Mondiaux d’athlétisme : à deux Doha de l’apocalypse

Mondiaux d’athlétisme : à deux Doha de l’apocalypse

Absence d’ambiance et de ferveur dans les stades, dates improbables, conditions impossible, échec dans le camp français… En tout point, les mondiaux d’athlétisme de 2019 à Doha ont été un échec cuisant tant sur le plan sportif que sur le plan extra-sportif. Un échec qui, on l’espère saura alerter les fédérations internationales sportives quant à la tenue de grands évènements dans les pays du Golfe, où malheureusement la ferveur, la passion et les conditions météorologiques ne se monnaient pas à grands coups de pétrodollars. Même si évidement les inquiétudes de l’amoureux de foot que je suis grandissent, à l’approche du mondial de foot prévu en 2022 au Qatar.

L’échec tricolore

Mais avant de nous attaquer à l’extra-sportif, parlons du sportif et du cuisant échec historique des athlètes tricolores, qui ne terminent que 24e au classement des médailles, avec 1 médaille d’argent et 1 médailles de bronze, derrière des pays comme l’Estonie ou encore l’Ouganda (loin de moi l’idée de remettre en cause la légitimité de ces pays mais ça fait mal quand même). A titre de comparaison, elle avait terminé 4e en 2017, avec 3 médailles d’or et 2 médailles de bronze. Parmi les principaux échecs français, on peut d’abord citer Renaud Lavillenie en saut à la perche. Echec d’autant plus qu’il faut remonter à 2004 pour ne voir aucun perchiste français sur un podium. Lavillenie ne s’est d’ailleurs même pas qualifié pour la finale, laissant son frère Valentin représenter seul la France en finale, où il terminera 6e, un miracle tant il revient de loin après d’importante blessure. Le concours à quant à lui été remporté par le tenant du titre américain Sam Kendricks, devant le jeune protégé de Renaud Lavillenie, le suédois Armand Duplantis (19 ans).

Autre grosse déception : Kévin Mayer. Le recordman du monde du décathlon a dû abandonner pour cause de blessure, alors qu’il avait parfaitement commencé et qu’il était l’ultra favori. Le titre a été remporté quant à lui par le jeune allemand de 21 ans Niklas Kaul. Même mésaventure pour le vétéran Yohann Diniz recordman du monde de 50km marche, qui, écrasé par une chaleur suffocante a préféré jeter l’éponge, lucide à l’idée de ne pas revivre son calvaire des Jeux de Rio en 2016.  Parmi les autres principales déceptions, on peut citer le rater et l’absence totale de coordination du relai 4 x 100 masculin en finale, l’échec de la sauteuse de haies Solène Ndama, incapable de franchir ne serait-ce que le premier obstacle de sa série, ou encore Pierre-Ambroise Bosse, champion du monde en titre qui a terminé dernier et complètement largué dans sa demi-finale du 800 mètres. Malgré tour, Quentin Bigot, 2e au marteau, et Pascal Martinot-Lagarde, 3e du 110 mètres haies ont sauvé l’honneur.

L’échec français a été également marqué au niveau de l’ambiance générale. En effet, si le manque de coordination du relai hommes en est un exemple, c’est surtout le comportement de la fédération française d’athlétisme qui a été pointée du doigt. En effet, une mésentente entre le directeur technique national Patrice Gergès et le directeur des équipes de France Mehdi Baala sont apparues comme flagrantes. Ajouté à cela le départ d’un des médecins, le non venu du patron du comité olympique français Denis Masseglia pour des « raisons personnelles » ou encore les suspicions de dopage qui planent sur le champion d’Europe du 10 000 mètres Morhad Amdouni. Sans parler de l’improbable polémique suite à la venue d’un hypnotiseur dans l’hôtel des bleus, entraînant une surréaction (légèrement) à abusive de la fédération.

Kévin Mayer, symbole d’un échec collectif tricolore (photo : Wikipédia)

A plus grande échelle : l’échec d’une compétition toute entière

Outre l’aspect de l’échec sportif des bleus qui nous a forcément fait mal à nous français, c’est tout l’aspect extra-sportif qui a fait de ces championnats du monde d’athlétisme un échec global.

Tout d’abord, et à vrai dire sans surprises, les conditions climatiques ont été tout sauf optimales. Car oui, scoop du jour, au Qatar, en septembre, il fait chaud ! Et c’est bien beau de construire des stades climatisés mais pour le marathon il est impossible de refroidir l’air. Outre le fait de réduire les capacités sportives des athlètes, la chaleur a mis en grand danger la santé de ces derniers. Certaines images, à la limite du pathétique de marathoniens effondrés, placés sur des brancards ou des chaises roulantes ont fait froid dans le dos. Les épreuves de marche ou encore le marathon ont d’ailleurs enregistré des nombres très (trop) élevés d’abandons (14 abandons sur 36 partants chez les hommes et 6 sur 25 chez les femmes pour la marche, ou encore 28 abandons sur 68 dans l’épreuve du marathon féminin). A noter que c’est d’ailleurs ce risque de grande chaleur qui a poussé les organisateurs de la prochaine Coupe du Monde à la déplacer en décembre, ce qui constitue en soi un énorme sacrilège, nous privant ainsi d’un bel été footballistique auquel on aurait tous aimé avoir droit.

La chaleur n’a cependant pas été l’unique responsable de l’échec global de cette compétition. En effet, l’ambiance était totalement absente, nous offrant ainsi des spectacles désolants d’athlètes en plein effort tard le soir (chaleur oblige) dans des rues vides. Dans les stades également l’ambiance était morne. Pas d’ambiance, pas de soutient aux athlètes, des rangées à moitié vide, en bref l’équivalent du Stade Louis II, un soir de Monaco-Dijon, sauf que là il était censé s’agir du plus grand rendez-vous d’athlétisme de l’année. Mais alors pourquoi cette ambiance me direz-vous ? Et bien tout simplement parce que le Qatar n’est pas un pays de sport. Alors si bien sur il y a des sportifs professionnels, mais ils ne sont au final que très peu et sont à leur échelle encore incapables de créer une ferveur populaire. Chaque évènement sportif organisé par le Qatar a pu montrer que l’image de « pays de sport » que le Qatar essaye de se construire ne trompe personne, qu’on sait tous que la corruption, est, contrairement à un soi-disant développement du sport, la principale motivation des fédérations de sports qui organisent des évènements dans ce pays du Golfe. Et donc évidement, l’IAAF (fédération internationale d’athlétisme) ne déroge pas à la règle.

En résumé, ce genre de configuration où intérêts économiques et géopolitiques vont supplanter la passion et la compétence d’organisation risque d’entraîner de nombreux autres échecs si rien ne change. La perspective de voir la Coupe du Monde de football 2022 être organisée dans ce même pays à de quoi grandement inquiéter. Quant à ces championnats d’athlétisme, j’aurais juste à dire qu’ils furent tristes, tristes car normalement, cet évènement se tient dans l’insouciance du mois d’août, avec une team France qui nous fait vibrer par ses exploits, dans des stades en fusions même quand c’est juste pour voir un bûcheron lituanien balancer une grosse boule de pétanque. Et puis surtout, message à France Télévisions, faites revenir Patrick Montel ! Parce que OK il a un peu dit de la merde et il peut parfois paraître insupportable, mais au moins il est passionné et lui seul sait nous faire passer des émotions intenses même lorsqu’il s’agit d’une demi-finale de triple saut.

Simon Bouquerel

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