The Storm – Fragments de vie #2

The Storm – Fragments de vie #2

Le moment est venu de parler de the storm.

Tornade et ouragan sont des mots bien trop faibles pour exprimer ça, donc j’espère que storm sera plus représentatif.

This storm est vraiment pratique dans les situations où il faut réfléchir rapidement. Également pour parler une langue étrangère, parce que the storm permet de traduire assez rapidement pour que je ne me rendes même pas compte que je traduis. Est-ce que je traduis, d’ailleurs ?

Lorsque je lis un texte en anglais, à part certains mots de vocabulaire qui me sont inconnus, les lettres s’impriment et prennent immédiatement un sens. Je n’ai pas besoin de raccorder chaque mot anglais ou espagnol à un mot français pour le comprendre. The storm d’ailleurs est pour moi bien plus parlant que tempête ou cyclone. Bien plus fort, bien plus violent.

Je ne sais pas si the storm intervient quand j’écris. Si, évidemment, je la ressens chaque seconde, ce déluge d’informations qui menace parfois de me noyer, de m’étouffer, cette vivacité presque insupportable. Mais est-ce elle qui supprime presque chaque faute avant que je n’écrive un mot ?

Elle est à la fois utile et frustrante. Des idées de textes jaillissent, de belles tournures de phrases, mais si je ne les note pas immédiatement elles s’enfuient. Quand j’étais jeune… Là, par exemple, je viens d’avoir une idée pour la suite de ce texte. Le temps que je la note, j’ai oublié mon idée première. Et j’ai déjà oublié la suite que je prévoyais pour cette parenthèse. Je suis frustrée. Quand j’étais jeune, donc… Eh bien, je ne sais plus. Ah, oui !! J’ai mis dix bonnes minutes à chercher en boucle. Parfois je fais ça, parfois j’abandonne et je passe à autre chose. Frustrant, vous dis-je. Et ne vous inquiétez pas, j’ai noté cette fichue fin de phrase pour ne pas oublier une nouvelle fois. D’ailleurs, ça me rappelle la fin que je prévoyais pour la parenthèse en italique d’au-dessus. Quand je veux noter ces idées, ces éclairs de lumière qui traversent mon cerveau, je suis obligée de chercher les mots pour les exprimer. Parce que ce ne sont pas des phrases construites, non, ce sont des idées impossibles à représenter, que ce soit en images, en paroles, en odeurs, en sons. Impossibles à représenter. Alors je me mets des notes à moi-même en espérant les comprendre lorsque je les relirai. J’ai retrouvé récemment un carnet de mon CE2 où je notais des idées fugaces comme ça. Je n’en ai comprises que trois. MAIS DONC. Mes textes manquent parfois de construction car ils partent dans tous les sens, suivant le cheminement étrange de mes foutues pensées. Où en étais-je ? Ah oui, quand j’étais jeune. (Peu de gens me comprendront dans ce texte. Il est bien plus personnel que les autres. Cette fois j’ai besoin de vider ce que j’ai sur le coeur. Je ne retravaille pas, je ne cherche pas à le rendre accessible à une majorité. Je m’en fous. Vous allez ressentir un aperçu de ma confusion mentale.) Quand j’étais jeune, j’imaginais ma tête comme une salle remplie de tiroirs. J’en avais besoin, c’était une manière d’organiser mon chaos intérieur. Je me concentrais, pensais à cette salle. Mes tristesses, ma solitude, les regards moqueurs et les rires des autres enfants, je les rangeais dans un tiroir, et j’imaginais un aspirateur qui absorbait cette noirceur. Ça me soulageait. J’imaginais chaque idée comme une feuille blanche. Je savais ce que chacune représentait à l’instant où je la créais. Puis parfois j’oubliais.

