Sourds en colère : quand les Sourds manifestent pour leurs droits

Sourds en colère : quand les Sourds manifestent pour leurs droits

Nous sommes Place de la République à Rennes, le 20 mai 2019. Un groupe de manifestants siège entre deux bouches de métro. Cette manifestation n’a pas l’air comme les autres… Les participants sont regroupés en cercle autour d’un spectacle. Mais dans ce spectacle aucune parole, juste des signes.

Cette manifestation, c’était Sourds en colère, un mouvement pour les droits des Sourds*. Durant cet événement, on a assisté à des spectacles en LSF*, à des débats signés autour de la question du quotidien des Sourds en France, avec bien sûr, une traduction pour tous les Entendants qui ne connaissent pas la LSF* !

Mais alors, les combats des Sourds, c’est quoi ? Car oui, le grand public ne les connaît pas ces combats, et comme à La Ruche nous sommes des reporters de qualité, nous avons profité de cet événement pour parler des communautés sourdes, et donner un peu de visibilité à leurs combats !

Pour une personne sourde, l’accessibilité à certaines actions du quotidien peut vite être compliqué : les programmes télévisés sans sous-titres, les appels pour trouver un emploi, les cours sans interprètes. Ainsi l’égalité des chances et l’égalité entre Entendants et Sourds peut vite être remise en question. C’est pourquoi ce 20 mai, les manifestants souhaitaient l’inscription de la LSF dans la Constitution comme une langue à part entière. Ils souhaitent également la réouverture des écoles bilingues LSF et français oralisé, l’accessibilité des Sourds aux administrations et aux chaînes télévisées, et la reconnaissance et la revalorisation de la LSF et de la culture sourde.

L’un des outils les plus importants de la culture sourde, c’est la Langue des Signes Française, la LSF. C’est un outil qui est un marqueur fort dans la culture sourde, car il constitue leur identité, leur manière de voir le monde et de s’exprimer, tout comme le français oral l’est pour les Entendants.

Mais si aujourd’hui cette langue est moins remise en question dans sa forme, ça ne l’a pas toujours été, et il est intéressant de voir comment elle était acceptée avant notre XXIem siècle. L’histoire de cette langue est conséquente, mais nous n’allons ici retenir que trois dates : la création, l’interdiction, et la renaissance de la Langue des Signes Française.

En 1760, alors qu’aucune langue officielle n’existe pour les personnes sourdes, l’Abbé de l’Epée rencontre deux jumelles sourdes. Après la mort de l’instructeur des deux jeunes filles, il reprend leur éducation, en utilisant ce qu’il appelle les « signes méthodiques ». Ce n’est pas une langue des signes, mais s’en est le premier ancêtre officiel. L’Abbé va ouvrir la première école pour les Sourds : c’est lui qui a contribué à la reconnaissance des Sourds en France, et qui a permis le développement d’une langue des signes plus tard par ses descendants, bien qu’il ne l’est lui-même pas créé.

La langue des signes se développe, des écoles sont créées, et l’apprentissage signé prend peu à peu de l’importance. Mais en Europe comme dans le monde, le courant de pensée oraliste se développe. Ce courant décrédibilise la langue des signes, en la désignant comme langue inférieure, car elle n’utilise pas la parole. En 1880, au Congrès de Milan, on recommande l’interdiction de la langue des signes, et la France acte cette recommandation. On interdit cette langue et on privilégie la méthode oraliste. On apprend aux Sourds à parler et à lire sur les lèvres et on réprime la langue des signes.

Dans les années 1980 a lieu le Réveil Sourd. Le linguiste William Stokoe étudie la LSF et en conclut qu’elle possède les mêmes caractéristiques que les langues orales, donc qu’elle est légitime et au même niveau que les langues orales. La LSF reconquiert les mœurs et en 2005, elle est reconnue comme une langue à part entière.

Avec ces trois dates on comprend facilement que le parcours de la LSF est abrupte, et qu’il n’est pas encore totalement gagné. Et si la LSF est si importante et ne doit pas être remplacée (même si elle n’exclut pas l’apprentissage de la parole et de la lecture labiale), c’est parce qu’elle constitue un outil de communication adapté et non excluant pour les personnes sourdes. Si on peut apprendre la prononciation et la lecture sur les lèvres à une personne sourde, cela ne pourra ni lui permettre de regarder des films sans sous-titres (les plans ne sont pas toujours face à la personne qui parle, et les films sont souvent étrangers), de même qu’une conversation avec plusieurs personnes sera difficile à tenir. Donc oui, le patrimoine, la culture, et la langue des Sourds sont très important et doivent être défendus.

Cette manifestation reflétait toute cette histoire, et toute la richesse du bagage culturel de ces gens. Et cet article n’évoque que très légèrement toute cette histoire. Pour finir, il me semble important d’évoquer l’ambiance de cette manifestation. Beaucoup de gens se connaissaient, c’était un véritbale réseau, une communauté. Chaque personne était acceptée comme elle était, et on sentait ue vraie dynamique, qui dépassait les milieux sociaux ou les différences d’apparences, tout le monde était ensemble et bien dans le groupe. Une vraie leçon que de voir ce qu’on appelle « une situation de handicap » lie les gens, et au final, intègre tout le monde.Lison Bourcier

Sourds : Avec la mjuscule, on utilise ce terme pour désiner une personne sourde, vu au travers de son patrimoine culturel, linguistique et historique.

LSF : Langue des Signes Française, et c’est une langue à part entière, avec une structure et un vocabulaire. On le distingue du français signé, qui est une utilisation du vocabulaire de la langue des signes, mais avec la syntaxe de la langue française.

Bibliographie :

(pour en savoir plus sur l’histoire et la culture sourde en France et dans le monde)

– L’oeil et la main, série documentaire bilingue (LSF et français), disponible en replay sur http://www.france.tv/france-5

– Léo, l’enfant sourd, bande dessinée de Yves Lapalu

– L’orchestre des doigts, manga de Osamu Yamamoto (4 tomes)

– A silent voice, manga de Yoshitoki Ōima (7 tomes)

Sur Youtube (toutes les vidéos sont sous-titrées) :

– Lucas Wild

– Mélanie Deaf

– Titi & Lulu

Sources :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_des_sourds

Message de la rédactrice : Si vous voulez permettre d’améliorer l’accessibilité des personnes sourdes par un petit geste, sous-titrez les vidéos Youtube ! Le système est coopératif donc tout le monde peut le faire.

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