Edito #12 : A vos marques, prêts, bloquez

Edito #12 : A vos marques, prêts, bloquez

Le jeudi 5 décembre qui vient, la France sera à feux et à sang, ça sera la guerre, l’apocalypse, le pays connaîtra la terreur. Du moins, c’est ce que disent les experts plateaux des chaînes de télévision d’information en continue. Mais en vrai, eux même le savent très bien : il suffira d’une pincée de répression et d’une cuillerée de diabolisation parfumée au néo-libéralisme pour que ce jeudi 5 décembre ne soit qu’une tentative encore manquée de faire tomber le pouvoir.

Je peux d’ailleurs déjà résumer la journée type des chaines info. 8h : prise d’antenne exceptionnelle pour une journée exceptionnelle. 9h : interview d’usagers des transports en commun en colère qui dénoncent « une prise d’otage du pays ». 13h : début des manifestations avec prise de parole d’un syndicaliste en duplex, avant qu’un éditorialiste en écharpe rouge attende que le duplex ne se termine pour prendre son air pédant et expliquer pourquoi le syndicaliste est en tort (ce dernier ayant rendu l’antenne ne pourra évidement pas répondre). 15h : débat « équilibré » entre 1 député de gauche face à un député LREM, un sénateur LREM, un éditorialiste du Point, un représentant du Medef et un présentateur qui admet avoir été impartial une fois, en 2004. 18h : ça commence à dégénérer, les caméras se mettent bizarrement à enfin filmer la manif, avant que Christophe Castaner et Didier Lallement n’apparaissent en miniature pour réagir et dénoncer la violence et la radicalité (sans nuance) des manifestants, tout en se félicitant que le maintient de l’ordre ait pu être effectué, et en étant appuyé par un débuté LREM présent en plateau. Enfin, 19h : Zemmour fera un lien entre les violences policières de la journée et la montée de l’Islam.

Alors oui, je suis pessimiste mais en vrai, à chaque fois qu’on a l’impression d’être à l’aube d’un jour historique des mobilisations sociales, tout capote parce qu’en réalité la rhétorique du gouvernement couplé à des années d’endoctrinement néo-libéral et individualiste fait que les ¾ des français n’en auront rien à battre de cette grève, voire pire, râleront haut et fort, vexés d’avoir découvert que le monde ne tourne pas tout seul, qu’il existe des hommes et des femmes au service de la société pour offrir les services les plus basiques (transports, soins, etc.) : ça s’appelle le service public. Et quand ce service public est menacé, non pas par la flemme ou l’incompétence des fonctionnaires, mais par le désintérêt du gouvernement qui préfère investir dans des domaines ou au final très peu de français sont concernés, cela aboutit à des grèves. Ajouté à cela les gilets jaunes, toujours en galère, les étudiants toujours plus précaires ou juste inquiets pour leur avenir, le personnel médical au bord du burn-out, et la CGT qui a un stock de merguez à écouler, ça donne ce qu’il se passera jeudi.

Mais, bon on arrivera toujours à faire passer les cheminots pour des privilégiés à cause de leurs régimes spéciaux, et à faire croire que les gens qui manifestent ne comprennent rien au régime des retraites (ce qui est en partie vrai mais cette grève reste un ras-le-bol général), sans pour autant être capable d’expliquer correctement quelles seront les conséquences (à part : « on ne peut pas vraiment vous dire pourquoi mais croyez-nous c’est bon pour vous »).

En bref, le 5 décembre, c’est jeudi, on ne sait pas trop ce que ça donnera mais ce qui est (presque) sûr, c’est que lundi prochain, on en reparlera.

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