Sami : ils sont toujours là

Sami : ils sont toujours là

Alors voilà, le 5 décembre j’étais pour la toute première fois devant 50 personnes jugeant mes paroles, mon sujet, mon éloquence : mon aptitude à rentrer dans leurs critères. À cette occasion, j’ai choisi de défendre la cause Sami. Sami… Sami… mais qui sont-ils ? Le terme « Lapon », vous parlera surement plus, et c’est bien malheureux car « Lapons » signifie « vêtus de haillons ».

Ce 5 décembre, à l’occasion de la finale régionale du concours de plaidoiries pour les droits de l’homme organisée par le Mémorial de Caen j’ai ouvert les yeux sur le cas de ce peuple autochtone Européenne si riche, et pourtant oublié. Par « riche » je ne fais pas référence à la richesse capitaliste tant convoitée. Mais je fais référence à une richesse intellectuelle : de savoir-faire, de traditions, et par-dessus tout à leur respect envers la nature.

Le peuple Sami est présent en Suède, Norvège, Finlande et Russie. Leurs ancêtres animistes furent victime d’acculturation, de sédentarisation forcée, les femmes furent même stérilisées à l’époque colonialiste.

Les Sami ont pour tradition de vivre en harmonie parfaite avec la nature, dans le respect total de leur environnement : pour eux, rochers, lacs, montagnes ont une âme. Une minorité vit en suivant ses rennes encore actuellement, bien que le quad et la motoneige aient remplacé les chevaux.

Mais voilà qu’aujourd’hui, en 2019, en Suède et en Norvège (pays connus pour être les parangons des droits de l’homme, du féminisme et surtout de l’écologie), le peuple autochtone Sami est victime d’un ethnocide. Par ethnocide, je dénonce l’anéantissement de la culture et de l’identité sociale de ce peuple par ses propres états. (Pour élaborer ma plaidoirie, les recherches ont été compliquées, tout comme comprendre la subtilité de la gravité de la situation, voilà pourquoi j’espère clarifier cette situation dont on parle trop peu.)

Plus concrètement, le territoire Sami N’est délimité dans aucun texte juridique Suédois ou Norvégien officiel, ils n’ont aucun droit foncier sécurisé. La Suède n’a pas ratifié la Convention 169 sur les droits autochtones contrairement à la Norvège mais qui ne l’applique pas.

Dans la déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, ratifiée par la Suède, la celle-ci s’engage à donner accès aux enfants à un enseignement selon leur propre culture, et dans leur propre langue. Pourtant, là bas, d’après des témoignages directs d’enfants Sami, cela n’est pas le cas.

Mais ce n’est pas tout, dans cette même déclaration il est prévu que les états aient l’approbation des peuples concernés avant de mettre en œuvre tout projet pouvant avoir des conséquences sur leurs terres d’habitation. Des terres riches en ressources, qui suscitent la convoitise des Etats.

Pourtant, actuellement, un projet de barrage entre la Suède et la Norvège risque d’accentuer le problème de déplacement des rennes : en 5 ans, 2 000 rennes ont été tués, percutés par des trains. Malgré bon nombre de protestations, des exploitations minières comme à Kiruna, Suède, ou des barrages hydroélectriques comme à Siurva ont déjà morcelé les territoires ancestraux de ce peuple premier.

Autrefois, la notion de propriété était inconnue pour les terres de pastoralisme Sami aux étendues infinies. Mais ces aménagements, au profit de notre société et son consumérisme discutable réduisent drastiquement les pâturages et menacent directement la culture Sami.

C’est pourquoi, au prétexte d’une agriculture soi-disant responsable, les Etats obligent les éleveurs à réduire la taille de leur troupeau. L’éleveur Jossvet Ante Sara, à qui l’état a demandé de tuer un tiers de ses animaux dit pourtant ne plus pouvoir continuer de nourrir sa famille avec une telle réduction.

Sur un ton ironiquement amer, Lennart Pittja (@sapminature sur instagram), Sami, qui a gentiment accepté de se confier à moi m’a demandé : « De quoi vivront les générations futures si en tant qu’humanité nous continuons à détruire la planète ? »

Le respect pour la nature des peuples autochtones fait qu’aujourd’hui 80% de la biodiversité terrestre dont on a tant besoin se trouve en terres autochtones.

Aujourd’hui, les Sami perdent leur langue, leurs terres et certains décident même de se donner la mort : les Sami se suicident deux fois plus que le reste de la population.

C’est pourquoi aujourd’hui je me dis que peut être le respect des droits de la nature commencera lorsque l’on respectera les droits de l’homme. Et inversement bien entendu.

Bien-sûr, le combat de David contre Goliath continue : 1977 : conférence de Kiruna, les peuples autochtones revendiquaient déjà leurs droits. Des dizaines d’années plus tard, les Sami se réunissent depuis 2013 devant le parlement Suédois, tous les jeudis.

Et ironie du sort… la Suède est classée 4ième dans l’accueil de migrants ne respecte même pas son propre peuple.

À présent, j’aimerai parler des ratifications, que cette histoire me permet de qualifier de simples déclarations officielles de bonnes intentions. Voyez ici un grave de coercition de la part des textes fondateurs des présumés droits des peuples autochtones. Une convention ratifiée n’est pas une convention respectée.

Et voilà l’histoire que j’avais à transmettre, même derrière les images d’Epinal de la Suède se cachent des non respects des droits de l’homme fondamentaux, bien que je respecte profondément les actions écologiques Suédoises, telles que celles de Greta Thunberg qui est pour moi une lueur d’espoir parmi la bêtise humaine…

Lucie Jacqueline

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