Retour sur le décennie (2/3) : de Knysna à Moscou, les 10 années folles des bleus

Retour sur le décennie (2/3) : de Knysna à Moscou, les 10 années folles des bleus

Après avoir exploré la décennie politique en France, il est temps de nous attaquer à un sujet peu plus léger : l’équipe de France de football. En effet, les années 2010 de notre chère EDF nous auront fait passer par un nombre incalculable d’émotions. D’un début de décennie catastrophique à une fin idyllique, retour sur ces dix années marquées par un football français qui n’a eu de cesse d’évoluer.

Les années noires (2010-2013)

Le début de la décennie s’ouvre pour nos bleus par la Coupe du Monde en Afrique du Sud en juin 2010. Les hommes de Raymond Domenech, qualifiés de manière litigieuse suite à une main de Thierry Henry face à l’Irlande doivent convaincre, d’autant plus que la campagne de match de préparation a été catastrophique (notamment avec une défaite face à la Chine). Malheureusement, 2010 raisonnera comme probablement la pire année de l’histoire du foot français. Au-delà des résultats sportifs décevant (élimination dès le 1er tour en terminant dernier de son groupe derrière l’Uruguay, le Mexique et l’Afrique du Sud avec seulement 1 point et 1 but marqué), c’est le comportement des joueurs qui irritera profondément les français. En effet, il y a tout d’abord eu l’épisode Anelka, renvoyé du groupe avant la fin de la phase de poule pour avoir insulté son sélectionneur. Un renvoi qui a provoqué l’indignation de ses coéquipiers qui ont décidé de faire la grève de l’entraînement, c’est le fameux épisode du « bus de Knysna ». S’en sont suivies des scènes ridicules d’un Raymond Domenech lisant le communiqué des joueurs devant la presse, d’un préparateur physique en furie face au capitaine des bleus Patrice Evra, le « Che Guevara des autobus » comme l’a surnommé Julien Cazarre. En bref, des scènes dignes des pires scénarios de films catastrophe. Les vice-champions du monde en titre quittent l’Afrique du Sud en ayant fait honte à tout un pays. Après avoir mené la France en finale de Coupe du Monde 2006, Domenech quittera son poste chez les bleus par la petite porte et aura encore du mal aujourd’hui à effacer ce terrible épisode, Thierry Henry, meilleur buteur de l’histoire des bleus prendra sa retraite internationale dans une certaine indifférence,  Patrice Evra aura l’occasion de réintégrer la sélection nationale et terminera sa carrière internationale en 2016 à l’occasion de la finale perdue face au Portugal avant de partir en couille en se filmant dans des vidéos plus que ridicules (I love this game !), enfin, Nicolas Anelka ne rejouera plus jamais avec les bleus.

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Mais cet échec aura surtout un impact violent sur le ressenti des français vis-à-vis de l’équipe de France et même du foot en général. Partout on entend la « honte » des français, le sport roi est plus que jamais impopulaire dans le pays. Les détracteurs de ce sport s’en donnent à cœur joie, tandis que les plus fervent supporters sont totalement désabusés. Mais le « fiasco de Knysna » aura même des retombée politiques avec de nombreuses réactions (et récupérations) de la part de la droite, notamment Roselyne Bachelot, Rama Yade ou encore François Fillon. Le président de la FFF Jean-Pierre Escalettes ainsi que Raymond Domenech subiront même une audition parlementaire.

