Lorsque trois artistes pacificateurs…

Lorsque trois artistes pacificateurs…

illustration : Zora Leblay

Il était une fois trois hommes, au sein d’un peuple qui vivait dans le désarroi et la criminalité. Ces trois hommes étaient nommés Kool Herc, Grandmaster Flash, et Afrika Bambaataa. Ils évoluaient tous trois au sein de ce peuple malheureux, et peu à peu, ils apportèrent leur pierre à l’édifice de liberté et de bonheur dont rêvait les habitants. Le premier, apporta la musique et la fête, et le peuple découvrit le bienfait de la joie collective. Le deuxième apporta la technique, et cette musique s’éleva jusqu’à des sommets qui firent de chacun des artistes hors pair. Cependant, la criminalité ne baissait pas, et on connaissait toujours autant de problèmes. Alors le troisième apporta la paix, l’amour, la communauté, et une devise qui devrait rappeler à chacun son rôle et ce à quoi il devait tendre : « Peace, love, unity, and having fun ». C’était en 1975 dans le Bronx, et c’était la création du hip-hop.

Cette histoire, qui paraît irréelle, a pourtant réellement permis au Bronx de s’élever. Mais revenons sur quelques chapitres de cette épopée. Le Bronx des années 70 est un véritable calvaire, le trafic y est croissant, les enfants sont emportés par les gangs dès le collège, les meurtres et la prostitution sont habituels, et beaucoup de familles perdent des proches.

DJ Kool Herc vient de Jamaïque, et là-bas, les Sound Systems sont courants. Il importe (comme plusieurs à son époque) ce concept dans le Bronx, un quartier pauvre de New York, et organise ainsi des soirées où il mixe, tout cela en bas de chez lui, dans un petit local du South Bronx. Il devient rapidement connu, et ne cesse d’expérimenter pour améliorer ses soirées. Jusqu’ici, ses morceaux passaient successivement, c’est alors qu’il invente la double-platine (ou « merry-go-round ») : il passe le même morceau sur deux platines, pour en faire une source de musique infinie. Le morceau ne s’arrête plus à la fin du vinyle, la seconde platine prend la relève. Cette invention fait de lui une légende, alors même qu’il était déjà célèbre dans son quartier, et ses soirées deviennent alors le pilier d’autres arts : les danseurs du quartier viennent montrer leurs trouvailles, tandis que les MC’s (les maîtres de cérémonie) s’occupent de chauffer la salle. Leur objectif premier était d’ambiancer la foule, mais peu à peu, leur style s’est accentué, et aujourd’hui, ils sont considérés comme les ancêtres des rappeurs.

C’est alors qu’entre en scène Grandmaster Flash, le virtuose du DJing. Conduit par les traces que Kool Herc laisse, il construit sa technique, et concurrence rapidement Kool Herc avec ses beats empoisonnés. C’est alors que son apprenti, Grandmaster Theodore, invente le scratch par hasard, et permet à Grandmaster Flash de s’élever encore plus. Avec cet outil original qui consiste à faire tourner le vinyle à l’envers, en rythme, Grandmaster Flash continue de construire sa légende, même s’il ne surpasse pas Kool Herc en popularité.

Les jeunes du Bronx s’éclatent en soirée, dansant le break, chauffant les salles avec les MC’s (les maîtres de cérémonie), et décorant les lieux avec leurs graffitis. Mais la criminalité est toujours présente, et la violence, bien que souvent hors de ces soirées, arrive parfois à s’y frayer un chemin. C’est là que Afrika Bambaataa entre en jeu.

Afrika Bambaataa, c’est une histoire de légende, digne des meilleurs super-héros de comics. Avant de devenir l’un des trois pionniers du hip-hop, il était chef d’un des gangs les plus étendus du Bronx : les Black Spades. Son quotidien, c’était meurtres et drogues. Dans cette atmosphère sombre, son meilleur ami se fait tuer. Accablé par la tristesse et la colère de ce monde de violence, il entreprend un voyage duquel il reviendra changé. Il cherche à retrouver ses racines durant ce périple. C’est alors qu’il visionne le film Zulu, et est touché par la solidarité qui émane de ce peuple en guerre. A son retour dans le Bronx, il créé la Zulu Nation, avec d’anciens membres des Black Spades, et tous les artistes en quête de créativité et de paix. Cette communauté apporte au mouvement de Kool Herc et de Flash toute sa dimension philosophique. Elle exclut toute violence en son sein, grâce à une son escouade forte et efficace. Elle grandit, et va même réussir à débarrasser le Bronx d’un gros nombre de délinquances pendant quelques années. Bambaataa lui-même se distingue en tant que DJ par sa collection de vinyles hors du commun, et ses sons originaux, sources de mixs époustouflants.

Le mythe de ces créateurs grandit, Kool Herc en première ligne, ses deux rivaux et compagnons de voyage derrière lui. Le mouvement progresse, envahit les autres continents. La créativité de tous leurs successeurs rend ce mouvement perpétuellement dans l’air du temps, et lui fait prendre de l’ampleur, jusqu’à véritable influenceur de notre monde. Nos vêtements, la musique qu’on écoute, les danses des clips, tous les graffs dans nos rues, tout est influencé par ce mouvement, qui, au milieu des années 70 à New York, a pris vie par l’esprit de trois hommes.

Sources :

Hip-Hop Family Tree, tome 1, d’Ed Piskor (7 premières pages)

Can’t stop won’t Stop, de Jeff Chang

The Get Down, de Baz Lurhmann

Page Wikipédia de’Afrika Bambaataa (anglaise et française)

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