Supersexiste : Comment les comics reflètent la misogynie de la société ?

Supersexiste : Comment les comics reflètent la misogynie de la société ?

Dessin : Zora Leblay

Batman, Superman, Spiderman, Iron Man, The Flash, Captain America, Hulk, Thor . . . Les super-héros ont bercé l’enfance de bon nombre d’entre nous, au même titre que Dragon Ball, les Power Rangers et autres Totally Spies. Ils font aujourd’hui partie intégrante de la pop culture et, étant présents depuis les années 40, il y a forcément quelques petits couacs par-ci par-là. Pour prendre connaissance de tout ça, revenons directement aux bases. Je vais forcément faire allusion à une flopée d’héro.ïne.s tout au long de cet article et je vous conseille fortement de vous munir d’une connexion internet suffisante pour googler tous ce petit monde car je n’aurais malheureusement pas la place de tout détailler.

Nous sommes en 1940, les Etats-Unis sont en pleine mobilisation et prêts à partir mettre des claques sur l’arrière du crâne d’Hitler. Mais ils ont besoin de plus de monde, que les jeunes américains robustes et courageux qui peuplent le pays soient motivés par la perspective probable de se faire botter violemment le cul par une mitrailleuse nazie. Il faut donc créer des exemples, pousser les futurs soldats à se reconnaître dans des « héros » inspirants.

Captain America en est l’incarnation parfaite. Un jeune fils d’ouvrier, issu de l’immigration irlandaise et habitant un quartier miteux de Brooklyn. Un jeune chétif et faible mais déterminé à aller combattre l’injustice et la barbarie en Europe. Mais il y’a un problème, le petit Steve souffre de bien trop de problèmes de santé pour pouvoir partir. Il est alors recruté par une sorte de savant fou, Erskine, ayant fui l’intolérance régnant en Bavière. Cet Erskine recherche un jeune homme pur et noble de cœur pouvant servir de cobaye à son expérience révolutionnaire. Le but ? Créer une armée de véritable surhommes capables de combattre les nazis grâce à leurs pectoraux saillants. Voilà donc notre Steve Rogers sur le billard, tuyaux et aiguilles fichés dans son corps rachitique, s’apprêtant à devenir le premier d’une longue lignée. L’expérience fonctionne et c’est un autre homme qui se dresse à la place du jeune fil de fer. Captain America, bénéficiant maintenant entre autres d’une force, d’une vitesse, d’une agilité et d’une endurance surhumaine est dans la place, prêt à faire rebondir les balles SS sur ses parfaits abdominaux. Mais l’expérience est sabotée, et Steve restera le seul de son genre. Ou du moins, c’est ce que vous croyez.

Les comics servent donc à l’époque de propagande. Superman en est un autre exemple, alien aux pouvoirs solaires illimités se battant pour imposer « the good ol’ American way » aux déviants antipatriotiques. D’ailleurs les surnoms de Captain America et Superman, « the boy-scout », sont les mêmes, bien qu’ils viennent de deux maisons différentes.

Ah oui les maisons d’éditions de comics, parlons-en. Il en existe des dizaines mais les deux principales sont les plus connues du grand public. Je parle bien évidemment de Marvel (Avengers) et DC Comics (Justice League). Pour faire simple, DC est là depuis plus longtemps, mais Marvel a révolutionné l’industrie dans les années soixante. S’ensuit une guéguerre sur qui est plus légitime que l’autre à base de : « J’étais là avant, tu m’as copié ! », « T’arrivais à rien, j’ai relancé le genre ! ». Ce qu’il faut retenir c’est que les deux sont complètement différentes et concurrents au possible, n’allez pas me faire un crossover Spiderman/Green Lantern.

Bref, si on revient à ma première phrase, vous pouvez voir que j’ai cité un bon nombre de super-héros mais aucune super-héroïne. A vous de deviner, si vous deviez m’en citer un nombre égal ça donnerait quoi ? Wonder Woman, Invisible Woman, Supergirl, Black Widow et ?… Vous avez du mal ? Non, je ne m’adresse pas à vous cher.e.s lecteur.ice.s de comics expérimenté.e.s, je cherche plus le savoir basique de n’importe quel non-fan qui aurait entendu parler de ces héros durant son enfance. J’ai dit non, rangez-moi vos tableaux Excel !

Et oui, vous patinez un peu et c’est normal puisque comme partout, les femmes ont moins de visibilité dans les comics parce que ce sont des femmes. Simplifions : Vous pouvez citer de tête et sans réfléchir une seule seconde une chiée de Supermecs mais vous galérez pour une simple poignée de Supermeufs. Logique, les mecs sont l’objet de films, séries, dessins animés, films d’animations et tout le bazar depuis leur création alors que les femmes . . . C’est plutôt récent.

Simple exemple, dernièrement Marvel a lancé ses séries Netflix et on y voit Daredevil, avocat aveugle le jour et justicier la nuit, Luke Cage, super-héros officiel de Harlem rendu quasi-indestructible par des savants fous, Iron Fist, milliardaire maître du kung-fu, et enfin Jessica Jones, détective à la force surhumaine. Trois pour une. Joli. Pareil pour DC qui, après avoir constaté le succès flagrant de Arrow et The Flash a décidé de lancer Supergirl, retraçant les aventures de Kara Zor-El, cousine kryptonienne du célèbre boy-scout dont je parlais tout à l’heure.

Les films arrivent à faire encore pire avec, en ne prenant en compte que des univers cinématographiques récents, un score de sept pour un pour DC et 21 films pour un pour Marvel. Un chacun ! Deux films dont les personnages principaux sont des femmes pour deux univers valant plusieurs milliards de dollars (pour votre gouverne il s’agit de Wonder Woman de DC et Captain Marvel pour Marvel) !