Mais quand je me concentrais sur cette salle, souvent, les tiroirs s’ouvraient tous en même temps, claquaient, créaient une cacophonie insupportable, crachaient des feuilles blanches qui s’étalaient sur le sol, ou restaient bloquées en l’air, comme si quelqu’un filmait la scène, et la repassait en boucle, l’accélérait, la ralentissait, la lisait à l’envers, en remontant le temps. Les feuilles remontaient dans leur tiroir respectif, qui se fermait, puis silence, et ça repart.

La seconde pensée que j’ai notée tout à l’heure par rapport à mon enfance est que parfois, je me retrouvais bloquée contre mon cerveau. Quand je n’arrivais pas à m’endormir. Quand je m’évadais, en cours, puis que cette idée me traversait l’esprit, l’espace d’une seconde et que je me retrouvais coincée. Parfois c’était une spirale, parfois un labyrinthe. Le plus douloureux était le cercle. Quand vous fermez les yeux, si vous vous concentrez, vous ne voyez plus de noir mais des couleurs lumineuses, étoiles filantes, coulées pastel, sur fond noir et pourtant clair. Quand j’appuyais sur mes paupières, ce décor se transformait en blanc avec un motif noir arachnéen qui ressemblait à une illusion d’optique. Donc, le cercle. Je visualisais ce fond noir et coloré, et je voyais un cercle, juste un contour, en fait. Et je voyais une bille qui était sur ce contour comme sur des rails. Vous n’imaginez pas à quel point c’est compliqué pour moi d’expliquer ces images qui m’ont toujours été familières, sur lesquelles je n’ai jamais posé de mots, dont je n’ai jamais parlé à personne. Je crois que je vais arrêter de voir ma psy, c’est écrire ma vraie thérapie. Cette bille… Faisait le tour, toujours, toujours, sans s’arrêter, inlassablement. Lorsqu’elle arrivait en haut de ce cercle, comme si la gravité fonctionnait, elle ralentissait… Et repartait, refaisait un tour rapide du cercle, ralentissait, s’immobilisait PRESQUE en haut de ce foutu cercle, redescendait, en boucle, en boucle, en boucle, en boucle, en boucle, en boucle.
Mon duel avec ma tête, c’était de forcer mon cerveau à arrêter cette bille en haut du cercle.

Je n’ai jamais réussi.

Cette bille m’a torturée, plus que cette spirale qui tournait, vous savez, cette spirale infinie, plus encore que le labyrinthe dont je ne trouvais jamais la sortie. Cette bille m’obsédait. J’en venais à ouvrir les yeux, à tenter de lire quelques pages au milieu de la nuit, à essayer d’écouter ce que racontait le prof mais impossible, même en tentant de me concentrer sur autre chose, même les yeux ouverts, en faisant abstraction de ce qui se passait dans ma tête, CETTE FOUTUE BILLE TOURNAIT ENCORE ET ENCORE ET NE S’ARRÊTAIT JAMAIS. JAMAIS.

Vous n’avez pas idée. Je pleure de rage en écrivant ce texte. C’est… C’est destructeur d’expliquer tout cela. Ça me fait une douleur physique au cœur et ça me serre la gorge, comme quand on a envie de pleurer. Destructeur.

Elle tournait dans le sens des aiguilles d’une montre. Détail qui me revient. Toujours dans ce sens.

C’est destructeur mais je crois que ce sera salvateur au long terme. Je lance ce texte comme un SOS, comme un appel à l’aide. Est-ce que je suis seule avec cette merde dans la tête ? Est-ce que vous avez déjà ressenti quelque chose de similaire ? Est ce qu’au moins vous comprenez ? Je vous en supplie, je cherche du soutien. Juste du soutien. A l’aide. Je vous en supplie.

