Le 5 décembre vu de Paris

Le 5 décembre vu de Paris

Il est 13h30 quand j’arrive enfin à Gare du Nord en cette froide journée du 05 Décembre. Je passe en vitesse à la boulangerie, assaillie de toute part par une armée de manifestant.e.s fourmillante, pour me prendre quelque chose à grignoter. Je m’allume une clope en attendant mes camarades, comme moi étudiant.e.s. L’ambiance est festive, une bonne odeur de viande grillée s’échappe des stands de la CGT, quelques petits groupes de retraités discutent une canette de 8.6 à la main, la musique n’a pas encore laissée place aux slogans. Le calme avant la tempête diraient certain.e.s.

Parmi les manifestants, un cortège de journalistes, avec ici à gauche Taha Bouhafs qui sera blessé au genou au cours de la journée (©2019- Ulysse Logéat)

Une fois mes ami.e.s arrivé.e.s, le cortège ne mets que quelques minutes à se mettre en marche. Les chants et slogans suivent immédiatement. Décidé.e.s à rejoindre la tête de défilé, on se met en marche, tantôt chantant, tantôt blaguant, jusqu’à ce que la majeure partie de la foule vieillissante soit remplacée par des étudiant.e.s et lycéen.e.s. Le cortège est impressionnant. Un ami me confiera plus tard qu’il n’avait pas vu autant de monde dans la rue depuis les manifestations contre la loi El Khomri de 2016.

Ça fait maintenant une heure qu’on marche et on arrive à la place de la République. On aperçoit de la fumée au loin. Des manifestant.e.s ont mis le feu à un poteau électrique. On met pas longtemps à se rendre compte qu’on est bien moins nombreux. Ça pète boulevard Magenta, le reste du cortège semble bloqué, une épaisse fumée noire s’élève d’une rue adjacente. On décide d’aller voir. S’approcher est facile mais ma gorge pique de plus en plus. Très vite je comprends que ça n’a rien à voir avec la fumée (s’échappant d’une remorque de chantier incendiée) mais bien des lacrymos qui pleuvent dans la rue d’à côté, portant un nuage blanc et brûlant à nos yeux, nos nez, nos gorges. On bat en retraite. De retour sur la place, on remarque que les flics ont établi un cordon, bloquant l’afflux de manifestants arrivant à Répu. « Et tout le monde déteste la police ». Les CRS nous matent en silence, la matraque à la main, sous tension. « Et tout le monde déteste la police ». Les flics nous mettent des coups de pression, faisant semblant de charger pour créer des mouvements de foule. Et ça marche. « ET TOUT LE MONDE DETESTE LA POLICE ». L’attente à Répu sera longue. Elle durera plus de deux heures.

©2019- Ulysse Logéat

Le reste du cortège finit par nous rejoindre et on quitte la place à la nuit tombée, sous les lacrymos et les grenades. Le trajet jusqu’à Nation se fera sans heurt. Quelques militants écologistes éteignent les enseignes encore allumées via les interrupteurs situés en extérieur. On avance en musique en chantant des slogans sans relâche.

L’arrivée à Nation est étrange, les flics se mettent à nous charger sans raison apparente, créant un mouvement de foule. « ET TOUT LE MONDE DETESTE LA POLICE ». Les manifestant.e.s commencent à répondre, pavés contre boucliers, molotov contreGM2L. On s’inquiète. On a peur que ça finisse en émeute. Il est temps de quitter la manif et de rejoindre les bus affrétés par la CGT. On se cale dans un bistrot, écoutant avec dépit ce qu’a à dire BFMTV qui comme à son habitude tente de décrédibiliser le mouvement par tous les moyens. On finit par rentrer, épuisé.e.s mais satisfait.e.s de cette journée de mobilisation intense.

Paul Jenger

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