La fameuse invasion des ours en Sicile – Critique

La fameuse invasion des ours en Sicile – Critique

Six heures à tuer le lundi, c’est long. On m’a conseillé d’aller au cinéma. Seulement, je ne me suis pas renseignée sur les dernières sorties, et aucun film ne m’attirait vraiment. J’ai donc choisi la seule séance correspondant à mes horaires, et c’est comme ça que je me suis retrouvée dans une salle presque vide pour regarder La Fameuse Invasion des Ours en Sicile.

J’ai préféré ne pas me renseigner, ni regarder la bande-annonce, simplement me laisser surprendre. Et cette surprise valait le coup.

Adapté d’un conte italien de Dino Buzzati, La Fameuse Invasion des Ours en Sicile est un film d’animation produit par le studio Prima Linea, celui-là même qui a co-produit La Tortue Rouge de Michael Dudok de Wit, film qui a reçu plusieurs prix et a été nommé à Cannes et aux Oscars 2017 pour le Meilleur film d’animation, notamment.

Cette adaptation de Lorenzo Mattotti commence par une mise en abyme : deux saltimbanques, un homme et une petite fille, se réfugient dans une caverne pendant une tempête de neige. Ils y rencontrent un ours et, pour l’amadouer, vont lui conter l’histoire de l’invasion des ours en Sicile. Ce conte débute par l’enlèvement du fils du Roi des ours, Tonio. Le roi Léonce va alors se lancer à la recherche de son enfant, et pour cela, le peuple des ours va devoir se lier au monde des humains.

Allons droit au but sans tergiverser : ce film m’a émerveillée. De surprise en surprise, la justesse et la poésie de ce conte m’ont émue.

Les graphismes tout d’abord sont je pense le point fort du film. Toujours techniques, maîtrisés, parfois d’apparence très simple, mais absolument pas d’une simplicité paresseuse, au contraire. Parfois, cette maîtrise graphique s’offre à nous dans sa pleine mesure : les scènes parallèles du cirque et de l’attaque du château, le serpent, la mer. Je n’ai jamais vu une mer pareille, animée de cette façon, et ça m’a ravie. Tout est simple et efficace. Les graphismes de ce film m’ont terriblement plu, et leur originalité est vraiment rafraîchissante. Les couleurs sont vibrantes, le mot parfait pour décrire cet ensemble visuel est : « justesse ».

Le son également est à remarquer : il accompagne l’ensemble et ça fonctionne, tout simplement. J’ai vu la version originale, qui est la version française, et je n’ai rien à redire quant au doublage. La voix de Léonce m’a parue particulièrement adaptée à cet ours massif et imposant, et après quelques recherches, j’ai compris pourquoi ce timbre me semblait familier : Léonce est doublé en français par Thierry Hancisse, et c’est lui également qui double Kumatestu dans Le Garçon et la Bête, un film d’animation japonais de Mamoru Hosoda. Les deux personnages se ressemblent, deux mentors grands, costauds, avec une voix profonde. Ça m’a plu de retrouver cette voix qui m’évoque exactement ce type de personnage.

Ce qui m’a plu aussi, c’est ce scénario, ce conte, et sa construction. La mise en abyme, cette histoire racontée en deux parties, le secret de fin qui frustre le spectateur mais qu’on connaît, finalement, grâce aux indices plus ou moins discrets dispersés tout au long du film Dans la grande histoire il y en a plusieurs petites, comme une poupée gigogne. Et cette histoire principale est douce, bien illustrée, on est dedans, on ressent les impressions d’injustice et les plaisirs des personnages.

Ce conte se déroule en Sicile, je n’y suis jamais allée mais j’ai reconnu la sensation générale de ce que j’ai vu en Italie, surtout dans la cabane sur la falaise. La lumière, les maisons, les places, tout m’y ramenait. L’ambiance est maîtrisée, constamment.

Je n’ai pas lu le conte originel de Dino Buzzati, mais j’ai apprécié cette histoire, j’ai apprécié, par dessus tout, la poésie. Tout au long de ce film, j’ai eu des frissons. Il m’a émue, touchée, il a atteint ma sensibilité par la beauté des images et l’histoire, si bien racontée.

J’ai beaucoup de mal à trouver des défauts à ce film. Je pense que la seule chose que je peux lui reprocher, c’est la chute du conte, pas de l’histoire racontée par le film, mais de l’histoire dans l’histoire, parce que cette chute est touchante et un peu triste à la fois. Mais il n’y avait pas de meilleur manière de terminer ce conte, et la fin de l’histoire en elle-même parvient à redresser cette fin triste et à la parer de jolies couleurs.

Alors, en somme, que vaut La Fameuse Invasion des Ours en Sicile ?
Mon avis personnel, c’est que c’est un petit bijou de poésie, un film d’animation destiné aux enfants mais aussi aux adultes, et je compte le revoir avec mes proches, pour l’analyser en profondeur, et le ressentir à nouveau. Il esquive complètement l’écueil du film d’animation trop enfantin, pour ne garder que le charme des images animées. Ce film, c’est une histoire simple à comprendre, des images simples, et pourtant originales dans leur approche, et cette simplicité touche en plein cœur. Je vous le recommande chaudement, il mérite le détour. C’est ce genre de films dont je veux entendre parler, ce genre d’œuvre que je veux voir au cinéma.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *