Elections européennes : dernière ligne très à droite

Elections européennes : dernière ligne très à droite

Alors que le scrutin le plus sous-coté de la politique française approche à grands pas (en témoigne la prévision affligeante de l’abstention), les sondages semblent formels : la première place se jouera entre la République en Marche et le Rassemblement National. Un duel qui avait été en quelque sorte imposé aux français depuis un certain temps. Mais quoi qu’il arrive, si on ajoute la liste des Républicains au trio de tête, on remarque que la droite va avoir la mainmise sur ces élections. De plus, bien que l’électorat de gauche soit en vie, que les valeurs humanistes et progressistes (je précise que je ne parle pas du prétendu progressisme que tente de s’approprier la République en Marche) persistent, cela ne semble pas se traduire dans le vote.

Pourtant, bien que le fantasme lepeno-macronien du duel LREM/RN persiste, il est important de rappeler qu’il existe 34 listes. Voici un petit état des lieux de ces listes.

Loiseau, Bardella, Bellamy : les preuves qu’être le meilleur n’est pas nécessaire pour gagner.

Crédités des meilleurs taux d’intentions de votes, les listes La République en Marche, Rassemblement National et Les Républicains sont pourtant celles qui arborent à leurs têtes des candidats qui mènent des campagnes plutôt bancales. En effet, Nathalie Loiseau ne doit son salut qu’à son appartenance au parti de la majorité car en dehors de ça, ses nombreuses bourdes (voir article du 7 mai) et son discours très réchauffé que de plus en plus de gens commencent à saturer d’entendre. En ce qui concerne Jordan Bardella (RN) et François-Xavier Bellamy (LR) ce qui le relie est le fait qu’ils passent leurs campagnes à réciter bien sagement leurs leçons qu’ils ont appris auprès de leurs gourous respectifs, Marine Le Pen et Laurent Wauquiez.

Ce triptyque de tête dans les sondages est d’ailleurs étonnant quand on observe à quel point d’un côté on a une liste LREM toujours en haut des sondages, malgré un gouvernement de plus en plus haï et de l’autre, on a des listes RN et LR qui représentent les principales forces d’oppositions dans les votes alors que dans les faits ce ne sont pas eux les plus actifs sur le terrain dans les actions contestataires envers le gouvernement.

L’explication à l’émergence de partis de droite comme principales forces d’opposition au gouvernement peut s’expliquer par le fait que médiatiquement, les points les plus mis en avant sont avant tout les thématiques identitaires et sécuritaires, des thématiques que les droites de Le Pen et Wauquiez maîtrisent parfaitement. Pourtant c’est bien la thématique du pouvoir d’achat qui étaient censé intéresser le plus les électeurs. Mais comme l’a très bien fait remarquer la tête de liste du Parti Communiste, Ian Brossat, pendant le débat de France 2, ces thèmes ont été abordés à des heures où les principaux concernés étaient couchés car la plupart travaillaient le lendemain. Donc une fois de plus, ces élections vont tourner autour de questions futiles identitaires occultant ainsi les questions d’inégalités sociales et problèmes écologiques au sein de l’Union Européenne (qui au passage concernent notre survie à tous), offrant ainsi un boulevard à la droite dure.

A gauche, l’éparpillement source d’une déroute inévitable ?

On l’a déjà dit, il y a un nombre assez important de listes de gauche dans cette élection. Et comme à chaque fois, la gauche est aussi bien organisée que l’intérieur du cerveau de Jawad Bendaoud. C’est pourquoi on va se retrouver avec à peu près 5 listes aux programmes quasiment identiques qui vont chacune de leurs côtés faire un score minable rappelant les plus belles heures de la France à l’Eurovision. Pourtant s’ils avaient été capables de s’unir, ils auraient pu facilement faire un score pouvant titiller le RN et LREM.

De plus, les têtes de liste de ces partis ont pu montrer dans les débats qu’ils étaient objectivement les meilleurs, ceux qui avaient la meilleure prestance, qui connaissaient le mieux leurs sujets. Il y a d’ailleurs eu ceux qui se sont révélés comme Manon Aubry de la France Insoumise, bien que l’ombre de Jean-Luc Mélenchon soit encore un peu (un peu beaucoup) présente. Mais celui qui s’est le plus révélé, c’est Ian Brossat, la tête de liste du Parti Communiste, qui a toujours su apporter une réponse aux questions les plus complexes, pointer les incohérences et défauts dans les prises de paroles des autres candidats (notamment face à Nathalie Loiseau concernant l’accueil des réfugiés) et surtout trouver des réponses aux éditorialistes, qui en sont toujours à réduire le Parti Communiste Français à des nostalgiques du stalinisme et de l’URSS. Ajouté à ça le pétage de plomb de Daniel Riolo qui a tenté de réécrire l’histoire en associant dans le plus grand des calmes, face à Brossat communisme et collaboration (Guy Môquet appréciera).

Toujours à gauche, Yannick Jadot, la tête de liste d’Europe Ecologie les Verts et Benoît Hamon, la tête de liste de Génération.s, les anciens alliés de la présidentielle, se la jouent vieux briscards et font valoir leur expérience pour bien figurer dans cette campagne. Pourtant, si Jadot profite d’un bon score dans les sondages, Hamon reste à la peine.

Enfin, il y a un cas spécial à gauche, celui de la tête de liste PS-Place Publique-Nouvelle Donne, Raphaël Glucksmann. Si le philosophe a un discours très semblable aux 4 autres cités plus haut, c’est son passif qui ne fait pas l’unanimité chez les électeurs de gauche. En effet, son soutient passer à Nicolas Sarkozy et ses reproches faits aux mandats de Mitterrand passent plutôt mal. Glucksmann semble donc bien loin d’être l’homme providentiel capable de freiner la chute libre du Parti Socialiste.

Petits partis : la tentative de révolte

Dans ce qu’on peut appeler les « petits partis », il y a d’abord ceux qui arrivent tout de même à exister. Il y a par exemple les listes de l’UPR et des Patriotes, menées respectivement par François Asselineau et Florian Philippot. Le point commun à ces deux listes est leur euroscepticisme. En effet, à quasiment chacune des questions posées sur leur programme, les deux hommes répondent « Frexit »…pas de quoi aller bien loin. Autre « petit » candidat, Nicolas Dupont-Aignan, chef de file de Debout la France, qui passe son temps à faire polémique en racontant globalement n’importe quoi. En effet, ce dernier est le spécialiste pour colporter des fakes news, inventer des chiffres, et autres coups d’éclats. Il a par exemple récemment préconisé un contrôle des naissances en Afrique (quitte à vouloir que son pays soit souverainiste, ça serait cool qu’il fasse de même pour les autres pays et qu’il s’occupe de son arrière train). L’autre spécialité de Dupont-Aignan est d’aller faire le tour des plateaux télé et des émissions de radio pour dire qu’il ne peut jamais s’exprimer et qu’il dérange (car oui c’est vrai que sans les méchants médias tout le monde voterait sans hésiter pour lui !). 

Autre liste qui, elle, souffre vraiment du manque de visibilité, c’est la liste Lutte Ouvrière menée par Nathalie Arthaud, qui est rarement invitée dans les médias (sauf sur La Ruche évidement). D’ailleurs si vous voulez en savoir plus sur cette liste, je vous renvoi vers notre interview de Monique Dabat. 

On pourrait aussi parler de la liste des centristes de l’UDI menée par Jean-Christophe Lagarde, avec notamment Louis Giscard d’Estaing en numéro 3. Ces derniers savent d’ailleurs parfaitement se vendre avec une affiche dont la mise en scène pourrait faire penser à une amicale des anciens élèves d’un collège privé dans le Jura.

Les autres types de « petits partis » sont ceux dont peu de personnes entendrons parler. Il y a par exemple le Parti Pirate, mené par Florie Marie, qui, en particulier milite pour la défense des droits et des libertés sur internet, le Parti Animaliste, pour le droit des animaux, Allons enfants, le parti de la jeunesse, « Urgence écologie », pour l’écologie, le Parti fédéraliste européen, qui défend l’intégration d’encore plus de pays membres, Europe Démocratie Espéranto, qui prône l’instauration de l’espéranto, une langue commune européenne, le Mouvement pour l’initiative citoyenne, dont la liste, tirée au sort milite pour le RIC, etc. Sinon, il existe aussi trois listes de la droite dure (l’Alliance Royale, la liste de la Reconquête et la Ligne Claire) qui proposent des choses tout à fait peaceful et joyeuses comme le retour du roi ou la remigration. Mais bon, si vous n’avez pas entendu parler de tous ces petits partis, c’est tout simplement parce que leur profession de foi n’est même pas distribuée dans les enveloppes des élections reçues par chaque français dans sa boîte à lettres. Sauf que recevoir une enveloppe où il manque 21 professions de foi, c’est pas hyper démocratique.

Enfin, parmi les petites listes, nous n’avons pas encore parlé des gilets jaunes. En effet, il existe deux listes « gilets jaunes » : Alliance Jaune et Evolution Citoyenne. Si ces listes auraient pu atteindre un bon score il y a encore quelques mois, l’affaiblissement du mouvement et l’hostilité portée à ces liste accusées de récupérer le mouvement à des fins électorales. Mais bon, à partir du moment où Francis Lalanne est devenu tête de liste on a compris que rien n’allait plus ! De plus, le mouvement des gilets jaunes est récupéré de toutes parts. Même si le champion du monde en la matière reste Florian Philippot qui s’est approprié le mouvement comme les bretons tentent de s’approprier le Mont-Saint-Michel.

L’abstention ou l’excuse facile

Ce qui est sûre dans cette élection, c’est que le grand gagnant sera l’abstention. De base, je ne suis pas du genre à blâmer les abstentionnistes mais là il y a clairement un abus. En effet, hormis la flemme de se déplacer je ne vois pas quel argument peut être recevable pour ne pas aller voter. On entend souvent dire que c’est parce qu’aucun candidat ne nous représente, mais franchement, quand on voit le nombre de listes (34), j’ai du mal à croire qu’aucun candidat ne puisse séduire un minimum. Dire « aucun ne me plait » ou « tous les mêmes » c’est un argument à la mode, trop facile, qui est clairement un enfonçage de portes ouvertes. Aujourd’hui, trop de gens ne cherchent plus à comprendre et disent automatiquement qu’ils ne se sentent pas représenté sans vraiment s’intéresser à qui sont les candidats. Parce qu’au final, des listes avec des « non-politiciens », des membres de la société civile il en existe de nombreuses. Sur les 34, il y a d’ailleurs bien plus de membres de la société civile que de politiciens professionnels. Donc clairement prenez le temps de vous intéresser à tous les programmes, rendez vous compte que les résultats de ces européennes auront une influence forte sur nos vies. Donc si vous envie de garder un semblant de contrôle : votez !

Simon Bouquerel

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