Après cet échec retentissant, c’est clair et net : l’équipe de France est à reconstruire. Pour cela, un homme sera nommé pour ce chantier : Laurent Blanc. Le champion du monde 98, qui a prouvé avec les Girondins de Bordeaux qu’il pouvait être un grand entraîneur est devenu celui sur qui de nombreux espoirs allaient être placés. Du côté de la FFF, et suite à un intérim de Fernand Duchossoy, c’est l’ancien président de l’En Avant de Guingamp Noël Le Graët qui est nommé président, afin de rebâtir un foot français totalement morcelé. En ligne de mire de tout cela, l’Euro 2012 qui se déroulera en Pologne et en Ukraine. Blanc bâtit une équipe avec de nouveaux visages, des espoirs (seuls 9 des sélectionnés en 2012 étaient présents en 2010). Si l’objectif d’atteindre les quarts de finale était atteint (élimination par l’Espagne, futur vainqueur), les restes de 2010 ont eu du mal à partir aussi facilement. En effet, le niveau de jeu affiché et l’attitude de certains joueurs déçoivent. On peut notamment parler de Yohan Gourcuff, flamboyant depuis 2009 qui n’a jamais réellement réussi à retranscrire son jeu chez les bleus. On peut aussi parler de Marvin Martin, annoncé comme le futur Zidane (alors qu’il ne jouait qu’à Sochaux) qui a grandement déçu avant de voir son avenir radieux s’écrouler suite à des blessures, qui l’on conduit à porter aujourd’hui les couleurs du FC Chambly, petit club promu cette saison en Ligue 2. Du côté des comportements, ceux qui jouissaient d’une réputation sulfureuse comme Samir Nasri, Hatem Ben Arfa ou encore Jérémy Menez ont malheureusement été fidèles à cette réputation. Mais celui qui a le plus déçu par son comportement, c’est Yann M’Vila. Le jeune milieu, symbole du renouveau espéré de ces joueurs talentueux mais surtout intelligents et respectueux a terni à sa réputation en refusant de saluer Laurent Blanc après sa sortie du terrain face à l’Espagne. Mais c’est surtout sa virée en boîte un mois plus tard, alors qu’il participait à un match important avec l’équipe de France espoir. Cet évènement aura raison de lui et on ne reverra plus M’Vila porter le maillot bleu.

Depuis 2013 : la renaissance

A la suite de cet Euro en demi-teinte, Noël Le Gräet l’a bien compris : le chemin sera long. Du côté du sportif, Laurent Blanc quitte le banc juste après l’Euro 2012, après seulement 2 ans et est remplacé par Didier Deschamps, qui vient de quitter l’Olympique de Marseille. L’objectif est clair : (enfin) reconquérir le cœur des français avec la Coupe du Monde 2014 au Brésil. Une fois de plus, de nouveaux espoirs émergent, ceux que l’on appellera « la génération 93 », championne du monde U20 en 2013. Mais cette fois-ci, hors de question de grilles ces joyaux. Les exemples des M’Vila, Martin ou ceux de la « génération 87 » doivent servir pour mieux préserver ces jeunes. Parmi « ceux de 93 », on retrouve notamment Paul Pogba et Raphaël Varane, appelés en bleu dès 2013, mais aussi Samuel Umtiti, Lucas Digne, Kurt Zouma, Alphonse Aréola ou encore Florian Thuavin, tous encore internationaux à l’heure actuelle. D’autres joueurs vont émerger comme Blaise Matuidi qui, déjà présent en 2012 va s’imposer comme un joueur clé, mais surtout Antoine Griezmann, qui suite à une suspension après avoir participé à la virée nocturne de Yann M’Vila a réussi à se remettre en question afin de se bâtir la grande carrière qu’on lui connait aujourd‘hui.

Pour autant, l’opération « reconquête » (partie 2) va prendre un sacré coup dans l’aile. En effet, lors du match aller du barrage de qualification pour le mondiale, la France s’incline tristement 2 buts à 0 face à l’Ukraine. Cette fois ci plus le choix, la victoire par au moins trois buts d’écart au match retour au Stade de France est obligatoire pour se qualifier pour la Coupe du Monde, et ne pas voir le travail opéré par Le Graët et Deschamps s’effondrer. Mais ce 19 novembre 2013, un homme, Mamadou Sakho va sauver les bleus en inscrivant un doublé, ses seuls buts en bleu. Couplées à un but de Karim Benzema, ces buts permettront de faire taire les sceptiques et emmèneront les bleus au Brésil. L’opération reconquête était plus que jamais en marche.  

Pour cette Coupe du Monde 2014, l’objectif fixé par la FFF était clair : atteindre les quarts de finale et redonner une bonne image de l’équipe de France et du football en général. Un objectif que les hommes de Deschamps ont su tenir. En effet, après une phase de groupe et un 8e de finale globalement maîtrisés, les bleus s’inclinent en quarts face à une Allemagne qui sera incontestablement sacrée championne du monde quelques jours plus tard. Côté image, cette équipe aura réussi son pari se redonner de l’espoir et a pris rendez-vous avec l’avenir.

Et cet avenir, c’est en 2016 et en France, pour l’Euro qu’il s’inscrit. En effet, pour la première fois depuis 1998, la France a l’honneur d’être l’hôte de l’une des plus grandes compétitions du football international. Si l’ossature principale de l’équipe est restée la même que lors du mondial 2014 avec un Pogba et un Griezmann en constante progression, de petits nouveaux ont fait leur apparition, notamment N’Golo Kanté, alors milieu infatigable de Leicester City (très surprenant vainqueur du championnat d’Angleterre) qui deviendra très vite le chouchou des français, mais aussi les jeunes talents Anthony Martial (passé à côté de son Euro et qui peine à revenir chez les bleu) et Kingsley Coman (lui aussi passé à côté de son Euro mais qui est revenu en force chez les bleus en 2019).

Si la compétition a démarré timidement pour la France (victoire « à l’arrache » face à la Roumanie et l’Albanie), les hommes de Deschamps sont vite montés en puissance et ont clairement montré qu’ils comptaient parmi les favoris. Après avoir éliminés les surprenants irlandais en 8e et les non moins surprenants islandais en quarts, les bleus ont sorti le grand jeu pour venir à bout de l’Allemagne championne du monde en demies. Malheureusement, et on connait la suite, la finale sera tristement perdue face à un Portugal qui, soyons objectifs n’était clairement pas l’équipe la plus brillante de cette compétition (il y a un mélange en moi de réalisme mais aussi de seum wallon)

2018 à Moscou : les bleus de Deschamps sont au sommet (photo : Wikipédia)

Pour la Coupe du Monde 2018 en Russie, Didier Deschamps doit faire face à un problème de riche : l’émergence de très nombreux nouveaux talents qui vont se faire une place chez les bleus : Benjamin Pavard, Lucas Hernandez, Ousmane Dembélé, Thomas Lemar et bien sûr Kylian Mbappé. C’est donc avec une liste des 23 très jeune et très remaniée que Deschamps part à l’assaut du mondial russe (sur les 23 sélectionnés, seuls 9 étaient à l’Euro 2016 et seuls 6 étaient présents à la Coupe du Monde 2014). Mais comme en 98 (dont on fêtait les 20 ans), cette équipe a été sous le feu des critiques de nombreux journalistes et consultants. Le champion dans cette catégorie étant Christophe Dugarry, champion du monde 98, dénonçant une équipe « qui n’a pas progressé » et qui ne pouvait pas être championne du monde avec Giroud. Ces mêmes journalistes qui plaçaient parmi leurs favoris l’Espagne (éliminée en 8e), le Brésil (éliminé en ¼) et l’Allemagne (éliminée en phase de groupes), pas foutus de comprendre une bonne fois pour toute qu’avoir les meilleurs joueurs ne sert à rien si t’es pas foutu de bâtir une équipe (en ce qui concerne l’Espagne et le Brésil) et que les champions du monde en titre ont souvent beaucoup de mal (en ce qui concerne l’Allemagne). Moi de mon côté j’avais misé sur la France et la Croatie que personne ne citait…visiblement j’aurais largement la place sur RMC (bon j’avoue j’avais aussi mis le Brésil dans mes favoris). Sans parler des cas Benzema et Rabiot qui ont donné du grain à moudre aux plus cyniques. Mais heureusement, d’autre y croyaient. Sur le plateau de l’émission Quotidien, Grégoire Margotton l’avait annoncé, on sera champion du monde et il ne s’est pas trompé. Sur ce même plateau, Malgré une phase de groupe complique, Deschamps a su amener les bleus au sommet. Avec des matchs et des buts mémorables, l’équipe de France est allée chercher sa deuxième étoile et a plongé le pays dans une joie et une union certes éphémère mais tellement jouissive, surtout en ces temps de profondes divisions. Les Mbappé, Griezmann, Varane, Pogba ou autres Lloris sont devenus des légendes à l’issu de ce 4-2 face à la Croatie.