Le problème du sexisme dans les comics ne se limite en fait même pas au manque de visibilité des héroïnes. C’est bien plus profond et pervers. Les super-héroïnes dans les comics sont là pour plaire aux lecteurs et non pas aux lectrices. Ainsi on remarque des détails absolument hallucinants comme par exemple les costumes et uniformes portés par les superhéroïnes ou même la façon dont elles sont dessinées et mises en scène.

Quelques exemples précis : Catwoman s’habille en combinaisons intégrales moulantes et à 100% composées de cuir et /ou de latex et porte des talons alors que le but même de son personnage est de faire des acrobaties sur les toits des buildings et de jouer à cache-cache avec Batman. Wonder Woman est traditionnellement vêtue du slip étoilé et de bottes à talons qui sont, comme on le sait tous, les fripes les plus pratiques pour en mettre plein la gueule à des dieux. Black Cat drague Spiderman avec son décolleté plongeant et sa fourrure additionnelle (Ahlala ces femmes qui ne peuvent résister aux fourrures même quand elles cambriolent des galeries d’art à la sécurité technologique de pointe). Ne parlons même pas de Starfire et de Star Sapphire (Oui leurs noms se ressemblent, simple coïncidence) qui possèdent des costumes hallucinants puisqu’en très grande partie composés de leur propre peau, avec un peu de tissu pour faire joli mais pas suffisamment pour cacher leur ventres, leurs jambes et à peu près toutes les parties non considérées comme « obscènes » par l’industrie du comics. Mais le pire est sans doute Power Girl. Power Girl possède TOUS les pires clichés honteux sur les vêtements féminins. Talons, slip, et surtout, SURTOUT, une abomination pure et simple et issue du cerveau malade d’un dessinateur anonyme, un faux décolleté soit un col fermé accompagné d’un trou sur le dessus de la poitrine pour que chaque lecteur puisse se repaître de la vue plongeante qui lui est offerte. Je veux dire, à quel moment un quelconque dessinateur s’est dit : « Hum si je ferme le col on verra pas ses seins. Eurêka ! On va faire un trou au milieu pour que chacun puisse admirer à son aise ! ». Et encore, là, on parlait que de vêtements. Parce que les dessins et la mise en scène . . .

Dans les années 80 ils n’y avait quasiment que des dessinateurs et pas de dessinatrices (c’est en fait encore le cas aujourd’hui malgré l’augmentation du nombre de femmes scénaristes) et ça se traduisait par des héroïnes à la morphologie fantasmée, sans aucune logique et conçue uniquement pour le plaisir des lecteurs. Il n’était pas rare d’observer des personnages féminins distordus, déformés, arborant des tailles de guêpe (presque littéralement) mais des poitrines, des fesses et des cuisses absolument démesurées, espèces d’hybrides entre Superman et une Sexdoll. Ces grotesques caricatures n’existent presque plus aujourd’hui mais la mise en scène de tels personnages persiste. Encore une fois, un exemple très précis : Dans le premier chapitre du comics Teen Titans publié en 2014 et mettant en scène une équipe de jeunes super-héros, souvent d’anciens partenaires de héros plus connus, on peut remarquer un détail particulier. Un bus scolaire est pris en otage par un groupe de mercenaires cyborgs et Wonder Girl saute dans la bataille. Elle se positionne sur le dessus du bus, en profitant pour plonger sa main au travers du toit grâce à sa force titanesque, attraper un des criminels et le jeter en marche. Seul, problème, un autre mercenaire en profite pour lui tirer dessus. Son invulnérabilité la protège, mais Wonder Girl est projeté sur le bas-côté, l’occasion pour l’illustrateur de la positionner lascivement dans son collant moulant, sans oublier de la dessiner de dos afin d’exécuter un brillant, bien pensé et extrêmement dégradant gros plan sur ses fesses. En effet, maintenant les dessinateurs parviennent à créer des personnages féminins proportionnés mais ils ne perdent pas une occasion de représenter décolletés et fessiers inappropriés pour le plus grand plaisir de leurs lecteurs.

Cela dit, après deux longues pages de critiques, je me dois de rétablir la vérité. Tout n’est pas à jeter en ce qui concerne les femmes dans les comics. En effet, comme je le mentionnais tout à l’heure, l’augmentation du nombre de scénaristes féminines a tendance à améliorer grandement le statut des femmes. Cela passe par pas mal de choses comme par exemple le fait que Wonder Woman porte maintenant un pantalon, ou encore que la nouvelle Green Lantern terrienne soit une femme nommée Jessica Cruz. Sinon, la nouvelle princesse du Wakanda se trouve être la sœur de Black Panther, Shuri ; Mjölnir, le marteau de Thor est en possession de Jane Foster, l’ex love interest du fils d’Odin, qui devient par décret la nouvelle Thor ; la découverte des univers parallèles chez DC a mené à l’apparition de la Terre 12, qui a la particularité d’avoir les mêmes héro.ïne.s mais gender swappé.e.s. Oui, oui on a maintenant Batwoman, Superwoman, Aquawoman et Wonder Man. Également, c’est Maria Hill qui dirige le S.H.I.E.L.D alors que les trois équipes de X-men (X-men Gold, Red et Blue) sont toutes trois dirigées par des femmes, respectivement Kitty Pryde, Jean Grey et la jeune Jean Grey (qui vient du passé, oui le voyage dans le temps c’est compliqué).

Vous voyez ? L’avenir n’est pas si sombre quand on y pense ! Courage mesdames, on y arrivera !

Allez, sur ce je vous fais des bisous et je vous dis à bientôt !

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