Vue sur la prison (partie 1) : l’argent, acteur de la précarité carcérale

Vue sur la prison (partie 1) : l’argent, acteur de la précarité carcérale

La prison c’est la condamnation à la privation de liberté. On sait tous ce qu’est une prison, pourtant on ne sait rien sur ses conditions de vie. Pour condamner des gens à ne plus être libre, bien sûr on les isole, et même s’ils sont « logés, nourris, blanchis », et qu’on pourrait se dire que c’est déjà pas mal, on se rend vite compte qu’aller en prison, c’est découvrir un monde de misère, bien au-delà de la peine qui a été légalement prononcée.

Lançons-nous, parlons argent ! Contrairement à ce que l’on pourrait croire, on dépense de l’argent en prison. En effet, on est logé, nourri et blanchi, mais on a le minimum, donc on peut ensuite « cantiner », c’est-à-dire acheter des suppléments de nourriture, de produits d’hygiène, ou encore louer une télévision ou un réfrigérateur, tout ça à des prix d’aires d’autoroute, et via un catalogue (14 euros par mois pour la télévision, et 7,50 euros pour le réfrigérateur). Vous l’aurez compris, la vie en prison est loin d’être gratuite. C’est d’autant plus marquant quand on considère qu’il faut dépenser 70 euros par mois pour pouvoir passer un appel quotidien vers un numéro fixe, et 160 euros par mois pour un appel quotidien vers un portable (doit-on rappeler que c’est l’un des seuls ponts vers le monde extérieur, notamment la famille ?). Au final, l’OIP (l’Observatoire International des Prisons) estime une moyenne de 200 euros de dépenses par mois et par personne.

Heureusement, on peut aussi gagner de l’argent en prison ! Des postes sont proposés, pour travailler dans le service général de la prison (les cuisines, la buanderie, etc.), malheureusement (c’était trop facile…), seul un quart des détenus y ont droit, et pour les chanceux, le travail est peu rémunéré : il faut compter entre 20% et 45% de la rémunération du SMIC de l’heure, et ils ne travaillent pas autant d’heures, donc ils gagnent en moyenne… 200 euros par mois ! Donc les trois quarts des détenus ne gagnent pas d’argent, et le quart qui en gagne la dépense dans le mois. Mais qu’en est-il de ceux qui ne travaillent pas ?

Les détenus qui arrivent sans argent, et qui n’ont pas la possibilité de travailler, qu’advient-il d’eux ? C’est ce qu’on appelle les « indigents », ce sont ceux qui n’ont rien. Ils ne peuvent pas cantiner, et même s’ils peuvent être prioritaires pour les postes, s’ils n’ont pas ces postes, pas de famille qui peut les soutenir financièrement, alors ils vivent dans la misère, en plus d’être emprisonnés.

La précarité financière n’est qu’une des nombreuses formes de précarité qui subsiste en prison. Croire que qui que ce soit mérite une misère telle, c’est oublier que la prison est là pour punir, et empêcher la récidive, alors qu’elle maintient les détenus dans un système qui n’attise que la haine, et ne mène en aucun cas vers un accompagnement en vue de se réinsérer, et de passer outre les erreurs passées, pour ne pas les reproduire.

Sources :

https://oip.org/decrypter/thematiques/cout-de-la-vie-en-prison/

https://oip.org/decrypter/thematiques/precarite/

https://www.senat.fr/rap/l99-449/l99-44929.html

Une allocation supprimée récemment : https://www.pole-emploi.fr/candidat/allocation-temporaire-d-attente-ata–@/article.jspz?id=60952

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