Ma vie avec John F. Donovan : récit du malheur de ceux que l’on envie

Ma vie avec John F. Donovan : récit du malheur de ceux que l’on envie

« Mieux que l’amour, l’argent, la gloire, donnez-moi la vérité » Henri David Thoreau

A bittersweet symphony

Ma vie avec John F. Donovan raconte une partie de la vie de John F .Donovan et de Rupert Turner à travers leur correspondance entretenue des années durant jusqu’à la mort de John. John Donovan est un acteur célèbre et Rupert Turner est un enfant de 11 ans, rêvant d’exercer ce même métier. Une fois adulte, Rupert sort un livre compilant toutes les lettres échangées avec son idole de jeunesse et c’est à l’occasion d’une interview à propos de la sortie de celui-ci que Rupert en vient à narrer le film et à nous livrer ainsi l’impact qu’ont eu ces lettres sur sa vie et celle de John F. Donovan.

Là où Dolan a pour habitude de filmer des tranches de vie très stylisées où le scénario n’est généralement pas l’élément majeur faisant le succès de ses films, il dévoile ici une nouvelle facette de son cinéma en proposant un film plus accessible au grand public où l’histoire douce-amère a autant d’importance que la mise en scène et le montage. Le film traite ainsi des écueils de la célébrité sans ne jamais s’étaler dans les strass et les paillettes, il parle de deux personnages que tout semble opposer mais qui se ressemblent finalement tellement. Il parle également avant tout de solitude, cette solitude profonde qui ronge aussi bien la célébrité déchue vivant dans un monde d’apparences que le garçon incompris par ses parents et harcelé par ses camarades de classe. C’est cette solitude, ce sentiment d’exclusion qui rapproche finalement les deux protagonistes. Au delà de cette idée, Dolan ne laisse pas tomber ses thématiques fétiches et met encore une fois en avant le rôle de la mère, la sexualité, les désillusions, thèmes également abordés dans Mommy, Juste la fin du monde, Tom à la ferme et de nombreux autres de ses précédents films.

Des relations qui se mêlent et s’entremêlent

Les personnages sont très forts, ils ont du relief, chacun d’eux a un passé, un présent, des rêves, aucun d’eux n’est inutile ou laissé au hasard. Ce qui fait cependant selon moi la véritable force du film reste les relations qu’ils entretiennent tous entre eux. La relation de Rupert avec sa maîtresse, avec ses camarades, avec sa mère, son père (même si on ne le voit pas), avec John bien sûr, avec la journaliste qui l’interroge et puis la relation de John avec son amant, avec sa famille, avec son agent… Ce sont ces relations qui se mêlent et s’entremêlent qui constituent le cœur du film et le rendent si beau et si vrai.

Jamais un Dolan sans une BO incontournable

Point incontournable du cinéma de Xavier Dolan : les séquences musicales, les « clipshows ». Ici encore, on a le droit à de longues scènes avec du Adèle, du Green Day ou encore The Verve. On aime ou on aime pas. Certains trouveront que ces scènes ajoutent simplement de la lourdeur au film et d’autres, donc je fais partie, trouveront qu’elles apportent incontestablement de l’émotion et cassent la trame « linéaire » du scénario, accrochant à chaque fois un peu plus le spectateur. Je pense dans Ma vie avec John F. Donovan notamment à la scène de retrouvailles à New York entre Rupert et sa mère sur la version de Florence and the machine du fameux « Stand by me » qui est absolument indispensable au film. Enfin « Rolling in the deep » et « Bittersweet symphony » ouvrent et clôturent très justement l ‘histoire.

Une vraie révélation : Jacob Tremblay

Un mot sur les acteurs tout de même, bien que Kit Harrington, Nathalie Portman, ou Susan Sarandon n’aient plus grand-chose à prouver, il me semble important de souligner une fois de plus qu’ils incarnent à merveille leurs personnages. Celui qui prouve cependant une fois de plus (après Room) qu’il mérite une grande carrière d’acteur, c’est Jacob Tremblay qui offre une performance incroyable, qui, nous l’espérons, lui ouvrira encore de nouvelles portes.

Kit Harrington dans « Ma vie avec John F. Donovan »

Une mise en scène très travaillée

Enfin comment parler de Ma vie avec John F. Donovan sans évoquer la réalisation, le montage et l’étalonnage ? Comme pour les séquences musicales, les ralentis et les gros plans sans cesse utilisés dans le cinéma de Dolan ne peuvent pas plaire à tout le monde mais je fais partie de ceux que cela séduit. Chaque plan est travaillé, chaque coupure est soignée, néanmoins, ce que l’on retient le plus de ce film reste sa splendide colorimétrie qui tapera dans l’œil de tous les amateurs de cinéma. Cette colorimétrie n’est d’ailleurs pas sans rappeler les choix des sœurs Wachowski notamment dans leur série Sense8 .

La leçon

Ma vie avec John F. Donovan passe un message plus qu’important à mes yeux. Celui-ci est d’ailleurs résumé en une scène lors de l’interview de Rupert Turner lorsqu’il fait comprendre à la journaliste que le malheur d’une célébrité n’est pas moins légitime qu’un autre. On ne peut pas comparer le malheur des gens. Aucun malheur n’est pire qu’un autre, tout est affaire de ressenti.

Gil Martel

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