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En résumé, ces années 2010 ont été des années parmi lesquelles notre équipe nationale nous a fait passer par toutes les émotions. D’une équipe haïe à une équipe adulée, les bleus ne nous ont jamais laissé indifférent. Cette aventure incroyable nous a montré comment 2 hommes (mais pas que), Le Graët et Deschamps ont su bâtir ce qui se fait de mieux dans le football moderne. Ils ont su détruire une équipe en ruine minée par des performances médiocres et par des petits cons prétentieux ou qui se sont brûlés les ailes, pour construire une équipe, belle à voir jouer, avec des individus sympathiques avec la tête sur les épaules et surtout, ils ont su construire un groupe « qui vit bien ».

Mais cette évolution permanente de l’image l’EDF au cours de ces années 2010 s’explique surtout par une évolution permanente des joueurs qui l’on composé. En effet, le groupe a mis du temps à se bâtir. Seuls Hugo Lloris et Steve Mandanda étaient présents en 2010 et sont toujours bleus à l’heure actuelle. L’après 2006 a été dur à digérer avec le départ de nombreux cadres qui avaient été champions du monde 98, vide champions 2006 et vainqueurs de l’Euro 2000. Trouver une nouvelle ossature, des nouveaux cadres capables de durer dans le temps a été long. Mais une grosse partie de ces joueurs, champions du monde en 2018 sont encore jeunes et pourraient bien être là encore longtemps. Le traumatisme de 2010 a été une sorte de « plus jamais ça ». Et bien qu’il ait pu y avoir des échecs, les centres de formations ont su inculquer aux jaunes talents des valeurs de respect qui, couplés à des talents naturels en ont fait des grands joueurs. On ne peut pas comprendre la victoire de 2018 sans remonter au début de la décennie, sans prendre en compte Knysna, France-Ukraine ou la défaite de l’Euro.

Mais aussi…

Avant de clôturer cet article, j’aimerais tout de même parler des féminines, dont la décennie a aussi été importante. Je suis-je l’avoue, incapable de développer autant que pour leurs homologues masculins car je ne m’y connais moins mais c’état important d’en parler un minimum.

En effet, sur le plan sportif, nos bleues n’ont pas été incroyables. Souvent attendues, elles n’ont malheureusement pas réussi à remporter de titres majeures (échec aux Jeux Olympiques et aux différentes Coupes du monde). Mais au niveau individuel, certaines ont brillé à l’échelle mondiale. On pense notamment à Amandine Henry, Wendie Renard ou encore Eugénie Le Sommer. Certaines ont également brillé par leur longévité comme Gaëtane Thiney, Sarah Bouhaddi, Laura Georges ou encore Louisa Necib.

Mais la Coupe du Monde 2019, en France, bien que décevante au niveau des résultats a sucité un engouement, médiatique et politique inédit pour le foot féminin. La démocratisation du foot féminin est en pleine démocratisation, et c’est un progrès incontestable (même si, ne nous mentons pas, le soufflet est légèrement retombé depuis).Simon Bouquerel

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