The storm n’est pas que mauvaise. Elle m’aide beaucoup niveau créativité. Chaque sujet entraîne des dizaines d’idées. C’est pour ça que j’ai besoin de liberté. C’est pour ça que j’ai besoin de la classe expérimentale. J’ai besoin de sortir this storm qui gronde au fond de moi. Rage. J’ai besoin d’exprimer tout cela, ce fouillis d’émotions et d’idées indescriptibles. J’ai besoin de liberté. Les barrières me freinent. J’ai lu des articles sur la pensée en arborescence, qui disent qu’on doit retenir les enfants dans un certain cadre, parce que sinon ils partent dans tous les sens. J’AI BESOIN DE PARTIR DANS TOUS LES SENS ! Un cadre ça bloque, ça n’aide pas, ça garde juste toute cette douleur enfermée à l’intérieur de mon crâne et de mon cœur, alors mes raz-de-marées sont internes et douloureux, quand ils pourraient se changer en créativité si on me laissait les exprimer. Je reproche cela au système normal. Je ne peux pas être retenue dans vos foutus cadres. C’est trop douloureux. The storm menace de me détruire.

Vous voulez peut-être une description plus claire d’elle. Je n’en ai pas. Je ne sais pas être claire quand je parle d’elle. C’est ce truc dans ma tête qui tourbillonne h24. Chaque mot en amène plus d’un millier d’autres. Mais ce ne sont pas des mots à proprement parler, ce sont des idées fugitives qui traversent mon esprit en moins d’une milliseconde, sensations fugaces qui disparaissent en un instant, qui fusent dans tous les sens et dépassent les limites.

The storm n’est pas tout le temps insoutenable. Il y a des moments où elle s’intensifie, grandit, et me met dans l’état dans lequel je suis actuellement. Insoutenable et indescriptible. Dans ces moments là elle prend de plus en plus de place, à un point tel que j’ai l’impression que je vais exploser. Ça se produit lorsque mes sens principaux –Ouïe, vue, toucher– sont trop sollicités, quand mon hypersensibilité est trop exacerbée, qu’elle est agressée, que mes pensées ont un surplus d’informations qui me submergent, m’attaquent de toutes parts.

Exemple avec mon état actuel : j’ai de la dubstep dans les oreilles, pour aller avec mon état intellectuel. J’ai passé la journée en convention, donc brouhaha incessant, intéressant certes mais incessant. Voilà pour l’ouïe. J’ai vu des choses magnifiques aujourd’hui. J’ai commencé la journée avec mon mur blanc. Puis avec la lumière aveuglante de son visage. Puis ça a été le déluge d’informations. De beauté, certes, mais un déluge que j’aime subir une fois par an.

Je me sens vulnérable.

Et même ces derniers jours j’ai vu des choses magnifiques. Le soleil froid qui pourtant irradiait sur les feuilles mortes. Voilà pour la vue.

Pour le toucher, c’est plus délicat de vous expliquer. Sachez simplement que j’aime le contact. Souvent quand je me promène je touche les murs. J’aime les différents contacts sur ma peau. Le tatouage éphémère que je me suis fait aujourd’hui était fait à l’aérographe. C’était froid. J’aime sentir différentes matières sous mes doigts. J’aime bien les ressentir sur ma peau aussi. J’aime les différences de températures. J’aime sentir les contrastes. Chaud, froid, rugueux, lisse, rigide, souple. Tout ça pour dire que ces derniers jours, mon sens du toucher, mes contacts avec autre chose que mon propre corps ont été beaucoup sollicités. Voilà pour le toucher.

Hypersensibilité. Suis-je réellement hypersensible ? Mes psys et les gens que je connais en général m’ont souvent parlé de ma sensibilité. Je suis très attachée au fait d’utiliser le bon mot pour désigner la chose précise que l’on voulait désigner. Leur vocabulaire allait de  »ta sensibilité exacerbée » à  »ton hypersensibilité ». Je ne sais qui croire. Je sais juste que je suis sensible. Sensible à un peu tout. Il y a deux, trois ans, j’ai pleuré lorsqu’un garçon dans mon bus a craché son chewing gum par la fenêtre. J’étais bouleversée. Bouleversée. C’est un mot que je risque d’utiliser souvent. Parfois, j’écoute une musique et je me noie dedans. Je peux verser des larmes mais ce n’est pas l’important, je me sens bouleversée au plus profond de mon être. Pareil devant un poème. Devant un visage. Devant un rayon de soleil. Devant la mer.

