés doivent se retenir de chier toute la journée pour continuer à être productifs) et l’apparition de chaînes de livraison de nourriture comme Uber Eats ou Deliveroo qui nous ont montré que la précarité pousse de nombreuses personnes à prendre des jobs où ils risquent leur vie pour livrer des burgers. On pourrait parler aussi de l’obsolescence programmée, ce désastre écologique mais qui a de beaux jours devant elle tant elle rapporte à certaines entreprises comme Apple. En bref, comme on dit, la décennie a montré qu’on n’arrête pas le progrès, et que si c’est souvent positif, ce « progrès » s’est malheureusement moulé autour des lois du roi dollar et du capitalisme.

Simon Bouquerel

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