J’aime le bruit du papier qu’on déchire mais je ne supporte pas celui d’une feuille que l’on froisse.

J’ai parfois des frissons étranges et inexpliqués. Je ne sais toujours pas ce que c’est. Ce n’est pas particulièrement quand j’ai froid. Ça arrive, c’est tout. Comme un éternuement, je le sens arriver. Et si le frisson ne se déclenche pas, je me sens frustrée, comme lorsque l’éternuement ne vient pas. Parfois c’est comme un spasme qui me parcourt de mes pieds jusqu’à mon visage. Parfois si violent que ma tête est rejetée en arrière. Des fois je me cogne. On me demande souvent ce que c’est. Je n’en sais rien.

Des fois, je me mets à imaginer la mort de certains de mes proches. Mon meilleur ami en moto. Ça a commencé quand j’ai lu la nouvelle  »L’accident » où le grand frère de l’héroïne meurt en moto. Mon meilleur ami a 18 ans (il a grandi trop vite à mes yeux…), il a été le seul who took care of me when I was young. J’ai transposé, et je pleurais à chaque fois que j’imaginais cette scène. Ça m’arrive souvent.

J’entends les déchirures de ma famille. Je les vois. Je les ressens. Dans chaque mot, chaque regard, chaque étreinte. Ça ne me laisse clairement pas indifférente. J’ai toujours ce petit… Truc là, qui me fait ressentir les ambiances. J’ai voulu voir une psy parce que je souffrais de cette impression de nuage noir et menaçant au dessus de ce qui est censé être mon chez-moi.

Parfois, je n’ai aucune idée de si c’est un hasard (je ne crois pas au hasard), je pense quelque chose et quelqu’un va le dire à voix haute. J’ai toujours été un peu portée sur la spiritualité. Plus jeune de quelques années, j’étais partagée entre  »je ressens les pensées des autres, je les reçois et les comprends » ou  »j’émets mes pensées, style magnétisme, et c’est les autres qui les reçoivent ». Peur Express, de Jo Witek, m’a beaucoup perturbée à ce sujet. Émettrice ? Réceptrice ? Je suis malheureusement en train de perdre mon âme d’enfant mais je continue d’y croire d’une certaine manière et de me poser la question. Ça arrive tellement souvent depuis quelques temps. Hmm.

J’ai beaucoup pleuré ces derniers jours. Ce foutu soleil sur les feuilles mortes m’a vraiment marquée. The storm était insoutenable, mes pensées s’emmêlaient, j’étais emplie de questions sans réponses, de remises en question pas forcément agréables, je n’arrivais plus à réfléchir, j’étais dans cet état de  »je regarde au loin, les yeux dans le vague, je tente de réfléchir, de relativiser, de m’y retrouver dans ma tête » mais je n’y arrive pas, impossible, je suis confuse, confuse, confuse, je n’en pouvais plus je me suis levée… Et j’ai regardé par la fenêtre. J’en avais besoin. Le soleil… M’a apporté un semblant de paix. Il a calmé mon intense confusion mentale. Je ne me sentais pas bien, vraiment pas bien, mais the storm s’était calmée. Enfin. Voilà pour l’hypersensibilité, si c’est bien cela.

Pour les pensées, c’est très personnel. En ce moment plus que tout je suis submergée de sensations nouvelles, de sensations pas si nouvelles mais de plus en plus violentes, de vieille sensations qui reprennent vie. Je suis submergée de pensées.

Pour conclure, tout cela me mène parfois à un état de confusion extrême et insoutenable. Cet état, c’est THE STORM.

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